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Yvan Bourgnon veut construire un quadrimaran nettoyeur des mers

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Yvan Bourgnon veut construire un quadrimaran nettoyeur des mers

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Le Saint-Pierrois Yvan Bourgnon ne sait pas rester en place. Revenu d'un tour du monde sur un catamaran non habitable et sans assistance - et envisageant déjà de relier l'été prochain le Pacifique à l'Atlantique à la voile, en solitaire - le navigateur s'est embarqué dans une aventure au (très) long cours. Le défi est encore une fois colossal, à la mesure du robuste skipper suisse : le frère de Laurent Bourgnon va braver les océans de plastiques et s'attaquer à la pollution des mers. Rien que ça. « J'avais en souvenir les mers de mon enfance, traversées lors d'un tour du monde accompli avec mes parents. Quand j'ai effectué mon tour, plus de 35 ans après, j'ai été marqué par ces amas de déchets qu'on trouve le long des côtes, mais aussi en pleine mer... C'était brutal ». Il y a ceux qui protestent. Et il y a ceux qui agissent. Yvan Bourgnon est à placer dans la seconde catégorie. Il laisse les mots et les bonnes intentions « aux politiques qui font ce qu'ils peuvent pour faire changer les mentalités ».

Un monstre des mers...

Après s'être entouré d'une équipe « de cinq ou six personnes », Yvan a donc lancé un projet qui pourrait redonner des couleurs au grand bleu. « Nous avons créé une association, The Sea Cleaners, avec pour objectif de se doter d'un premier bateau collecteur de déchets. On a décidé de cibler notre action sur les océans et d'aller ramasser les plastiques près des côtes, aux endroits où ils sont les plus concentrés et encore sous forme de macro-déchets, donc plus faciles à collecter ». Pour ce faire, Yvan, Jérôme Vollet, ingénieur naval et Patrick Fabre, spécialiste du plastique, ont imaginé les premiers plans du Manta. Le nettoyeur des mers en imposera par son envergure : ce navire révolutionnaire à quatre coques, long de 60 m et large de 71,5 m, avec une capacité de stockage de 300 m³, aura pour seul objectif de nettoyer les océans des millions de tonnes de déchets en plastique qui y sont déversées chaque année. « Le Manta sera le premier navire au monde capable de collecter ces déchets plastiques à la source. Le navire pourra ramasser les déchets plastiques, mais aussi les filets, les déchets dérivant. Par exemple, il pourra cibler le ramassage en mer des sargasses (algues flottantes très envahissantes) qui a coûté 11 M€ à la Guadeloupe pour nettoyer ses plages en 2015 ».

Mais pas un prédateur

Bien pensé, le Manta ne deviendra pas un prédateur malgré lui. « Il avancera à deux noeuds, laissant au poisson le temps de s'éloigner, les herses de déploiement ne seront pas agressives et un système d'ultrasons sera utilisé pour faire fuir les mammifères plus lents. L'emprunte carbone du navire sera par ailleurs réduite à son strict minimum et le système de collecte des déchets devrait s'inspirer du système des fanons de baleine qui filtrent l'eau nourricière du cétacé. Yvan Bourgnon voit grand : « Dans les dix ans, on aura peut-être une centaine de bateaux qui, une fois en service, pourront nettoyer la mer pendant 30 ans. Bien sûr, ils ne feront pas tout. Si on arrive à éradiquer 40 % des déchets... ». Le Manta aura aussi un but pédagogique, « en montrant concrètement aux populations le volume de ces montagnes de plastiques récupérées en mer ».

Financements

Une campagne de financement participatif a été lancée le 14 octobre. La première phase, qui permettra de finaliser le concept et de construire la première maquette, est (presque) bouclée et devrait permettre de collecter 150.000 €. « Un collecteur test à l'échelle 1/10e pourra voir le jour dès 2017 grâce au crowdfunding ». Yvan va se rendre à Marrakech la semaine prochaine pour présenter le Manta lors de la COP 22 et élargir son réseau. D'importants partenaires nationaux seraient déjà prêts à suivre le sillage limpide du Manta et à financer le premier bateau, qui pourrait également voir le jour dans le pays d'Auray, « en mettant à contribution les entreprises locales ». 

Un article de la rédaction du Télégramme