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Le 18 mai 2001 était prononcée l’admission au service actif du Charles de Gaulle, premier porte-avions français à propulsion nucléaire et qui est toujours, 20 ans après, le seul au monde en dehors de ses homologues de l’US Navy. Prouesse technologique, notamment en termes de compacité (selon les anciens les Américains ne pensaient d’ailleurs pas que les Français pourraient y parvenir), le bâtiment a vu le jour à Brest, où sa construction a débuté en novembre 1986. Long de seulement 261.5 mètres pour une largeur de 64 mètres au niveau du pont d’envol et 31.5 à la flottaison, il présente un déplacement lège de 37.000 tonnes, qui atteint 42.500 tonnes à pleine charge après sa rénovation de2007/2008 (40.600 tpc à l’origine). C’est le gabarit maximal que peut produire l’ancien arsenal de Brest dans ses formes de construction de Laninon. Ce qui oblige les ingénieurs à déployer des trésors d’ingéniosité pour faire entrer dans cet espace réduit deux chaufferie nucléaires, de quoi embarquer et soutenir 40 aéronefs, le tout avec près de 2000 marins à bord. Il en résulte certains compromis, le plus important étant l’impossibilité d’effectuer simultanément des catapultages et appontages, la catapulte avant débordant sur la piste oblique. Il est également décidé de placer l’îlot très en avant de manière à libérer de l’espace sur l’arrière afin de privilégier le lancement de pontées massives.

Ce bâtiment fait au départ partie d’un programme de deux porte-avions nucléaires destinés à succéder aux anciens Clémenceau et Foch, mis en service en 1961 et 1963. Le projet est acté par Valéry Giscard d’Estaing en septembre 1980, le président souhaitant alors que les PAN portent les noms de grandes régions maritimes (on évoque Provence et Bretagne à l’époque) et soient opérationnels dans les années 90. Mais il faudra attendre février 1986 pour la construction du premier bâtiment soit autorisée, décision prise par François Mitterrand juste avant la déroute de la gauche aux élections législatives le mois suivant. Le nom prévu est alors Richelieu, mais le bâtiment est finalement baptisé Charles de Gaulle, choix emblématique qui sécurisera le programme malgré les alternances politiques et les coupes budgétaires. Car après la fin de la guerre froide, les finances du ministère de la Défense sont mises à mal et le programme du porte-avions, pourtant abondé, sert à l’arrivée de banque aux autres projets de la marine qui ne sont pas suffisamment financés. Il en résulte des retards et le PAN fait lui aussi l’objet d’un étalement afin de lisser la dépense. Sa construction est ainsi retardée pas moins de quatre fois entre 1990 et 1995. Avec au final quatre bonnes années de retard (par rapport au calendrier fixé en 1986). 

Alors que sa construction débute en novembre 1986 et que sa mise sur cale intervient en avril 1989, le Charles de Gaulle n’est mis à l’eau à Brest qu’en mai 1994. La divergence de ses deux réacteurs du type K15, identiques à ceux équipant les nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) du type Le Triomphant, intervient en 1998 et, l’année suivante, le nouveau bâtiment amiral de la flotte française débute ses essais en mer pour aboutir à son admission au service actif deux ans plus tard. Faute de budget, le second PAN n’est jamais construit, la France ne pouvant dès lors plus compter sur la permanence de son groupe aéronaval suite au retrait des vieux Clemenceau et Foch en 1997 et 2000.

La vie opérationnelle du Charles de Gaulle sera donc très active. Quelques mois seulement après sa mise en service, il est déployé au nord de l’océan Indien pour participer aux côtés des Américains à la lutte contre les talibans en Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre 2001. C’est l’opération Héraclès, la plus longue menée jusqu’ici par le porte-avions français (7 mois entre 2001 et 2002). Sa chasse embarquée comprend alors des Super Etendard Modernisés (SEM), qui sont chargés des missions d’assaut. Les premiers Rafale Marine sont là, mais ils sont encore loin d’avoir toutes leurs capacités. Dix ont en effet été livrés en urgence par Dassault Aviation afin de remplacer les Crusader, intercepteurs hors d’âge acquis aux Etats-Unis entre 1964 et 1966. Ils achèvent leur carrière avec le Foch et, pour assurer la défense aérienne du Charles de Gaulle, 10 premiers Rafale Marine sont livrés à l’aéronautique navale entre 1999 et 2001 dans un standard de base, dit F1, pouvant uniquement remplir des missions air-air et de ravitaillement en vol (nounou). Ce n’est qu’en 2006 qu’arrive le standard F2, permettant au nouvel avion de débuter ses opérations air-sol puis, les capacités s’étendant en 2008 avec le standard F3 et encore aujourd’hui avec le nouveau F-3R, avant le prochain F4. Les SEM sont quant à eux retirés du service à l’été 2016. Le Charles de Gaulle embarque également deux avions de guet aérien Hawkeye ainsi que des hélicoptères, généralement trois (Dauphin Pedro et Alouette III puis Caïman Marine). Jusqu’ici, le plus imposant groupe aérien embarqué ayant fréquenté le pont d'envol de 12.500 m² du bâtiment comportait 35 aéronefs, dont 30 Rafale et deux Hawkeye, présents à bord lors d’un exercice en 2019.

En 20 ans de carrière, le porte-avions a réalisé 13 déploiements, dont des opérations de combat en Afghanistan, en Libye puis en Syrie et en Irak ces dernières années. Le bâtiment, qui a réalisé depuis ses débuts l’équivalent de 24 tours du monde, totalise à ce jour, selon la Marine nationale, 40.000 catapultages.

Il doit rester en service jusqu'en 2038 et sera remplacé par le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG). 

- Voir notre reportage complet à bord du porte-avions Charles de Gaulle

- Votre notre article détaillé sur le programme PA-NG

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