Croisières et Voyages
Windstar Cruises : « Anti-croisière »

Actualité

Windstar Cruises : « Anti-croisière »

Croisières et Voyages

Depuis le début des années 2000, l’image de la croisière évolue en même temps que cette industrie se développe. On parle d’ailleurs souvent de « la croisière » par défaut quand le pluriel pourrait s’imposer tant ce secteur touristique connaît de produits différents et d’offres diversifiées. Il est évident qu’une expérience vécue sur un méga-paquebot aux Caraïbes ou à bord d'une petite unité d’une centaine de passagers au milieu des glaciers est absolument incomparable, l’une ou l’autre correspondant aux attentes de clientèles différentes. Mais lorsque les deux produits portent la même appellation de « croisière », difficile pour certaines compagnies maritimes de se démarquer et de faire entendre leurs voix.

Pour les armateurs, l’enjeu est donc de communiquer en ciblant au maximum et si possible en touchant une clientèle qui sera réceptive à leurs offres respectives. Les stratégies marketing et de communication des croisiéristes prennent donc une place prépondérante dans le choix qui sera fait par les passagers lors de l’achat d’un voyage en mer.

 

La diversité de la flotte de Windstar, entre méga-yachts et navires à voiles (© : WINDSTAR CRUISES)

La diversité de la flotte de Windstar, entre méga-yachts et navires à voiles (© : WINDSTAR CRUISES)

 

Se démarquer du voyage maritime de masse

Là où, il y a quelques années encore, la croisière était vue comme réservée aux retraités et où la peur principale était l’ennui, aujourd’hui de plus en plus de Français y voient au contraire de grands clubs de vacances sur l’eau où animations et musique rythment la vie à bord. Ce qui n’est pas pour satisfaire les compagnies proposant des produits plus intimistes, à des tarifs évidemment sans commune mesure.

A ce titre, la communication de la compagnie Windstar Cruises ces dernières semaines est à remarquer. L’armateur américain est à la tête d’une flotte de six petits navires pouvant embarquer de 148 à 310 passagers maximum. Misant sur la qualité de vie à bord, privilégiant l’intimité et des escales dans les ports les plus petits, Windstar Cruises est la première à oser se targuer d’être « la plus anti-croisière possible ». Le but ? Aller chercher une nouvelle clientèle qui ne se sent pas attirée par la croisière et la vie à bord d’un paquebot.

« Si jamais, au grand jamais on vous verra sur un navire de croisière avec des milliers de gens, jouant au bingo, regardant des spectacles du style Las Vegas et visitant des ports touristiques, sachez qu’il y a un autre moyen d’atteindre les îles spectaculaires et les petits ports fascinants du monde. Vous n’êtes pas un croisiériste ? Essayez une autre sorte de navires. Vous allez découvrir comme Windstar est la parfaite expérience anti-croisière », prévient-on chez Windstar.

Et la compagnie anti-croisière de dévoiler ses atouts : « un voyage en yacht où vous laissez la veste et la cravate à la maison, où l’équipage connaît votre nom, où vous profitez de longues escales dans certains ports cachés, permettant de découvrir les destinations, loin des gros paquebots et de leur flot de touristes, des yachts disposant d’une plateforme arrière permettant les sports nautiques, la possibilité de se joindre au chef pour aller acheter des produits frais sur les marchés locaux, une ambiance à bord et des animations qui ne s’imposent pas à vous, un voyage où vous avez le temps, où vous participez à des évènements locaux extraordinaires comme le Grand Prix de Monte-Carlo ou assitez à un concert dans les ruines d’Ephèses… »

Là où la plupart des armateurs vantent le confort de leurs navires (faisant oublier parfois aux passagers qu’ils sont en mer), Windstar prévient : « Avec nous, vous savez que vous êtes en mer. Nous offrons un environnement luxueux parsemé de touches nautiques, de ponts ouverts proches de l’eau permettant la vue. Vous n’oublierez jamais que vous êtes en mer. L’accès à la passerelle de navigation est libre, venez prendre une leçon d’astronomie ou discuter navigation avec nos officiers ».

Et d’ajouter un argument peu courant mais qui fait mouche pour une certaine clientèle : «  Ici vous êtes entre adultes, il n’y a pas de programme pour les enfants ». Le message est clair.

 

Wind Surf à Monaco (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Wind Surf à Monaco (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Mais pour assurer le niveau de prestations qu’elle souhaite, Windstar doit continuer d’investir. Ainsi, le Star Pride vient de reprendre du service après une rénovation de 4.5 millions de dollars. Il avait déjà bénéficié de gros travaux en 2014, lors de son transfert depuis son ancien armateur, Seabourn. En deux ans, l’investissement total dans la rénovation des trois unités venant de chez Seabourn représente finalement 21.5 millions de dollars. Un coût qui pousse la compagnie à se vanter de posséder une flotte de six « yachts » (dont trois voiliers: Wind Surf, Wind Spirit et Wind Star). Retrouvez ici le reportage que Mer et Croisières consacrait au Star Breeze.

 

A bord du Star Breeze (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

A bord du Star Breeze (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Yachts et paquebots, deux monde à part

Si Windstar est la première à aller aussi loin dans sa communication assumée « anti-croisière », l’appellation yachts attribuée à de petits paquebots n’est pas nouvelle mais, comme chez d'autres compagnies, exagérée malgré la qualité du produit. Les compagnies Ponant, Variety Cruises ou Seabourn par exemple, se vantent depuis longtemps déjà de posséder des yachts plutôt que des navires de croisière. Cette dernière ayant finalement abandonné son nom commercial de « Yachts of Seabourn » pour simplement « Seabourn », elle apporte un bémol dans sa communication en précisant que « les passagers ressentiront l’expérience comme s’ils étaient invités sur un yacht privé ». L'idée du yacht public en quelque sorte.

De même, Ponant parle plutôt de « yachting de croisière et d’expédition ». Une manière de se démarquer, de proposer des prestations haut de gamme, tout en assumant des tailles de navires évidemment adaptées à du transport de passagers et aux normes de sécurité de ceux-ci.

Car la vraie différence réside justement dans ces normes. La réglementation applicable aux navires à passagers (divisions 221/223) est bien plus stricte et complexe que celle destinée aux yachts, si grands soient-ils (division 242). Surtout, elle limite considérablement la capacité des yachts, généralement d'une douzaine de passagers, bien loin des petites centaines des navires de croisière.

Un navire de croisière ne pourra jamais proposer les mêmes matériaux précieux ni le luxe réel de tels bateaux de luxe. Les aménagements d’un paquebot doivent survivre au passage de milliers de passagers quasiment 365 jours par an, ils sont donc conçus avant tout pour durer, selon des normes qui sont celles des navires à passagers et non celles des unités de grande plaisance. De plus, le niveau de service d’un yacht est évidemment incomparable et inenvisageable sur un paquebot puisque les membres d’équipages y sont plus nombreux que leurs passagers. Inutile de calculer la rentabilité. Enfin, le prix de toute croisière doit rester accessible à sa clientèle, chose qui serait impossible dans le cas d’un yacht.

Une compagnie comme Variety Cruises a finalement trouvé le juste compromis en exploitant d’un côté de petits navires de croisière et de l’autre en proposant de véritables yachts en charter. Deux activités distinctes mais pourquoi pas complémentaires.

Il n’y a donc pas de véritable yacht offrant des croisières autres que celles que chacun peut, à raison d’un budget très conséquent, s’offrir en privatisant un navire pour une semaine ou plus lors d’un charter. Mais ceci est un autre monde que celui de la croisière.