Aller au contenu principal

Bien que l’industrie de la croisière navigue toujours à vue face à l’évolution incertaine du contexte sanitaire global et selon chaque pays, l’activité a repris des couleurs cet été. Alors que l’intégralité de la flotte mondiale avait été mise à l’arrêt au printemps 2020, quelques navires seulement reprenant du service sur la seconde partie de l’année, la situation s’est assez largement améliorée. Cruise Industry News dénombre, ainsi, 205 unités de 64 compagnies en service ce mois-ci, contre seulement 20 navires (11 opérateurs) il y a un an. Le redressement s’est amorcé à partir de mai (48 navires, 20 compagnies) pour s’accélérer en juin (74/28), juillet (140/50) et août (190/65).

Les deux tiers de la flotte de retour mais des capacités restreintes

Sachant qu’on décompte aujourd’hui plus de 320 bateaux de croisières maritimes à travers le monde, des paquebots géants aux petits navires d’expédition, cela signifie qu’environ les deux tiers de la flotte sont de nouveau actifs. Avec cependant des proportions très inégales entre compagnies. MSC Cruises aligne par exemple en septembre 12 de ses 19 paquebots, alors que Costa en exploite 6 sur 12, NCL 6 sur 17 et Ponant 4 sur 11 (hors Le Ponant et Paul Gauguin).

Tous les types de navires sont concernés, y compris les plus gros. La capacité totale de la flotte remise en activité représente plus de 326.000 lits selon les chiffres de CIN. Mais les bateaux ne tournent pas à pleine capacité, puisqu’ils sont exploités à jauge restreinte afin de respecter les protocoles sanitaires mis en place pour éviter les épidémies à bord.  

Le redressement tiré par la réouverture des croisières aux USA

Le redressement constaté cet été, grâce notamment aux progrès de la vaccination contre la Covid-19, est clairement porté par la reprise de la croisière aux Etats-Unis, premier marché mondial, qui était complètement à l’arrêt depuis mars 2020. Une réouverture qui pour le moment se passe bien, poussant les armateurs à prévoir l’ajout rapide de nouvelles capacités. Ainsi, la compagnie américaine Carnival Cruise Line, qui possède 24 paquebots et en a désormais huit paquebots en exploitation au départ des ports US, a annoncé hier qu’elle prévoyait d’en ajouter sept autres d’ici janvier (sur une flotte totale de 24 navires). En Europe aussi, où les paquebots avaient commencé à renaviguer dès l’été 2020, on constate une montée en puissance.

Encore de grandes incertitudes pour les mois à venir

Mais globalement cette reprise demeure largement régionalisée et reste entravée par les difficultés persistantes quant aux voyages internationaux et l’éventuelle résurgence de la pandémie ou l’apparition de nouveaux variants durant la période hivernale. Les opérateurs semblent en tous cas penser que les contraintes sur le tourisme au long cours vont durer si l’on en croit les nombreuses annulations de grands voyages, de croisières autour du monde et de programmations lointaines (comme l’Antarctique) sur la fin de l’année et même en 2022.

Un secteur qui doit digérer des pertes abyssales et des investissements colossaux

Pour faire face à la plus grave crise de son histoire, l’industrie de la croisière a été obligée de se rationaliser fortement depuis un an et demi, en réduisant au maximum les coûts et pour certaines en se débarrassant des bateaux les plus vieux. Mais le secteur s’est surtout très lourdement endetté pour survivre, alors même que des investissements colossaux avaient été initiés ces dernières années pour continuer de développer un marché jusque-là florissant. Les commandes de nouveaux paquebots ont été pour l’essentiel maintenues, mais il y a eu des négociations avec les chantiers et les banques pour réajuster les calendriers afin de lisser les paiements.

Encore 92 nouveaux navires prévus d’ici 2027

Au final, alors que 15 navires de croisière ont été livrés depuis le début de cette année, 92 autres demeurent prévus pour entrer en service d’ici 2027. Même s’ils n’ont pas vraiment le choix compte tenu des sommes en jeu, les investisseurs répondent toujours présent. Il est vrai que les fondamentaux de la croisière restent bons, même si cette industrie doit comme d’autres évoluer suite à la crise et répondre aux enjeux environnementaux qui ne font que d’accentuer face à l’urgence climatique.  

Une pause plus ou moins longue dans les commandes

Quoiqu’il en soit, les compagnies vont devoir amortir les pertes énormes liées à la pandémie et tenter de recouvrer leur rentabilité d’avant crise. Cela, alors qu’il faudra encore de longs mois avant d’espérer pouvoir de nouveau tourner à plein régime. Si les commandes passées avant l’irruption du coronavirus sont globalement maintenues, il risque logiquement d’y avoir une période de pause dans les investissements afin de digérer le contrecoup économique de la crise. De plus, vont s’ajouter à cela les nouveaux objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Des couperets qui devraient inciter des armateurs à attendre l’apparition de nouvelles technologies assurant que leurs nouveaux navires, appelés à naviguer au moins 30 ans, répondent aux exigences de réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030/2050. Pour l’heure, le compte n’y est pas et une vraie course à l’innovation va devoir s’engager pour accoucher de solutions viables.

Le plan de charge des chantiers chute à partir de 2024

Pour l’heure, les chantiers navals ont encore deux belles années devant eux. Alors que 26 navires doivent être livrés cette année (15 l’ayant déjà été comme on l’a vu), 29 autres sont programmées en 2022. Puis, en 2023, la production commencera à baisser bien qu’elle sera encore à un niveau élevé (22 unités prévues). En revanche, on assiste à ce stade à un effondrement à partir de 2024, année sur laquelle il n’y a pour l’heure que 11 navires en commande. Idem pour 2025, 11 navires également, alors que les livraisons tombent à 5 bateaux en 2026 et seulement 3 en 2027. Un plan de charge qui, sauf catastrophe, sera probablement amené à s’étoffer d’ici là avec la reprise de l’activité et si tout va bien à la croissance, mais aussi le besoin de navires de nouvelle génération moins polluants. Mais de là à imaginer retrouver autour dans les toutes prochaines années le niveau d’activité record d’avant la crise, c'est pour le moins incertain. Il y a en tous cas urgence pour les constructeurs car les effets des baisses de livraison en 2024 se feront sentir bien en amont, d’abord dans les bureaux d’études, puis en production.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Aller plus loin

Rubriques
Croisières
Dossiers
Costa Croisières