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Virgin Cruises : L’étonnant projet de Veitch

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Virgin Cruises : L’étonnant projet de Veitch

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Sur les vues d’avant projet, il fait penser à une version flottante des vaisseaux spatiaux imaginés dans les années 80, ou bien à une rame de train géante dernier cri. Les dernières images, datant de 2012, sont plus précises et plus crédibles mais, malgré tout, il tranche résolument avec les lignes traditionnelles des paquebots et constitue une rupture en termes de design. Cet étonnant bateau est le concept sur lequel dit avoir travaillé Colin Veitch pour le compte du groupe Virgin, qui souhaite se lancer sur le secteur de la croisière avec de nouveaux navires particulièrement innovants.

 

 

 

Première escale au tribunal

L’ancien patron de Norwegian Cruise Line, débarqué en 2008 suite à la reprise en main l’année précédente de la compagnie américaine (alors en difficulté) par le fonds d’investissement Apollo Management, aurait commencé à travailler pour Virgin en 2010, avant d’être écarté en 2012. Et il attaque aujourd’hui le groupe de Richard Branson devant une juridiction de Miami. Colin Veitch réclame 300 millions de dollars pour rupture abusive de contrat et accuse Virgin de lui avoir volé ses idées et le business plan qu’il avait développé. « Au fil des ans, nous avons eu des discussions avec un certain nombre de parties, y compris le demandeur, et ces discussions ont cessé en 2012. Nous croyons fermement que le grief n'est pas fondé », a répliqué Virgin, qui précise que le groupe s’intéresse à la croisière depuis les années 70 et travaille plus avant au développement de cette activité depuis plus d’une décennie.

Un paquebot novateur de très forte capacité

Toujours est-il que les pièces versées au dossier par Colin Veitch sont intéressantes puisqu’elles révèlent le concept sur lequel l’ancien président de NCL a planché. Les vues ont été réalisées par SMC Design. Cette société britannique, spécialisée dans l’aménagement et la décoration des paquebots, travaille pour de nombreuses compagnies, dont NCL, Royal Caribbean, Cunard, Princess Cruises, P&O Cruises ou encore Crystal Cruises. Et elle revendique aussi Virgin comme client dans les références présentées sur son site Internet.

 

Vue intérieure datant de 2012 (© : DR)

Vue intérieure datant de 2012 (© : DR)

 

Le projet sur lequel se bat aujourd’hui Colin Veitch devant les tribunaux américains portait sur deux paquebots de très forte capacité, affichant une jauge de 172.900 GT et dotés de 2408 cabines. Avec un positionnement premium et une architecture particulièrement moderne adoptant notamment une étrave inversée très voisine du design X-bow développé par le groupe norvégien Ulstein pour les navires de service à l’offshore. Un choix probablement plus artistique qu’opérationnel puisque cette forme est avant tout conçue pour les mers difficiles et n’est vraiment efficace que sur des navires de plus petite taille (jusqu’à 200 mètres environ).

Le paquebot dévoilé par Colin Veitch se distingue également par son ouverture centrale, un concept inauguré en 2009 par l’Oasis of the Seas, mais qui va cette fois plus loin puisqu’il semble, si l’on en croit les images diffusées, s’étendre sur la majeure partie de la longueur, même s'il y a une zone surélevée à l'avant. A l’instar de l’Oasis, cette avenue intérieure est bardée de cabines avec balcon et l’arrière s’ouvre sur l’extérieur, avec une vaste piscine vitrée au niveau de la poupe et, surtout, un grand tube transparent faisant office de simulateur de chute libre. On notera que ces plans sont antérieurs à l’avant l’annonce par Royal Caribbean International de l’intégration d’un équipement de ce type, Ripcord by Ifly, sur les paquebots de la classe Quantum of the Seas, dont le premier exemplaire a été livré en octobre dernier par Meyer Werft.

 

 

Lettre d’intention avortée avec Meyer Werft

Afin de gagner en largeur pour permettre l’intégration de l’espace central à ciel ouvert, il semble que le choix ait été fait d’abandonner l’essentiel des balcons sur les cabines situées sur chaque bord. Des balcons  visiblement remplacés par des baies vitrées, avec peut-être une formule de vitres pivotantes. Une décision qui serait cohérente avec le choix du chantier allemand Meyer Werft, dont la cale de construction, à Papenburg, est limitée en largeur à 45 mètres. Car, dans des documents du dossier de plainte obtenus par Cruise Industry News, il y a une lettre d’intention signée entre Meyer Werft, Virgin et la société de Colin Veitch, VSM Development. Une LOI qui date probablement de 2012 et qui prévoyait à l’époque une livraison de la tête de série en 2015.

Stuart Hawkins chez Virgin pour diriger l’équipe projet

Il reste maintenant à voir dans quelle mesure ce concept sera proche, ou non, des paquebots que compte faire construire Virgin. C’est en décembre dernier que le groupe de Richard Branson a confirmé son intention de commander deux grands navires. Dans cette perspective, il cherchait à lever près de 2 milliards de dollars. Pour mener à bien cette nouvelle aventure, Tom McAlpine, ancien président de Disney Cruise Line et qui fut ensuite P-DG de la société d’exploitation du paquebot résidentiel The Word, a été embauché et nommé à la tête de Virgin Cruises. Une nouvelle compagnie qui vient de faire une autre prise de choix, en l’occurrence Stuart Hawkins, ancien responsable des constructions neuves de Princess Cruises et Cunard. Cet architecte naval de formation devient vice-président Marine de Virgin Cruises et va chapeauter l’équipe en charge des nouveaux paquebots.

Vers une commande rapide ?

Des navires dont les plans seraient, selon la rumeur, bien avancés, ce qui laisse imaginer qu’une commande pourrait intervenir assez rapidement. L’objectif de la compagnie serait, en effet, de débuter ses opérations en 2018/2019. Le temps de réaliser les études de détail et de construire le prototype, il ne faudrait donc plus tarder si l’idée est de disposer du navire pour la fin 2018 et l’ouverture de la haute saison aux Caraïbes. Côté constructeurs, Meyer Werft semble très bien placé, d’autant que depuis la fameuse lettre d’intention avortée, il a repris le chantier finlandais de Turku, dont les capacités industrielles permettent de réaliser les plus gros paquebots du monde. Les contraintes de taille seraient donc moindres qu’à Papenburg et Turku a justement besoin d’engranger des commandes, le dernier des quatre nouveaux navires commandés par TUI Cruises, le Mein Schiff 6, devant être livré en 2017. Face au groupe allemand, les Italiens peuvent également se positionner, ayant eux aussi de la place dans leurs formes de construction, même si seul le chantier de Monfalcone peut réaliser de très grands bateaux. Quant à Saint-Nazaire, le plan de charge de STX France est déjà très rempli et il parait compliqué, même si rien n’est impossible, d’y loger un prototype de très grande taille.

Enfin, en ce qui concerne la stratégie de Virgin Cruises, le groupe de Richard Branson, fidèle à sa réputation, va tenter de percer sur le secteur de la croisière avec un produit résolument novateur destiné à bousculer le marché. La clientèle visée sera d’abord anglo-saxone, avec l’Amérique du nord bien entendu, mais pourquoi pas, ensuite, le Royaume-Uni et même l’Australie, où Virgin est aussi implanté. 

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