Marine Marchande
Wallenius Wilhelmsen va construire un grand roulier à voile zéro-émission

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Wallenius Wilhelmsen va construire un grand roulier à voile zéro-émission

Marine Marchande

Un roulier pouvant transporter 7000 voitures à travers l’Atlantique en étant propulsé quasi-uniquement à la voile, et ce dès 2025. C’est le projet Orcelle Wind, confirmé hier lors d’une conférence de presse par Craig Jasienski, président du groupe norvégien Wallenius Wilhelmsen, un des leaders mondiaux du transport roulier et pionnier dans plusieurs nouveaux types de propulsion comme le GNL ou la pile à combustible.

C’est en fait Wallenius Marine, la filiale suédoise du groupe spécialisé dans le management et la création de design, qui chapeaute ce projet initié il y a plusieurs années et concrétisé en 2020 par le projet Oceanbird. Ce dernier, cofinancé par le ministère suédois des transports, associe Wallenius, KTH – une des plus grandes universités techniques suédoises – et la société d’ingénierie maritime SSPA.

 

(© WALLENIUS MARINE)

(© WALLENIUS MARINE)

Modèle des voiles (© WALLENIUS MARINE)

Modèle des voiles (© WALLENIUS MARINE)

 

Les partenaires d'Oceanbird planchent depuis plusieurs mois sur un projet de grand roulier (220 mètres de long par 40 de large) à forte capacité de transport et adapté pour la route transatlantique. Et propulsé quasi-uniquement à la voile, tout en assurant une vitesse de 10 à 12 nœuds pour une traversée en 12 jours contre 8 sur la ligne actuelle. La carène et le gréement ont été dessinés en associant des techniques de l’aérodynamique à ceux de l’architecture navale. Le navire a été modélisé avec cinq mâts de 105 mètres pouvant être ramenés à 45 mètres pour passer des ponts ou fortement réduire la voilure. Les voiles, dessinées comme des ailes d’avions, sont orientables automatiquement à 360°, mesurent 80 mètres entièrement déployées et sont composées de métal et de composite. Les chercheurs de KTH ont testé leurs voiles sur un modèle de bateau de 7 mètres durant l’été et l’automne 2020. Les essais ont été concluants.

 

 

Et la décision n’a pas traîné puisque Wallenius Wilhemsen n’a mis que quelques semaines après la fin de ces essais pour annoncer son projet de roulier dont le design devrait être terminé très prochainement. Un appel d’offres pour la construction devrait être émis dès 2022. « J’ai hâte de voir les chantiers nous faire des propositions pour être les premiers à construire un bateau qui va changer la donne en matière d’émissions de CO2 »  dit Craig Jasienski.

Puisque c’est bien là où Wallenius place la barre très haut. Contrairement aux autres projets, la voile est ici présentée comme la propulsion principale du navire. Un moteur auxiliaire, dont la propulsion n’est pas encore connue mais qui sera « propre » (hydrogène, ammoniac ou biofuels verts) est annoncé comme ayant une puissance équivalente à celui des auxiliaires des rouliers équivalents actuels. « Nous avons engagé une réflexion avec nos clients pour savoir quel était le poids réel du segment maritime dans la logistique globale de leurs véhicules », dit Xavier Leroi, vice-président du groupe. « On constate souvent que l’on pousse la vitesse des navires et qu’au bout du compte, les voitures sont stockées, en attente, dans des dépôts. Donc finalement, ce nouveau navire peut être l’occasion de repenser tout cela ». Les grands comptes de WW, parmi lesquels BMW, Volvo, Mercedes-Benz ou encore CNH ont déjà approuvé le concept. « Nous sommes actuellement dans la phase de transformation du concept, Oceanbird, vers une réalité industrielle qui puisse être viable à la fois en termes financier, logistique et pratique » ajoute-t-il.

 

(© WALLENIUS MARINE)

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Pour la partie pratique, Delphine Echenique, responsable des opérations de WW pour l’Europe du Nord, confirme qu’actuellement « une évaluation des ports, quant à leur capacité d’accueil de ce navire est en cours. Une fois celle-ci terminée, nous allons engager un dialogue avec eux pour établir les meilleures conditions d’escale ». Elle précise qu’actuellement ce sont principalement les routes de l’Atlantique Nord et du Pacifique qui sont visés.

Craig Jasienski dit « ne pas avoir d’inquiétude quant au financement de ce navire » qui devrait effectuer sa traversée inaugurale en 2025. « Il va coûter plus cher qu’un navire classique mais c’est notre engagement. C’est une première étape ». Il n’imagine pas, pour autant, remplacer les 120 navires de la flotte actuelle par des bateaux à voile. « Nous travaillons dans tous les domaines des nouvelles technologies et des propulsions propres. Nous intégrerons toutes ces innovations dans notre flotte. Mais la voile en fera aussi partie ».

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(© WALLENIUS MARINE)

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