Aller au contenu principal

200 bateaux et 900.000 touristes par an. Le Geirangerfjord, un des fjords norvégiens classés à l’Unesco depuis 2005, est devenu, durant la saison estivale, une véritable autoroute pour les paquebots de toute taille, leurs vagues et leurs émissions. « Nous avons atteint un niveau de fréquentation où il était crucial pour notre environnement que de nouvelles règlementations voient le jour ». Rita Berstad Maraak est la directrice du port de Geiranger, qui administre également les infrastructures voisines de Stranda et Hellesylt. Elle a assisté, comme tous les Norvégiens, à l’engouement incroyable des opérateurs de croisière pour les paysages préservés et grandioses de la nature norvégienne. Dans des proportions qui ont tendance désormais à devenir déraisonnables et incommodantes pour les riverains. « Nous avons beaucoup de communautés et de villages où les gens habitent depuis longtemps dans les fjords. Ils font vivre cette région à l’année, en travaillant notamment dans l’industrie navale. Nous devons aussi penser à eux et à la nature que nous avons le devoir absolu de protéger ».

La Norvège ne plaisante pas avec la protection de la nature, de son eau et de son air. Un peu ironiquement, ce pays qui a fait sa fortune sur l’extraction d’hydrocarbures, veut désormais devenir le pionnier de la décarbonation. Et pour cela, les objectifs sont clairs : d’ici 2030, le pays veut devenir neutre en émission puis complètement décarboné en 2050. Les véhicules thermiques vont être interdits dans les villes, les ferries sont tous en train de passer à des propulsions électriques, avant sans doute de se convertir à l’hydrogène, les navires en escale dans les ports norvégiens devront s’alimenter en courant quai et progressivement pouvoir manœuvrer sans utiliser leurs moteurs thermiques, même les liaisons aériennes intérieures vont devoir être effectuées à l’aide d’avions électriques sur lesquels le royaume investit actuellement beaucoup.

Avant même 2030, la Norvège a décidé de marquer le coup avec une première étape. D’ici 2026, les fjords classés à l’Unesco (les huits fjords autour des Geirangerfjord et Naeroyfjord dans la région d’Ålesund) ne pourront être empruntés que par des navires zéro-émission. « Nous avons commencé par mettre en place une règlementation très stricte à compter de mars 2019, sur l’interdiction de déchargement d’eaux noires et grises, une utilisation de fuel à 0.1% de soufre, l’interdiction de scrubbers open-loop, une réduction de la vitesse et des procédures particulières pour les navires de plus de 10.000 GT. 2026 sera une étape supplémentaire vers un tourisme plus respectueux de notre bien commun ».

 

221898 Geiranger
© STRANDA HAMN

 

La riche Norvège n’a pas un besoin pressant d’afflux touristique dans son économie. Et elle préfère un tourisme nature et réparti à l’année. Alors même si le gouvernement insiste sur la nécessité de développer les infrastructures touristiques, le verdissement de l’opinion publique locale amène des évolutions rapides dans l’encadrement de ces activités. Le Parlement n’a donc pas hésité à voter la loi interdisant les émissions de navires dans les fjords à une échéance relativement courte. Ce qui bouscule déjà énormément les gros opérateurs de croisière qui sont nombreux à positionner leurs navires sur des destinations nordiques durant la saison estivale.

Et ce n’est pas une motorisation GNL (qui émet du CO2) ou quelques batteries davantage destinées au lissage de consommation qu’à une réelle autonomie de manœuvre qui permettront aux paquebots de répondre aux critères de 2026. « Nous parlons beaucoup avec les industriels locaux, nous avons de grands chantiers navals dans les environs immédiats et nous savons que la solution actuellement envisageable est de laisser les gros paquebots à l’entrée des fjords et de promener les touristes en petits bateaux électriques. Mais nous savons aussi que l’augmentation des capacités électriques des grands navires pourrait être une solution qui voit le jour rapidement. De même que l’hydrogène, pour lequel nous devrions réfléchir à une station d’avitaillement ».

Aller plus loin

Rubriques
Croisières