Aller au contenu principal

Après deux semaines d’attente à Gênes,  le paquebot Costa Celebration a appareillé le 5 décembre pour mettre le cap sur les Canaries. Après le passage du détroit de Gibraltar, ce dimanche, son arrivée est prévue demain à Tenerife. On ne sait toujours pas ce que va devenir le vieux paquebot, dont Costa a annoncé la sortie de flotte le 20 novembre. Une semaine seulement après la mise aux couleurs de la compagnie italienne du navire, transféré suite à la fermeture d’Iberocruceros, filiale espagnole de Costa. Celle-ci devait l’exploiter en Méditerranée occidentale cet hiver, notamment au départ de Marseille, puis entre Venise et Istanbul l’été prochain. Les raisons du retrait du Costa Celebration juste avant ses débuts officiels, ce qui a imposé de repositionner sur d’autres navires des milliers de passagers, demeure un mystère. Mais il est clair que la compagnie italienne n’a pas pris sa décision à la légère compte tenu des répercutions sur son organisation et sa clientèle. Deux options restent donc ouvertes pour justifier le retrait du Celebration à la veille des ses premières traversées chez Costa (croisière inaugurale prévue le 22 novembre après un affrètement d’une semaine pour des mini-croisières entre Marseille et Gênes). Un gros problème technique a pu être découvert pendant ou juste après l’arrêt technique intervenu à Marseille le mois dernier, ce qui aurait conduit la compagnie à se séparer prématurément de ce bateau pour éviter tout risque en cours d'exploitation. En le vendant pourquoi pas, directement ou indirectement, à la démolition. Le fait que le Celebration soit, suite à son départ de Gênes (si l’on en croit les données de son système d’identification automatique AIS), passé très près des côtes italiennes et françaises plutôt que de suivre une route plus directe vers Gibraltar interroge. Mais le navire n’est pas parti en remorque et hier, alors qu’il longeait le sud des côtes espagnoles, sa vitesse était annoncée à près de 19 nœuds, tendant à prouver qu’il n’y a pas de problème de propulsion.

 

96375 Costa Celebration Marine Traffic
© MARINE TRAFFIC

Trajet du Costa Celebration (selon son AIS) après son départ de Gênes (© DR)

 

Remplacer le Bahamas Celebration ?

 

Battant toujours pavillon portugais, comme lorsqu’il était exploité pour le compte d’Iberocuceros, le paquebot a aussi pu, et c’est la seconde hypothèse, être vendu à un nouvel opérateur. Dans ce cas, il a fallu que le repreneur consente à payer le prix fort pour convaincre Costa de le lui céder immédiatement et donc d’assumer les problèmes inhérents : manque à gagner et repositionnement des clients ayant déjà réservé leurs croisières sur une programmation qui fonctionnait commercialement bien. Dans ce cas, il faut logiquement un opérateur ayant un besoin urgent de navire et qui ne peut attendre la fin de la saison. Ils sont à priori peu dans ce cas là. Parmi les pistes envisageables, on peut penser à la société américaine Celebration Cruise Line. La compagnie, qui propose des mini-croisières de deux nuits entre Palm Beach et les Bahamas, est privée depuis le 31 octobre de son ultime navire. Ancien cruise ferry nordique construit en 1981 pour Jahre Line et exploité de 1990 à 2008 par Color Line, le Bahamas Celebration a été victime d’une voie d’eau après avoir heurté un objet non identifié.

 

96432 bahamas celebration
© DROITS RESERVES

Le Bahamas Celebration après sa voie d'eau (© DR)

 

Accusant une forte gîte, il est parvenu à rejoindre Freeport. Mais, depuis, le bateau n’a pas repris la mer et la compagnie ne donne pas de nouvelle. Son navire est-il réparable et si oui à quel coût ? Celebration Cruise Line  aura-t-elle les reins assez solide pour survivre à cet accident ? A-t-elle les moyens de racheter un autre navire en attendant, éventuellement, de se faire rembourser par les assurances ou de vendre le Bahamas Celebration à la démolition ? Les questions sont nombreuses et les réponses se font attendre.

 

Tenerife, une étape vers les Amériques ou l’Asie ?

 

Au-delà de son nom, qui par un heureux hasard serait déjà tout trouvé pour Celebration Cruise Line, l’arrivée de l’ex-paquebot de Costa aux Canaries peut constituer un signe en faveur de cette option. Car Tenerife n’est probablement pas la destination finale du navire, qui n’aurait donc plus, après un éventuel soutage, qu’à traverser l’Atlantique pour rallier la Floride et les Bahamas. Mais il s’agit peut être aussi d’une étape vers une autre destination. Pourquoi pas l’Amérique latine ou même l’Asie ? Vers un chantier de déconstruction ou pour naviguer au profit d’une nouvelle compagnie ? On sait que le marché sud-américain se porte bien que son homologue asiatique est en plein essor, les opérateurs locaux se développant en achetant des navires de seconde main. C'est le cas de l’ex-Costa Voyager, transféré cette année à l’armement chinois Bohai Ferry, ou encore de l'un des sisterships du Celebration, l'ex-Pacific Sun (contruit sous le nom de Jubilee), qui a été vendu au voyagiste chinois HNA en 2012. Toutefois, si le Celebration ne serait pas le premier navire à quitter l’Europe pour rejoindre l’Extrême Orient via le cap de Bonne Espérance, ce n’est clairement pas le chemin le plus court. Le passage par le canal de Suez constitue un itinéraire bien plus rapide, surtout avec la Méditerranée pour point de départ. Pour contourner l’Afrique et donc augmenter significativement la facture en carburant, il faut clairement avoir de bonnes raisons. 

 

95399 Costa Celebration - Marseille - sortie de cale
© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE

Le Costa Celebration (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Initialement construit pour Carnival Cruise Lines, le Celebration est sorti en 1987 des chantiers suédois Kockums. Après avoir été exploité pendant 20 ans par CCL, le navire a été versé en 2008 à Iberocruceros, appartenant comme Costa au groupe américain Carnival Corporation. Long de 223.4 mètres pour une largeur de 28.2 mètres, le Celebration affiche une jauge de 47.200 GT, compte 747 cabines et peut embarquer jusqu'à 1900 passagers. 

Aller plus loin

Rubriques
Croisières
Dossiers
Costa Croisières