Aller au contenu principal

Après deux « escales tests » dans les dix jours qui ont précédé, les restrictions sur les croisières en France ont été officiellement levées le 30 juin, permettant aux ports hexagonaux d’accueillir de nouveau des paquebots en exploitation commerciale. Une réouverture particulièrement attendue à Marseille, premier port français de croisières, qui en dehors de Ponant sur l’un de ses petits navires d’expédition l’été dernier, n’avait pas connu d’embarquements et de débarquements de passagers sur un paquebot depuis 18 mois (hors rapatriements sanitaires). Le Marseille Provence Cruise Terminal (MPCT) a donc repris vie avec, pour commencer, deux escales tests, réalisées les dimanches 20 et 27 juin par le MSC Seaside, positionné cet été en Méditerranée occidentale. Son armateur, la compagnie italo-suisse MSC Cruises, s’était accordé avec les autorités françaises pour limiter les embarquements à 400 personnes le 20 juin et 500 personnes le 27 juin. Finalement, ils ne furent que 300 et 450.

5000 passagers par jour maximum

Le navire sera de retour en cette fin de semaine - et sera le cas tous les dimanches cet été - pour sa première escale après la levée officielle des restrictions sur les croisières en France.  Idem pour le Costa Smeralda, dont la saison inaugurale en Méditerranée avait été brusquement interrompue en mars 2020 par la pandémie. Le navire, maintenu à l’abri pendant des mois dans le port phocéen avant de regagner l’Italie, va faire son grand retour dimanche au MPCT, où il viendra lui aussi chaque semaine. Pour cette première croisière de la saison, près de 700 passagers doivent embarquer à Marseille sur le navire amiral de la compagnie italienne Costa. Alors que les procédures d’embarquement, de débarquement et les excursions dans la région sont soumises à des protocoles stricts validés par les autorités sanitaires, la seule restriction encore imposée concerne le nombre de personnes accueillies le même jour dans le terminal croisière, qui ne doit pas excéder 5000. Un chiffre qui peut paraitre faible au regard des capacités du MSC Seaside (154.000 GT, 2066 cabines) et du Costa Smeralda (182.700 GT, 2612 cabines), capables respectivement d'accueillir jusqu’à 5179 et 6518 passagers, auxquels s’ajoutent les membres d’équipage. Mais ces bateaux ne sont pas exploités à pleine capacité. Une petite partie des cabines est en effet réservée pour servir de zone d’isolement en cas de détection de personnes atteintes du Covid-19. Et les compagnies se sont de leur propre chef engagées à ne pas dépasser un taux de remplissage de 70% pour garantir le respect de la distanciation sociale à bord. Cela dit, elles n’ont encore pas atteint ce niveau faute d’une clientèle suffisante ces derniers mois, où certains de leurs navires ont navigué au départ des ports italiens.  

Le variant Delta

Et l’incertitude demeure pour cet été. Pas vraiment sur le risque sanitaire à bord, les protocoles extrêmement stricts mis en place par les compagnies ayant fait leurs preuves. Tous les personnels et passagers sont testés (à partir de 2 ans en salivaire et de 6 en test antigénique) et les personnes âgées, qui représentent une part importante de la clientèle, seront en grande partie vaccinées. Mais le variant Delta, beaucoup plus contagieux que le Britannique et qui se répand à vitesse grand V en Europe, pourrait contrarier la reprise. Car si la vaccination a pour but premier d’éviter les formes graves du Covid, elle n’empêche pas de contracter le virus, et donc de se retrouver positif aux dépistages. Or, les tests PCR qui devaient jusqu’ici être réalisés dans les 72 heures qui précèdent l’embarquement, et permettaient aux clients d’éviter le déplacement en cas de résultat positif, ne sont plus obligatoires. Seuls restent les tests antigéniques pratiqués sur tous les passagers au terminal, juste avant l’embarquement, puis durant la croisière (avec en plus des contrôles quotidiens de température). Il y a donc fort à parier que pendant l’été, période favorables aux brassages de populations, un certain nombre de personnes ne découvrent qu’au moment de leur arrivée au port qu’elles sont positives, et qu’elles doivent dès lors rentrer à la maison (si elles sont détectées à bord elles sont isolées avec les cas contacts et débarquées au port d’escale suivant). Des vacances en forme de roulette russe qui risquent d’inciter une partie de la clientèle à attendre encore un peu avant de rembarquer. Sans parler du fait que si le variant Delta se développe trop vite, certains pays pourraient reprendre des mesures restrictives. Les compagnies elles-mêmes, si la situation se détériore, pourront aussi s’adapter, comme elles le font depuis un an, par exemple en rétablissant les tests PCR avant de partir au port. S’ajoute à cela le fait que la croisière, très précautionneuse pour éviter la transmission du virus, maintient le port du masque obligatoire dans les espaces publics des paquebots et n’autorise toujours pas les descentes en escales en dehors des excursions organisées. Au moment où à terre on tombe enfin les masques pour respirer au grand air, une telle contrainte a aussi de quoi faire réfléchir.

Un été crucial pour remonter progressivement en puissance

Mais les compagnies misent sur la qualité de l’expérience offerte pour convaincre les vacanciers de revenir, de même que l’environnement sécurisé qu’elles proposent alors que les voyages internationaux demeurent compliqués. Elles peuvent en cela notamment compter sur les aficionados de la croisière, qui rongent leur frein depuis des mois, du moins pour ceux qui ont attendu (des centaines de Français n’ont en effet pas hésité à braver les confinements pour embarquer depuis les ports italiens). Le remplissage des paquebots va aussi bénéficier de toutes les personnes dont les voyages ont été reprogrammés suite à des annulations depuis l’année dernière. De quoi normalement assurer un « fond de cale » pour les premiers mois de cette reprise, mais il faudra vite trouver des relais de croissance. Tout l’enjeu est donc de remonter progressivement en puissance d’ici la fin de l’année. Et pour cela, il faut convaincre. Le bon déroulement de la saison estivale sera donc déterminant.

36 escales prévues cet été dans les bassins phocéens

Pour ce qui est de Marseille, 12 escales de paquebots sont attendues en juillet et 24 en août, soit 36 en tout. C’est peu par rapport à un été normal, sachant néanmoins que le gros de la saison des croisières dans la cité phocéenne se déroule en avril/mai puis en septembre/octobre, avec avant la pandémie jusqu’à 80 escales par mois.

L’essentiel des croisières sera assuré par Costa et MSC, auxquelles s’ajouteront d’autres compagnies au fil des semaines. Ainsi, on doit voir dans les bassins phocéens cet été le Mein Schiff 2 de TUI Cruises, le Club Med 2, ou encore l’Harmony of the Seas de Royal Carribean International et l’AIDAperla d’AIDA Cruises, ces deux derniers étant attendus les 17 et 26 août. Il n’y aura en revanche pas de navire de Ponant exploité cet été au départ de Marseille, l’expérience n’ayant pas été concluante l’année dernière. La compagnie française prévoit bien de positionner Le Jacques Cartier au départ de Marseille, mais ce ne sera qu’en octobre.

Une activité qui pèse lourd dans l’économie locale

Pour les acteurs marseillais de la croisière, le bon déroulement de la reprise est essentiel car cette activité pèse lourd dans l’économie locale. En 2020, avant que la pandémie éclate, Marseille attendait sur l’année quelques 500 escales, espérant franchir la barre des 2 millions de passagers, pour des retombées estimées à 350 millions d’euros. Selon le port et le club de la croisière, 3000 emplois, dont 2000 directs, dépendent de cette activité : guides touristiques, restaurateurs, taxis, chauffeurs de bus, agents de voyages, douaniers, services portuaires, sièges sociaux des compagnies, réparation navale…

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Aller plus loin

Rubriques
Croisières
Dossiers
Port de Marseille