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Après sept mois d’attente à Marseille, le Princess Danae a finalement appareillé vendredi 19 avril pour mettre le cap sur Lisbonne. Quant à l’Athena, il doit quitter le port phocéen d’ici la fin du mois. Les deux paquebots avaient été immobilisés suite à des procédures de saisies conservatoires. Leur ancien armateur, le portugais Classic International Cruises, devait en effet une forte somme d’argent à différents créanciers. Déjà en difficulté, la compagnie avait vu sa situation s’aggraver fortement après la mort de son fondateur, le Grec George Potamianos, installé à Lisbonne depuis 1985 (année de la création de CIC avec le rachat du Funchal, son premier paquebot).  Après le décès de George Potamianos, le 29 mai 2012, ses fils ne sont malheureusement pas parvenus à redresser la barre et la compagnie portugaise a coulé, entrainant dans son naufrage NDS Voyages. Le plus anciens tour opérateur français (1872), dont Classic International Cruises avait pris le contrôle dans les années 2000 (en rachetant l’essentiel du capital à Bayard Presse), affrétait notamment le Princess Danae pour les croisières organisées par les magazines Notre Temps et Pèlerin. La liquidation judiciaire de NDS Voyages, qui accueillait environ 12.000 passagers chaque année, a été prononcée en octobre 2012.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

L'Athena à Marseille (© : MER ET MARINE - VINCENT. GROIZELEAU)

 

 

Concernant Classic, l’ensemble de sa flotte a été contrainte de s’arrêter. Alors que les Princess Danae et Athena étaient bloqués à Marseille, l’Arion s’est retrouvé immobilisé à Kotor (Monténégro) et le Princess Daphne, qui était exploité pour le compte du tour opérateur allemand Ambiente Kreuzfharten, a lui aussi cessé de naviguer. Le Funchal, enfin, est demeuré  à Lisbonne, où il est depuis plusieurs années en attente de refonte, les déboires financiers de son ancien propriétaire n’ayant pas permis d’achever les travaux.

 

 

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© DROITS RESERVES

Le Funchal (© : CIC)

 

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© BERNARD PREZELIN

L'Arion (© : BERNARD PREZELIN)

 

 

Un homme d’affaires portugais à la barre

 

 

Depuis septembre 2012, on attendait donc de voir ce qu’il adviendrait de la flotte de CIC, constituée de navires très anciens. L’Athena a, en effet, été construit en 1948, le Princess Danae et le Princess Daphne en 1955 (initialement comme cargos puis reconvertis en navires de croisière dans les années 70), le Funchal en 1961 et l’Arion en 1965. Compte tenu de leur âge, la piste d’une vente à la démolition n’était pas à exclure. D’autant que les coûts d’exploitation d’unités aussi anciennes sont élevés, rendant leur rentabilité difficile à obtenir dans un marché de la croisière devenu effroyablement concurrentiel avec la construction d’une multitude de navires modernes. Ces bateaux ont néanmoins un avantage, leur côté traditionnel et intimiste (380 à 700 passagers), qui séduit encore et s’inscrit sur un segment de marché délaissé par la plupart des gros opérateurs. Au cours de l’hiver, on évoquait dans les coursives une reprise de CIC par des cousins de la famille Potamianos de Grèce. Mais c’est finalement l’homme d’affaires portugais Rui Alegre qui a racheté les navires, à l’exception du Princess Daphne, dont les Potamianos restent pour le moment propriétaires.

 

 

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© DROITS RESERVES

Le Princess Daphne (© : CIC)

 

 

Rui Alegre, dont les activités touchent notamment à l’immobilier et l’hôtellerie, souhaite remettre en service cette flotte vintage, en lui faisant bénéficier d’un programme de rénovation. Le Princess Danae devrait, par exemple, être équipé d’un centre de bien-être. Quant au Funchal, sa restauration doit être achevée afin que le navire puisse reprendre la mer à partir du mois de septembre. L’Arion est quant à lui rentré à Lisbonne il y a quelques semaines.

Pour cette opération, Rui Alegre a créé plusieurs sociétés (Island Cruises et Coast South Cruises) basées dans l’île portugaise de Madère, où sont immatriculés les anciens paquebots de CIC. Elles sont désormais propriétaires des navires, qui sont apparemment destinés à l’affrètement. Rui Alegre semble donc vouloir reprendre le modèle de Classic, qui visait à exploiter (avec équipages) des navires loués à différents opérateurs. Un positionnement somme toute délicat, comme les déboires de la compagnie portugaise (et d’autres avant elle) l’ont montré.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Princess Danae à Marseille fin mars (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

 

Un travail juridique considérable pour lever les saisies

 

 

Concernant le Princess Danae et l’Athena, permettre leur départ de Marseille a nécessité un travail juridique considérable. Car, si les deux navires ont été rachetés dès le 18 janvier par Rui Alegre, ils étaient encore soumis à de nombreuses procédures de saisies conservatoires enclenchées par les créanciers de CIC. « Ce fut un dossier très complexe pour lequel il a fallu obtenir la levée d’une trentaine de saisies. Nous avons fait un travail considérable qui a heureusement été couronné de succès », explique l’avocate marseillaise Béatrice Favarel, dont le cabinet était chargé par l’armateur de la question des créances maritimes.

Alors que des centaines de passagers, contraints de débarquer prématurément où voyant leurs croisières annulées suite à l’arrêt des navires, se sont tournés vers leurs agents de voyage et les assurances pour se faire rembourser, il restait de nombreuses factures à honorer (avitaillement, travaux, salaires de équipages…). Et, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’affaire, un certain nombre de créanciers « douteux » se sont manifestés pour, si possible, se servir sur la bête. Le tribunal et les avocats ont donc été contraints de démêler le « sac de nœuds » des créances afin de déterminer les demandes légitimes et régler les créances privilégiées. Au final, la facture s’est élevée à 11.5 millions d’euros.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

L'Athena à Lisbonne en 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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