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Grand reportage. Dans un contexte de tension inédit depuis la Guerre froide, suite à l'invasion russe de l'Ukraine, Mer et Marine a pu embarquer sur le groupe aéronaval français avant son retour à Toulon le mois dernier. A bord du porte-avions Charles de Gaulle mais aussi des frégates Forbin et Normandie, nous avons pu suivre au plus près le déroulement des opérations depuis la Méditerranée centrale. L'occasion de mieux comprendre le rôle du GAN et de ses 3000 marins, confrontés pour la première fois à une telle situation, face à des forces navales russes omniprésentes dans la région, et mesurer l'importance et l'efficacité de la coopération entre alliés au sein de l'OTAN.

Le Charles de Gaulle et une partie de son escorte sont rentrés jeudi 7 avril à Toulon, après deux mois de déploiement en Méditerranée. Cette mission, nommée Clemenceau 22, visait en premier lieu à affirmer la volonté française et européenne de défendre les intérêts stratégiques et approches maritimes de l’UE ; ainsi que la liberté de naviguer et d’agir conformément au droit international dans cette zone sous tension. Les eaux de la Grande Bleue sont en effet de plus en plus contestées, au point d’être comparées désormais à la situation en mer de Chine. La guerre en Ukraine a constitué un nouveau tournant, marqué par une concentration inédite de forces aéromaritimes en Méditerranée et un face à face parfois tendu entres les armadas russe et occidentale.

 

© ALEXANDRA ALIAS - MARINE NATIONALE

Le GAN début avril avec au premier plan la frégate Forbin (© MARINE NATIONALE - ALEXANDRA ALIAS)  

 

Le plus puissant GAN français depuis la mise en service du Charles de Gaulle

Le groupe aéronaval (GAN), formant la Task Force 473 aux ordres du contre-amiral Christophe Cluzel, avait quitté Toulon le 1er février. A sa tête donc, le Charles de Gaulle, son groupe aérien embarqué composé de 25 avions et hélicoptères, ainsi que l’état-major de la TF 473. L’escorte, qui fut la plus puissante déployée par la Marine nationale depuis la mise en service de son porte-avions en 2001, était pour la première fois constituée uniquement de bâtiments de surface de nouvelle génération : la frégate de défense aérienne (FDA) Forbin, la frégate multi-missions à capacités de défense aérienne renforcées (FREMM DA) Alsace et la frégate multi-missions (FREMM) Auvergne. S’y ajoutaient un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du type Rubis et le vénérable bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Marne. Une flotte renforcée par des moyens alliés : le destroyer américain USS Ross, unité du type Arleigh Burke spécialisée dans la défense aérienne, ainsi qu’une frégate espagnole (en début de mission) et des bâtiments grecs, dont la frégate Hydra qui a fait l’essentiel du déploiement. La Belgique avait quant à elle envoyé un hélicoptère NH90, embarqué sur le Forbin. En tout, 3000 marins français et alliés.

 

© ALEXANDRA ALIAS - MARINE NATIONALE

Le GAN début avril avec devant le porte-avions Charles de Gaulle les frégates Normandie, Alsace et Forbin, puis en arrière la frégate grecque Hydra, le ravitailleur Marine et le destroyer américain Ross (© MARINE NATIONALE - ALEXANDRA ALIAS)

 

L’opération Chammal puis, brusquement, la guerre en Ukraine

Le GAN, dont la phase initiale du déploiement a été marquée par des entrainements conjoints avec le porte-avions américain USS Harry S. Truman et le porte-aéronefs italien Cavour en Méditerranée centrale, s’est ensuite positionné dans la partie orientale de la Grande Bleue. Au large de Chypre, il a été engagé une nouvelle fois dans l’opération internationale Inherent Resolve et son volet français Chammal, destinés à la lutte contre les groupes terroristes au Proche et au Moyen-Orient. Puis la mission a basculé lorsque le 24 février, la Russie a entrepris d’envahir l’Ukraine. La flotte s’est alors reconfigurée pour participer à partir du 3 mars au renforcement des moyens militaires de l’OTAN. Objectif : protéger le flanc Est de l’Europe ainsi que ses approches maritimes. Un dispositif très robuste a pu être rapidement mis en place grâce à une coopération étroite de l’ensemble des moyens navals, aériens et terrestres de tous les pays de l’Alliance, qui ont eu l’occasion, dans une période très incertaine, de mettre en pratique les innombrables exercices conjoints réalisés ces dernières années.

Contrôler l’espace aérien à l’Est et tenir en respect la flotte russe en Méditerranée

Depuis la Méditerranée centrale, la TF 473 a pu déployer des avions contribuant quotidiennement à des missions de surveillance et de police du ciel au-dessus des pays d’Europe de l’Est, à commencer par la Bulgarie et la Roumanie. Mais aussi en mer, où le GAN était chargé de tenir à l’œil et en respect la marine et l’aviation russes. Leurs moyens avaient été sensiblement renforcés en février et elles n’ont pas manqué, elles-aussi, de marquer ostensiblement leur présence et de suivre de près les groupes navals occidentaux. Avec forcément, compte tenu d’une telle concentration de moyens militaires dans une petite mer comme la Méditerranée, et des échanges parfois très vifs entre Moscou et les Occidentaux après le début de la guerre en Ukraine, des périodes de tensions plus ou moins fortes.  Des moments où, pour maintenir la posture et ne pas surréagir à des actions ou provocations susceptibles de dégénérer et provoquer un embrasement, il a fallu que les marins fassent preuve de beaucoup de maîtrise et de professionnalisme. Ils ont, en cela, pu compter sur leur entrainement, qui s’était heureusement intensifié ces dernières années avec des exercices plus complexes et réalistes visant à les préparer au retour probable à des conflits de haute intensité. En ce sens, Polaris, exercice aéromaritime majeur organisé fin 2021 en Méditerranée par la Marine nationale et dont le scénario s’inspirait clairement de l’annexion de la Crimée en 2014, avait quelque chose de prémonitoire. Et comme nous l’expliquerons de nombreux officiers, cet entrainement fut très précieux pour appréhender le bouleversement stratégique qui se joue dans la région et ses conséquences potentielles en matière de combat naval.  

 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Charles de Gaulle et la frégate Normandie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Mer et Marine à bord du Charles de Gaulle, du Forbin et de la Normandie

C’est dans ce contexte, inédit depuis la Guerre froide, que Mer et Marine a pu embarquer avec le GAN la semaine ayant précédé son retour à Toulon, alors qu’il évoluait en mer Ionienne. Non seulement sur le Charles de Gaulle, mais aussi sur la Normandie et le Forbin, des escorteurs essentiels à la protection du porte-avions compte tenu des menaces sous-marine, aérienne et de surface dans la zone. L’occasion de suivre au plus près les opérations, le quotidien des équipages et le fonctionnement d’un ensemble aussi complexe que le GAN dans une période très sensible qui, bien que bouleversée par la guerre Ukraine, n’a pas empêché les marins français de conduire les autres missions et exercices prévus au programme initial du déploiement.

 

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La FREMM Normandie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Départ en Crète

Un reportage que nous avons débuté en Crète, où nous partons retrouver la frégate Normandie, qui y termine une brève escale où elle a notamment pu effectuer le premier chargement de missile de croisière naval (MdCN) réalisé à l’étranger, l’équipage en profitant pour souffler un peu à terre après plusieurs semaines très chargées. Dès l’atterrissage à l’aéroport de La Canée, on remarque la présence de différents avions militaires. Alors qu’une paire de chasseurs vient de décoller, plusieurs appareils attirent l’œil sur le tarmac, dont un avion de reconnaissance et de guerre électronique RC-135 de l’US Air Force et un avion de patrouille maritime P-3C Orion de l’US Navy.

 

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P-3C et RC-135 américains sur l'aéroport de La Canée, en Crète (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Ils participent, depuis cette île grecque positionnée entre Chypre et la Sicile, à la surveillance de l’espace aéromaritime sur le bassin méditerranéen, en particulier ses parties centrale et orientale. Une zone que l’OTAN peut d’ailleurs quadriller au plus près grâce à l’implantation géographique de ses membres, depuis la Turquie jusqu’à l’Italie en passant par les îles grecques et même Chypre. En effet, si l’île n’appartient pas à l’Alliance, elle fait partie de l’Union Européenne, abrite une base militaire britannique et sert de point d’appui à différentes forces occidentales, dont la marine française. Le Charles de Gaulle y était d’ailleurs encore en escale fin février juste après sa participation à Chammal.

Point d’appui stratégique

Alors que Chypre, située face à la Syrie où la Russie dispose de ses uniques bases méditerranéennes (la base navale de Tartous et la base aérienne de Lattaquié), est très précieuse pour soutenir la surveillance de la Méditerranée orientale, la Crète, à environ 400 kilomètres à l’ouest, est également un point d’appui stratégique. La grande île grecque, située entre le Péloponnèse au nord et la Libye et l’Egypte au sud, est idéalement placée pour contribuer au suivi de la situation en Méditerranée orientale et contrôler l’est de la Méditerranée centrale, en particulier la mer Ionienne, dont les parties ouest et nord peuvent être couvertes depuis la Grèce continentale, le sud de la botte italienne et la Sicile, sans oublier Malte (qui ne fait pas partie de l’OTAN mais de l’UE). 

 

© GOOGLE MAPS

 

Un réseau de surveillance unique grâce à l’OTAN

Ce maillage géographique très dense est aujourd’hui essentiel pour les opérations des Alliés, qui partagent grâce à l’intégration au sein de l’OTAN leurs informations via des liaisons de données tactiques. Ainsi, en combinant les moyens de surveillance radar et électro-optiques, mais aussi de guerre électronique, implantés sur les côtes, ainsi que ceux des forces navales et des aéronefs embarqués sur des navires ou déployés depuis des bases terrestres, les unités disposent en temps réel d’une situation tactique globale. Cela, sur une très grande zone, qui intègre non seulement la Méditerranée, mais aussi tout le flanc Est de l’Europe, depuis la mer Noire jusqu’à la Baltique et au besoin le Grand Nord. C’est ce que l’on appelle la profondeur stratégique. C’est grâce à cette « image » construite à partir des données de multiples capteurs et plateformes, mais aussi d’informations provenant de sources diverses, y compris du renseignement humain, que l’on peut détecter, identifier et suivre tous les aéronefs et navires présents dans la région. Et, ainsi, connaître et interpréter les mouvements d’un adversaire, puis deviner sa stratégie et ses intentions, sur un théâtre d’opération précis ou à plus grande échelle. C’est sur cette base que le GAN agit, cette situation tactique globale que les seuls moyens français ne pourraient obtenir étant disponible sur tous les bâtiments de la flotte. Elle fournit aux autorités militaires et politiques les éléments indispensables pour apprécier l’évolution de la situation et prendre des décisions.

 

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La baie de la Sude vue de la Normandie. Au fond, le Charles de Gaulle se confond avec le relief (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie de La Sude

La Crète fait donc partie de ce réseau, grâce à ses moyens de surveillance et sa base aérienne, mais aussi les installations portuaires de la baie de La Sude, près de La Canée. Il y a là une base de la marine grecque, jouxtant le port de commerce et à quelques kilomètres, de l’autre côté de la baie, une base navale de l’OTAN, abritée au sud de la presqu’île montagneuse sur laquelle est implanté l’aéroport. Le Charles de Gaulle y fait d’ailleurs escale depuis quelques jours, protégé des menaces sous-marines par des filets flottants. Un autre bâtiment militaire est accosté non loin, en l’occurrence le destroyer USS Brainbridge. Du même type que l’USS Ross, il fait partie de l’escorte du porte-avions USS Harry S. Truman, que les Etats-Unis ont décidé en janvier de maintenir en Méditerranée en raison des tensions grandissantes avec la Russie. La Normandie, elle, est amarrée au fond de la baie de La Sude, dans le port de commerce.

 

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La Normandie au port de commerce de La Sude (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Le Charles de Gaulle se préparant à appareiller de la base navale de l'OTAN à La Sude (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Le destroyer américain USS Brainbridge à la base de l'OTAN à La Sude (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La Normandie appareille avant le Charles de Gaulle

L’appareillage a lieu le lendemain matin, pour une journée qui s’annonce particulièrement dense en activités. A 8H30, la puissante frégate de 142 mètres de long et 6000 tonnes de déplacement en charge appareille et entame sa sortie de la baie. Au loin, on aperçoit la neige qui persiste en haut des montages. Le soleil se découvre mais la matinée est fraîche, ce qui entraine l’apparition d’un panache blanc le long de la coque. Une spécificité des FREMM, dont la motorisation est répartie en deux compartiments pour assurer sa résilience en cas d’avarie de combat. Or, si les fumées des deux moteurs diesels et de la turbine à gaz du compartiment le plus en arrière sortent par la cheminée du bâtiment, celles des deux autres diesels installés dans un local plus en avant sont expulsées par des échappements près de la ligne de flottaison. Elles sont refroidies avant leur rejet afin d’éviter de créer un point de chaleur qui pourrait être repéré par un capteur infrarouge, par exemple l’autodirecteur d’un missile assaillant. Il en résulte ce « nuage » blanc, constitué pour l’essentiel de vapeur d’eau et dont l’apparition est favorisée par des températures extérieures basses.

 

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La Normandie au petit matin à La Sude (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Appareillage de La Sude avec le panache blanc venant de l'échappement des diesels avant (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Lance-leurres NGDS et au fond les montagnes encore enneigées (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La Normandie quitte donc La Sude, mitrailleuses à poste pour prévenir toute mauvaise surprise. Les deux lance-leurres antimissile NGDS, un sur chaque bord, sont également chargés de mortiers et roquettes infrarouges et électromagnétiques, prêts à tirer. La frégate française laisse sur sa droite la base navale grecque où stationnent ce jour-là le Themistokles, l’une des neufs ex-frégates néerlandaises du type Kortenaer achetées par la marine hellénique entre 1980 et 2003, ainsi que quelques bâtiments de soutien et la frégate allemande Lübeck.

 

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La base navale grecque avec les frégates Themistokles et Lübeck (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Un garde-côte grec devant la base navale de l'OTAN où le Charles de Gaulle se prépare à appareiller (© VINCENT GROIZELEAU)

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La Normandie croise le ravitailleur italien Vulcano à la sortie de la baie de La Sude (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Puis sur la gauche défile la base navale de l’OTAN où le Charles de Gaulle, encore à quai mais déjà encadré de remorqueurs, se prépare lui aussi à appareiller. La FREMM prend les devants, sachant que d’autres frégates du GAN sont restées en mer et « tiennent » déjà le secteur. A la sortie de la baie, gardée par un navire des garde-côtes grecs, la Normandie croise le nouveau bâtiment logistique de la marine italienne, le Vulcano, qui arrive dans le port crétois et salue la frégate française qui reprend la mer.

L’hélicoptère Caïman, un atout maître pour la lutte ASM

Les première séquences du programme du jour ne tardent pas. Moins d’un quart d’heure après avoir croisé le Vulcano, les équipes aviation s’activent pour le premier décollage matinal de l’hélicoptère Caïman Marine (version française du NH90 NFH) embarqué par la Normandie. C’est un des atouts maîtres de la frégate, un bâtiment neuf mis en service en 2020 et dont la mission principale est la lutte anti-sous-marine (ASM). Pour cela, la Normandie dispose d’un sonar remorqué et d’un sonar de coque, mais aussi de cet hélicoptère avec lequel la FREMM forme un redoutable tandem. Pour la détection des sous-marins adverses, le Caïman est en effet doté d’un sonar trempé et peut larguer des bouées acoustiques, tout en disposant de son radar de surveillance maritime et de sa boule optronique si précis qu’ils peuvent détecter des périscopes affleurant la surface de l’eau et identifier visuellement des cibles à des dizaines de kilomètres. L’appareil est en outre équipé d’un bras, sur son côté gauche (un autre peut être installé à droite), permettant l’emport d’une torpille légère MU90. Capable de plonger à 1000 mètres de profondeur et filant à plus de 50 nœuds, cette arme est spécialement conçue pour neutraliser des sous-marins en perçant leur coque épaisse. Ce matin, le Caïman ne chasse pas mais s’entraine aux appontages, les qualifications des personnels devant être régulièrement repassées. Il enchaine les manœuvres avec son bâtiment porteur, équipé d’une grille d’appontage (dans laquelle l’hélicoptère tire un harpon quand il atterrit) et d’un système de manutention qui permettent de maintenir la machine et de la rouler depuis et vers le hangar même quand les conditions de mer sont très mauvaises.

 

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L'hélicoptère Caïman Marine embarqué sur la Normandie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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Le cockpit du Caïman Marine avec le pilote et le taco (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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La cabine du Caïman Marine avec l'opérateur des capteurs (senso) devant sa console et à gauche le système du sonar trempé Flash, les paniers de bouées acoustiques se trouvant derrière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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