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Alors que la majorité de la flotte mondiale de paquebots a repris du service au second semestre 2021, le développement fulgurant d’Omicron perturbe la saison hivernale des compagnies de croisière. Extrêmement contagieux, le nouveau variant du Covid-19 parvient en effet, au fil de sa propagation, à déjouer les stratégies préventives des armateurs. Si les protocoles sanitaires de ces derniers demeurent efficaces, puisqu’ils permettent de détecter rapidement des personnes ayant contracté le coronavirus, un nombre croissant de passagers sont testés positifs durant les croisières, entrainant leur isolement à bord (ainsi que les cas contacts), jusqu’à la fin du voyage si un débarquement et un rapatriement sanitaire ne sont pas possibles avant. Car dans certaines régions, par exemple vers les îles des Caraïbes, les refus d’accepter les escales des navires sur lesquels des cas sont déclarés se multiplient. Même quand il s’agit d’îles privées appartenant aux armateurs, comme l’a vécu le paquebot MSC Seashore, qui devait s’arrêter le 29 décembre à Ocean Cay mais a été prié par le gouvernement des Bahamas d’annuler sa visite du fait de la présence de cas positifs parmi ses passagers et membres d’équipage.

Etats-Unis : 91 navires placés sous surveillance par les autorités sanitaires

Il faut dire que la flambée épidémique aux Etats-Unis a entrainé, ces toutes dernières semaines, une hausse sensible des cas détectés sur les paquebots exploités au départ des ports US. Au 30 décembre, l’autorité sanitaire américaine (Centers for Disease Control and Prevention - CDC) avait placé 91 des 110 navires de croisière autorisés à naviguer selon ses directives, sous investigation ou observation après la découverte de cas de Covid à bord. Le mois dernier a, en effet, vu le nombre de cas croître rapidement et des clusters se développer sur certains bateaux, comme le paquebot géant Symphony of the Seas, rentré à Miami le 18 décembre avec 48 cas positifs à son bord. Un chiffre de prime abord important mais qui ne représente en fait que 0.78% des 6091 passagers qui avaient embarqué à une semaine plus tôt. On notera que 95% des clients et de l’équipage disposaient d’un schéma vaccinal complet, dont 98% des cas positifs. La CDC, qui a relevé sa grille de vigilance à son plus haut niveau, déconseille à la population américaine de partir en croisière actuellement. Ce qui n’empêche pas les bateaux d’appareiller et les compagnies de connaitre toujours de bons niveaux de réservation.

L’Europe du nord s’est fermée, la Méditerranée commence à être touchée

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est plus compliquée pour les armateurs. Les croisières dans le Nord de l’Europe se sont pour ainsi dire interrompues en décembre après l’explosion épidémique due à Omicron, qui a entrainé un durcissement des mesures sanitaires dans de nombreux pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Belgique et la Scandinavie. Les ports se sont ainsi progressivement fermés (sauf au Royaume-Uni), obligeant les compagnies à cesser temporairement leur activité, comme MSC avec le Magnifica qui avait débuté en novembre un itinéraire entre Le Havre, Southampton, Amsterdam, Zeebrugge et Hambourg.

L’AIDAnova, de la compagnie allemande AIDA Cruises, s’est quant à lui retrouvé coincé à Lisbonne, d’où il devait partir le 29 décembre pour une croisière vers les Canaries. Mais il n’a pas pu appareiller suite à la détection de cas à bord. Lundi 3 novembre, en on dénombrait 68, dont 60 parmi l’équipage. La croisière a été annulée et les passagers (près de 3000) ont été débarqués. Le même jour, c’est à bord du MSC Grandiosa, arrivé dans la matinée au port italien de Gênes après être parti la veille de Marseille, qu’au moins 45 passagers ont été testées positifs et placés à l’isolement avec leurs proches. En tout, 118 personnes (sur environ 5000 à bord) ont débarqué à Gênes, sans nécessiter de prise en charge médicale. Le protocole a été appliqué et le navire a pu repartir et poursuivre sa croisière, rejoignant hier matin Civitavecchia avant de mettre le cap dans la soirée vers Palerme.

Plus de contrôles qu’ailleurs

La gestion des croisières devient donc compliquée pour les compagnies, dont les procédures sanitaires sont pourtant très strictes. C’est d’ailleurs probablement ce qui explique cette situation, puisque les clients y sont plus suivis que n’importe où ailleurs. La plupart des armateurs imposent désormais à leurs clients d’être vaccinés et tous demandent un test négatif avant le départ, doublé d’un nouveau test juste avant l’embarquement et même ensuite pendant la croisière, en plus de prises régulières de température. A bord, le port du masque dans les espaces publics est la plupart du temps imposé, des jauges sont en place, les systèmes d’air conditionné ont été modifiés pour éviter la propagation du virus, le nettoyage est permanent et le gel hydroalcoolique omniprésent. Un protocole qui a fait ses preuves en 2021 mais qui, aujourd’hui, se retourne en quelque sorte contre les opérateurs. Car Omicron, s’il semble moins grave que les précédents variants, est tellement transmissible qu’il parvient manifestement à déjouer les premiers barrages qui avaient été dressés. Un vrai casse-tête pour les compagnies dont la stratégie reste basée sur la création d’une « bulle sanitaire », de laquelle étaient évacués les rares cas qui passaient entre les mailles du filet. Or, le débarquement de plus en plus régulier de passagers testés positifs, même s’ils sont pour l’essentiel asymptomatiques, risque s’il se confirme de refroidir une bonne partie de la clientèle, qui n’aura pas envie de jouer ses vacances à la roulette russe. Le problème se pose aussi pour les équipages, constitués de personnels internationaux qui vivent dans une promiscuité plus importante que les passagers et qu’il est compliqué de remplacer au pied levé. Enfin, si la situation parait encore « gérable » dans certaines régions, comme la Méditerranée où la plupart des navires réalisent des sauts de puce entre pays européens, elle l’est beaucoup moins sur des destinations comprenant des escales dans des pays insulaires, beaucoup plus rétifs à l’accueil de navires potentiellement contaminés.  

Les prochaines semaines déterminantes

Comme dans de nombreux pays à terre, les semaines qui viennent seront, en tous cas, déterminantes, tout allant dépendre de l’évolution de la situation épidémique et du fait de savoir si oui, ou non, de plus en plus de croisières se traduiront par le débarquement d’un nombre significatif de passagers. Si l’on en juge par les niveaux de réservations, la confiance des clients semble, à ce stade, toujours là mais les choses peuvent évoluer rapidement. Comme ailleurs, les compagnies, elles, misent sur un tassement de la vague Omicron assez rapidement et, entre vaccinations et contaminations, à l’émergence d’une immunité collective ou, tout du moins, d’une cohabitation de moins en moins contraignante du virus et des activités humaines.

Un nombre record de navires en service depuis mars 2020

Preuve de cet optimisme, en ce début d’année 2022, quelques 242 navires de croisière sont en service (sur une flotte mondiale d’un peu plus de 320 bateaux maritimes), soit le plus haut niveau d’activité enregistré depuis le début de la pandémie et l’arrêt général des croisières en mai 2020.   

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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