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Vol d’EgyptAir : L’Enseigne de Vaisseau Jacoubet est arrivé sur zone

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Vol d’EgyptAir : L’Enseigne de Vaisseau Jacoubet est arrivé sur zone

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Parti vendredi dernier de Toulon, l’aviso français Enseigne de Vaisseau Jacoubet est arrivé hier dans la zone de recherche du vol MS 804 d’EgyptAir. Le bâtiment de la Marine nationale a comme mission prioritaire de trouver des débris de l’appareil et recueillir les dépouilles des victimes de l’Airbus A320, qui a disparu le 19 mai alors qu’il effectuait une liaison entre Paris et Le Caire. 66 personnes étaient à bord, dont 56 passagers.

Pendant le week-end, la marine égyptienne a récupéré à environ 300 kilomètres au large d’Alexandrie des débris de l’appareil, des effets personnels ainsi que des restes humains. D’importants moyens internationaux restent mobilisés pour retrouver en mer d’autres éléments de l’avion ainsi que les corps des victimes. Après avoir dépêché en urgence jeudi dernier un avion de surveillance maritime Falcon 50, la France a déployé vendredi un avion de patrouille maritime Atlantique 2, qui a participé au survol de la zone présumée du crash à partir de la base de La Sude, en Crète.

 

Un Atlantique 2 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Un Atlantique 2 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Recherche en mer à bord de l'Atlantique 2 (© MARINE NATIONALE)

Recherche en mer à bord de l'Atlantique 2 (© MARINE NATIONALE)

 

Avec l’Enseigne de Vaisseau Jacoubet, de nouveaux moyens viennent compléter le dispositif de recherche mobilisé en Méditerranée. Contrairement à ce qui a pu être dit ici et là, ce n’est pas en raison de ses capacités de détection sous-marine - dans la perspective de chercher les enregistreurs de vol - que le bâtiment a été choisi. Mis en service en 1982, cet aviso, reclassé en patrouilleur il y a quelques années, est certes doté d’un sonar de coque DUBA-25. Mais cette antenne est conçue pour la lutte anti-sous-marine côtière, c’est-à-dire la recherche d’anomalies acoustiques par faible profondeur. Or, la Méditerranée plonge jusqu’à 3000 mètres dans la zone où le vol MS 804 a disparu. Et la propagation des signaux dans l’eau est très contrainte par la bathymétrie et les couches thermiques qui agissent comme des miroirs réfléchissant les ondes. De plus, les sonars militaires sont optimisés pour la détection de sous-marins, qui émettent des bruits sur de basses fréquences, pouvant être captées à grande distance. Ce qui n’est pas le cas des enregistreurs de vol des avions, produisant des signaux dans une gamme considérée par les militaires comme de la haute fréquence (37 kHz). Celle-ci est facilement détectable mais à courte portée et par des moyens acoustiques adaptés, qui ne sont généralement pas ceux des forces navales. Ce qui explique aussi que l’intervention de frégates dotées de capacités anti-sous-marines plus performantes que l’EV Jacoubet, par exemple un sonar remorqué (comme la FREMM égyptienne, actuellement en maintenance), ne sont pas les moyens les plus appropriés pour ce type de recherche.

Cette phase n’a d’ailleurs pas encore débuté, les opérations en étant encore aux investigations aériennes et maritimes afin de localiser plus précisément la zone de chute, recueillir des débris constituant autant d'indices potentiels pour les enquêteurs et, bien sûr, retrouver les corps des disparus. C’est la raison pour laquelle l’EV Jacoubet a quitté Toulon avec à son bord un renfort médical et des équipements mortuaires, ainsi que deux officiers de police judiciaire (un gendarme maritime et un gendarme de l’air).

 

L'Enseigne de Vaisseau Jacoubet (© MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

L'Enseigne de Vaisseau Jacoubet (© MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

 

La phase de recherche des enregistreurs, cruciale pour déterminer les causes exactes du drame, devrait commencer rapidement maintenant. Elle se déroulera en trois étapes : d’abord la détection des signaux des enregistreurs (qui émettent pendant une trentaine de jours), puis leur localisation et, enfin, la récupération des boites. Pour cela, il faudra déployer des moyens acoustiques adaptés et ensuite des robots sous-marins capables d’intervenir à très grande profondeur.

Ce sont les autorités égyptiennes, qui pilotent les opérations avec les experts français du Bureau d’enquête et d’analyse pour la sécurité de l’aviation civile (BEA), qui vont déterminer les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Le plus logique serait de faire appel à des sociétés civiles spécialisées. C’est le cas de nombreux opérateurs offshore ou d’entreprises dédiées aux missions scientifiques, comme l’Ifremer, qui était notamment intervenu suite au crash du vol AF447 Rio-Paris avec le navire océanographique Pourquoi Pas ?. La flotte française dispose aussi de capacités intéressantes avec le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) et ses bâtiments, comme le Beautemps-Beaupré. S’y ajoute la Cellule Plongée Humaine et Intervention Sous la Mer (CEPHISMER), unité de la Marine nationale offrant  des compétences pour la récupération en mer d’épaves et d’enregistreurs de vol. Elle avait justement été mobilisée suite au crash du Boeing 737 de Flash Airlines au large de la ville égyptienne de Sharm el-Sheikh, en janvier 2004.

 

Le Pourquoi Pas ? (© MICHEL FLOCH)

Le Pourquoi Pas ? (© MICHEL FLOCH)

 

Une petite équipe de la CEPHISMER a d’ailleurs embarqué sur l’Enseigne de Vaisseau Jacoubet. En plus de l’expertise qu’ils peuvent apporter sur place, ces marins ont emporté avec eux quelques équipements de recherche pouvant être mis à l’eau via des embarcations semi-rigides. Ce matériel comprend une torche acoustique SLANE, qui peut détecter des pingers, et un petit robot télé-opéré LHELLE, capable de plonger à 1000 mètres et de détecter des marqueurs acoustiques dans une gamme de fréquences comprise entre 8 et 50 kHz à une distance maximum de 1500 mètres (là aussi selon la bathymétrie).

Ces moyens restent toutefois légers et sont limités par la profondeur de la mer dans cette zone. Sans oublier le fait que l’on ne connait pas précisément l’endroit où sont situés les enregistreurs, qui peuvent se trouver dans une zone très vaste. 

 

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