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Zéro rejet : Scientifiques et pêcheurs dans le même bateau

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Si l’Europe a prévu des règles contraignantes afin d’éviter la surpêche, elle finance aussi des projets de recherche pour en faciliter l’application. Il en va ainsi de la règle du « zéro rejet en mer » que les professionnels ont bien du mal à respecter. Et d’un de ses corollaires, le projet européen de recherche scientifique Discardless ou « Sans rejets », mené par un consortium d’instituts de recherche auquel Ifremer a apporté sa contribution.

Afin de préserver la ressource halieutique, tous les poissons - même quand ils sont sous taille, non ciblés ou sans intérêt commercial - doivent être débarqués à terre, dès lors que l’espèce est soumise à quotas. Progressivement mise en place depuis cinq ans, cette mesure européenne, incitant les pêcheurs à mieux cibler leurs prises, concernera toutes les pêcheries au 1er janvier prochain.

L’inquiétude est forte chez les professionnels de la petite pêche qui auparavant rejetaient ces poissons à la mer. Le comité des pêches du Finistère (près de 600 navires concernés) a d’ailleurs récemment rédigé un « Livre noir de l’obligation de débarquement ». Les pêcheurs redoutent le « Choke species », qui signifie que les bateaux devront rester à quai dès que le quota français de l’une des espèces pêchées accessoirement sera atteint.

Un catalogue de solutions et des cartographies interactives

Les solutions viendront-elles donc des scientifiques ? Surtout d’un travail conjoint, si l’on en croit Marie Savina-Rolland, chercheuse à Ifremer à Boulogne, puis Lorient. Une première restitution du projet de recherche (qui sera officiellement présenté en début d’année prochaine) apporte des éléments de réponse prometteurs. « Nous proposerons une sorte de catalogue des engins sélectifs mis au point dans les autres pays européens pour chaque espèce. On pourra, par exemple, s’inspirer des pêcheurs des Baléares qui ont mis au point des panneaux de chalut à mailles carrées pour le rouget barbet. Les professionnels auront aussi accès à des outils cartographiques numérisés. Selon les données introduites, les professionnels pourront définir leurs zones de pêche et élaborer des stratégies afin d’éviter les prises accessoires non désirées. Tout en prenant en compte le coût du carburant pour le temps de route sur zone ».

L’expérience des autres… en anglais

L’expérience de l’Islande appliquant le zéro rejet depuis une trentaine d’années pourrait aussi inspirer les Français. Les rejets débarqués y sont traités par les usines de coproduits existantes, sans qu’il soit utile de créer de nouvelle filière. De même, l’aménagement des bateaux islandais ou autres pour stocker la part des rejets incompressible peut donner des idées. Cette mise en commun des expériences européennes devrait être riche d’enseignements pour les pêcheurs. Au passage, Discardless met fin à certaines croyances : « La fin des rejets aura peu d’impact sur les espèces de poissons qui s’en nourrissaient et sur les oiseaux sauf très localement », assure Marie Savina-Rolland.

Reste que les solutions sont en anglais. Une langue peu pratiquée par les pêcheurs. Ce sera sans doute aux comités des pêches qui ont fait part de leur intérêt pour Discardless de faciliter l’utilisation des nouveaux outils de décision.

Un article de la rédaction du Télégramme