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Coup de tonnerre dans le monde tricolore de la croisière. Trois ans après son grand retour en France, la compagnie américaine Royal Caribbean International, numéro 2 mondial du secteur, a décidé d’abandonner en 2014 ses embarquements de passagers dans l’Hexagone. Après une première année d’activité commerciale, le bureau de Paris, rouvert en juillet 2011, avait déjà vu ses effectifs fondre à l’automne 2012, alors que RCI décidait de réduire la voilure sur les ports d’embarquement français pour la saison 2013. Exit Le Havre, suite à un repositionnement de la flotte, seuls demeurent cette année des têtes de lignes en Méditerranée, à Toulon/La Seyne-sur-Mer avec le Liberty of the Seas (21 départs jusqu’au 21 octobre), ainsi qu’à Marseille avec le Legend of the Seas (23 départs jusqu’au 19 août). Le nombre de croisières partant de France avait néanmoins été augmenté, passant de 27 en 2012 à 44 en 2013.  

Toutefois, malgré les efforts consentis (gros budget marketing, francisation de différents services à bord des navires), les résultats n’ont pas été au rendez-vous, avec une fréquentation augmentant plus lentement que prévu initialement. Afin de simplifier son offre, la compagnie avait donc décidé, pour 2014, de quitter la rade varoise et de se concentrer uniquement sur le port phocéen avec un seul navire, le Liberty of the Seas. Mais, finalement, le grand paquebot, s’il réalisera bien les 23 escales prévues à Marseille l’an prochain, n’y effectuera aucun embarquement. Cela signe la fin, du moins temporaire, des têtes de ligne de RCI en France. 

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Legend of the Seas à Marseille (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Refus de poursuivre la guerre des prix entre opérateurs

 

 

Confirmant à la rédaction de Mer et Marine l’abandon de ses embarquements dans l’Hexagone en 2014, RCI justifie sa décision par la guerre des prix actuellement pratiquée en France, et plus particulièrement à Marseille : « Royal Caribbean International refuse de faire des compromis sur la qualité et de s’engager dans la politique tarifaire pratiquée à Marseille. La stratégie de la compagnie vise à offrir la meilleure expérience croisière possible à ses passagers, grâce à une excellente qualité de service alliée à une intense politique d’innovation et un large choix d’activités à bord. La compagnie considère la qualité proposée à bord de ses navires comme sa principale priorité. Les passagers voyagent à bord des navires Royal Caribbean International davantage pour cette raison que pour l’offre tarifaire ». En clair, soutenir la bataille de promotions à laquelle se livrent les différents armateurs sur le marché hexagonal risquait à terme de nuire au niveau des prestations offertes sur le Liberty of the Seas. Déjà contrainte depuis 2012, dans ce contexte fortement concurrentiel, de baisser ses prix pour remplir ses bateaux, la compagnie parvenait à compenser cette situation grâce à la présence, à bord des navires, d'une majorité d'Américains, prêts à payer le « juste prix ». Mais cette situation allait changer en 2014 puisqu'il ne s'agissait plus d'embarquer quelques centaines de croisiéristes seulement chaque semaine, comme c'est le cas cet été à Toulon (une faible proportion au regard de la capacité du paquebot, qui compte plus de 1800 cabines). La décision de concentrer son offre à Marseille en 2014 se traduisait, pour RCI, par la nécessité de remplir environ un quart du Liberty of the Seas avec des passagers français. En respectant un impératif : maintenir le niveau de rentabilité, ce qui n'est à priori pas possible vu la politique tarifaire pratiquée en France. Sauf à rogner sur la qualité, ce que l'armateur se refuse donc à faire. 

 

 

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© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE

Le Liberty of the Seas en rade de Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Déficit de notoriété en France

 

 

Alors que la concurrence s’annonce encore plus rude l’an prochain, de nouveaux paquebots étant attendus à Marseille, RCI, même si son offre est objectivement l’une des meilleures de sa catégorie, est restée handicapée par un manque de notoriété en France. Y remédier impliquait des efforts importants, sur plusieurs années, pour parvenir à trouver son public : des croisiéristes acceptant de dépenser plus pour un meilleur produit. Un risque que l’armateur n’a pas souhaité prendre, préférant supprimer l’ « interporting » de Marseille et proposer à ses passagers français, s’ils souhaitent voyager sur le Liberty of the Seas, de rejoindre le bateau à Barcelone. Une tête de ligne principale qui fonctionne au demeurant très bien, le port espagnol attirant de nombreux passagers américains prêts à payer un tarif nettement plus élevé que celui pratiqué à Marseille. Mieux vallait donc, économiquement, privilégier Barcelone.  

Même s'il n'y aura plus d'embarquements en France en 2014, le groupe Royal Caribbean Cruises Ltd, maison-mère de RCI, rappelle toutefois qu'il va poursuivre sa collaboration avec les ports tricolores, où il maintient de nombreuses escales pour ses différentes marques, non seulement à Marseille, mais aussi à La Seyne-sur-Mer et au Havre. 

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Liberty of the Seas en rade de Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Mettre l'accent sur les croisières à l'international

 

 

En matière de ventes RCCL, qui compte non seulement RCI comme filiale, mais également Celebrity Cruises sur le segment premium, Azamara Club Cruises sur le haut de gamme, ou encore Pullmantur et sa filiale Croisières de France (soit 41 navires et 460 destinations à travers le monde), ne va pas abandonner le marché français. Certes, l’Hexagone demeure difficile pour les armateurs américains, mais c’est actuellement le marché le plus dynamique d’Europe. En dehors de CdF, positionnée au départ de Marseille et qui alignera un second navire en 2014, RCCL va désormais se focaliser sur la commercialisation de croisières à l’étranger, une activité qui fonctionne bien auprès de sa clientèle française. « Ces deux dernières années ont permis à la compagnie d’identifier les destinations plébiscitées par ses passagers, les Caraïbes sont une destination particulièrement appréciée, en témoigne les performances enregistrées en 2012 et sur le 1er semestre 2013 ». C’est d’ailleurs peut-être via les Antilles que RCI reprendra ses embarquements sur le territoire français. Le positionnement du Brillance of the Seas à Pointe-à-Pitre, l’hiver dernier, a en effet très bien marché, notamment auprès de la clientèle guadeloupéenne et martiniquaise. Toutefois, en raison de problèmes administratifs avec les autorités de Porto Rico et la règlementation américaine, RCI ne peut pour le moment poursuivre les embarquements de passagers dans d’autres pays, et donc aux Antilles françaises. Une situation que la compagnie espère débloquer dans les prochaines années. En attendant, elle souhaite maintenir sa présence auprès de la clientèle locale, qui peut toujours, grâce aux liaisons aériennes, embarquer sur les navires déployés dans la région. Avec, comme depuis la France métropolitaine, de nombreux itinéraires, y compris sur les Oasis of the Seas et Allure of the Seas, les deux plus grands paquebots du monde, exploités à l’année au départ de Fort Lauderdale, aux Etats-Unis. 

 

 

 

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© RCI

L'Oasis of the Seas (© : RCI)

 

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