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La compagnie allemande AIDA Cruises, filiale du groupe italien Costa (lui-même filiale de l'Américain Carnival Corporation), a créé la surprise en signant un accord avec le constructeur Japonais Mitsubishi Heavy Industries en vue de réaliser deux gros paquebots de 125.000 tonneaux et 3250 passagers. Ce Memorandum of Agreement (MOA), s'il est entériné, verrait la livraison des deux navires en mars 2015 et mars 2016. Le prix avancé par AIDA est de 140.000 euros par lit, soit seulement 450 millions d'euros par bateau. Il s'agit d'un coût très compétitif par rapport aux tarifs pratiqués par les constructeurs européens, d'autant qu'il s'agit là d'une nouvelle série impliquant le développement d'un prototype. L'accord conclu entre AIDA et Mitsubishi, qui doit encore se traduire par un contrat, a provoqué un petit séisme dans les chantiers européens. Même si l'on sait depuis longtemps les chantiers asiatiques, sud-coréens comme japonais, soucieux de se développer sur le segment des paquebots, bien peu pensaient qu'une telle commande proviendrait de la filiale allemande du groupe Carnival. AIDA semblait, en effet, devoir rester fidèle aux chantiers Meyer Werft. Car la compagnie, passée en 2004 sous le giron de Costa, commande depuis tous ses nouveaux navires en Allemagne. Pas moins de 7 paquebots (classe Sphinx) ont, ainsi, été commandés depuis 2004, pour un investissement de plus de 3.5 milliards d'euros. D'une jauge de 68.500 tonneaux et dotés de 1025 cabines, les AIDAdiva, AIDAbella et AIDAluna ont été livrés en 2007, 2008 et 2009. Reprenant les mêmes formes mais légèrement plus gros, l'AIDAblu, première unité de 71.300 tonneaux et 1096 cabines, a été livrée en 2010, suivi par un premier sistership, l'AIDAsol, achevé au printemps dernier. Une nouvelle unité de ce type, l'AIDAmar, quittera le chantier allemand de Papenburg en 2012. Enfin, Meyer Werft livrera le dernier paquebot de cette série en 2013. Le Diamond Princess, livré en 2004 par Mitsubishi (© : PRINCESS CRUISES) Le grand retour des Japonais sur le marché de la croisière Bien qu'elle doive encore être confirmée, la probable commande placée chez Mitsubishi est une belle victoire pour l'industrie japonaise. Au moment où le pays essaye de se relever du tsunami qui a dévasté le nord-est de l'archipel en mars dernier, peut-être que le Japon a bénéficié d'une bienveillance politique de la part des Américains pour ce contrat. Mais, quoiqu'il en soit, d'autres raisons ont prévalu. D'abord, le groupe Carnival, leader mondial de l'industrie de la croisière, n'a jamais caché son intérêt pour les chantiers asiatiques, dans une perspective de réduction des coûts de construction. Des négociations ont, ainsi, été menées avec des industriels sud-coréens, sans oublier que Carnival a déjà commandé des navires au Japon. Mitsubishi a, en effet, livré en 2004 les Diamond Princess et Sapphire Princess, deux unités de 116.000 tonneaux et 1335 cabines réalisées pour sa filiale Princess Cruises. Bien que l'un des paquebots ait été livré avec plus de 6 mois de retard suite à un incendie et que la construction ne fut pas évidente pour les Japonais, qui ne disposaient pas d'un réseau de sous-traitants spécialisés, le pari a été relevé par Mitsubishi qui, au final, a construit deux très beaux bateaux dont l'armateur se dit satisfait. Les chantiers japonais, qui avaient déjà prouvé leur savoir-faire avec le paquebot Crystal Harmony (désormais Asuka II), en 1990, cherchaient depuis lors à gagner de nouveaux contrats. On les disait notamment très bien partis pour décrocher la nouvelle série de Princess, mais c'est finalement le groupe italien Fincantieri, où Carnival a placé l'essentiel de ses derniers navires depuis une décennie, qui a engrangé le contrat cette année. Le chantier Fincantieri de Marghera, en Italie (© : MER ET MARINE) Nouvelle menace pour les chantiers européens Avec AIDA, Mitsubishi va disposer d'une chance unique de séduire le leader mondial de la croisière, qui a fait les beaux jours de Meyer Werft et surtout Fincantieri avec ses nombreuses filiales (AIDA, Costa, Holland America, Cunard, Carnival Cruise Line, Princess, P&O Cruises..) et sa flotte de 100 paquebots. Si le nouveau projet d'AIDA est mené à bien et dans les temps, les chantiers japonais constitueront une vraie menace pour leurs concurrents européens, dont la croisière est l'une des dernières chasses gardées. Car, si le travail réalisé est bon et les prix compétitifs, le groupe Carnival sera logiquement tenté de confier d'autres navires aux Japonais. Meyer Werft est, en tous cas, la première « victime » de cette concurrence asiatique. Le groupe allemand rencontre ainsi son premier gros revers commercial depuis longtemps, en perdant l'un de ses principaux clients malgré le superbe travail réalisé sur les navires de la classe Sphinx. Mais, dans le contexte actuel, c'est Fincantieri qui souffrirait le plus, à terme, d'un éventuel mouvement vers les chantiers asiatiques. Et, même si d'autres constructeurs, comme STX France, ne travaillent pas actuellement pour le groupe Carnival, l'initiative du numéro 1 mondial du secteur pourrait inciter d'autres armateurs à regarder les propositions asiatiques. Au Japon bien-sûr, mais également en Corée du sud, où les industriels, à l'image de Samsung, ne cachent pas leurs ambitions sur le marché de la croisière. Pour faire face, la navale européenne est donc obligée de maintenir ses efforts pour demeurer compétitive, tout en investissant massivement dans la recherche et le développement, afin de conserver une longueur d'avance en termes de technologie et d'innovation.

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