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Presque 27 mois après la cérémonie de découpe de sa première tôle, la tête de série du programme des cinq futures frégates de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale a été mise sur cale hier à Lorient. Le bâtiment, qui sera nommé Amiral Ronarc ‘h, voit ainsi son assemblage débuter dans la forme de construction couverte du chantier morbihannais de Naval Group. Il prend place derrière la coque déjà bien avancée de la seconde corvette du type Gowind destinée aux Emirats Arabes Unis (la première en est sortie le 11 décembre). La première FDI sera quant à elle mise à l’eau à l’automne 2022, en vue de débuter ses essais à la mer au printemps 2023 et d’être livrée à la flotte française au printemps 2024.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

A droite, les premiers blocs de la FDI, derrière la coque de la seconde corvette émiratie (© : MER ET MARINE - VG)

 

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La mise sur cale a été symbolisée par un éclairage bleu sur le bloc venant d'être posé (© : MER ET MARINE - VG)

 

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Pierre Eric Pommellet durant son discours (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Ce sera un navire moderne, innovant, performant dans tous les domaines de lutte, conçu dès l’origine pour être numérique et qui sera le premier cyber-sécurisé dès la conception. La FDI, qui nous place au meilleur niveau mondial, est au cœur de notre stratégie de développement en matière de bâtiments de surface », explique Pierre Eric Pommellet, président de Naval Group, qui a accueilli hier, à Lorient, non seulement les représentants du ministère des Armées et de la Marine nationale, mais aussi une importante délégation grecque, Athènes allant devenir le premier client export de la nouvelle frégate française. « Cette présence est une marque de confiance, nous espérons signer le contrat de notification dans les toutes prochaines semaines. Il porte sur trois FDI, plus une quatrième en option, ce qui signifie que nous avons déjà, à ce stade, un programme allant jusqu’à neuf frégates pour la France et la Grèce ». Et Naval Group, qui propose par ailleurs des Gowind à la marine hellénique, espère bien que ce ne sera qu’un début.

La montée en puissance du programme FDI, qui se déroule de manière « parfaitement nominale » selon le Pierre Eric Pommellet, doit y contribuer, en particulier lorsque la tête de série sera à la mer et pourra démontrer ses capacités en conditions réelles.

 

 

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© NAVAL GROUP

Vue des futures FDI françaises (© : NAVAL GROUP)

 

Des bâtiments de 4500 tonnes conçus pour tous les domaines de lutte

Long de 121.6 mètres pour une largeur de 17.7 mètres et un déplacement de 4500 tonnes en charge, l’Amiral Ronarc’h, qui sera armé par 125 marins (détachement aérien compris) et pourra accueillir 28 personnes supplémentaires, sera capable d’atteindre 27 nœuds et de franchir 5000 nautiques à 15 nœuds. Sa propulsion comprendra quatre moteurs diesels MTU de 8000 kW chacun entrainant deux hélices à cinq pales. L’armement sera composé de 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3C (MBDA), deux lanceurs verticaux Sylver A50 permettant de loger 16 missiles surface-air Aster 15 et Aster 30 (MBDA), une tourelle de 76 mm (OTO-Melara) avec conduite de tir STIR 1.2 EO Mk2 (Thales), deux canons téléopérés de 20 mm (Nexter) et quatre tubes pour torpilles anti-sous-marines MU90 (Eurotorp). Le hangar pourra abriter un hélicoptère Caïman Marine (NH90) ou Guépard Marine (H160M) et un système de drone aérien de la marine (SDAM) développé sur la base du VSR700 à voilure tournante d’Airbus. La frégate disposera aussi de moyens non-létaux, avec deux systèmes combinant un émetteur à ultrasons (LRAD) et un projecteur stroboscopique fournis par Exavision. Ils seront contrôlés depuis un PC de lutte contre les menaces asymétriques, une première dans la Marine nationale. Ce local, installé en arrière de la passerelle, permettra de surveiller l’environnement immédiat du navire, en temps réel et à 360 degrés, grâce aux données radar mais aussi à une couronne de caméras jour/nuit et deux systèmes optroniques Paseo XLR (Safran) installés dans la mature. Les opérateurs pourront contrôler depuis le PCLCMA les moyens non létaux ainsi que les deux canons de 20 mm.

 

 

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© NAVAL GROUP

Le PSIM des FDI (© : NAVAL GROUP)

 

Pour la lutte anti-sous-marine, qui sera l’un de ses grands atouts, la FDI mettra en œuvre un sonar de coque Kingklip Mk2 et la version compacte du sonar remorqué Captas-4 équipant déjà les frégates multi-missions (FREMM), dont l’ultime exemplaire, la Lorraine, est en achèvement à flot à Lorient. Les capteurs aériens seront pour l’essentiel regroupés dans un module fabriqué indépendamment, le PSIM (Panoramic Sensors and Intelligence Module), structure d’une quarantaine de mètres de hauteur et 150 tonnes qui accueille les quatre panneaux fixes du nouveau radar multifonctions Sea Fire à antenne active, l’IFF, les moyens de guerre électronique et des systèmes de communication. La base du PSIM abrite le Central Opérations, qui comprend 15 consoles, un local permettant d’accueillir un état-major embarqué et des locaux techniques, dont l'un des deux data centers du bâtiment, qui concentreront toute la puissance de calcul des systèmes de la frégate. Réalisé à Lorient et testé indépendamment, afin de réduire les délais de construction et de mise au point, le PSIM a été mis sous tension hier et va débuter ses essais de manière à être parfaitement fonctionnel avant même que l’Amiral Ronarc’h soit mis à l’eau. Une fois la frégate sortie de la forme et conduite à son quai d’armement, au printemps 2023, il sera embarqué et intégré au reste de la coque.

 

 

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Le PSIM de l'Amiral Ronarc'h (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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Les antennes du Sea Fire surmontées de celles de l'IFF sur le PSIM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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Le PSIM de l'Amiral Ronarc'h (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Enfin, la nouvelle FDI française pourra déployer des forces spéciales, ses deux niches latérales étant dimensionnées pour accueillir des embarcations commandos de 9 mètres du type ECUME. Bien que plus compactes que les FREMM (142 mètres, 6000 tpc), les FDI auront donc des capacités assez voisines et seront donc de véritables frégates de premier rang, conçus pour tous les domaines de lutte et nettement plus puissantes que les cinq frégates légères furtives (FLF) du type La Fayette qu'elles vont remplacer. 

Une version plus musclée pour la Grèce

Les FDI grecques seront construites sur la même base, mais dans une version plus musclée, notamment en matière de défense aérienne. Le nombre de lanceurs Sylver A50 sera doublé, pour pouvoir embarquer 32 Aster, un système surface-air à courte portée américain RAM (21 missiles RIM-116) sera intégré sur le toit du hangar et quatre lance-leurres fixes Sylena du groupe français Lacroix prendront place à l’arrière. Conçu pour déjouer les attaques de missiles antinavire qui n’auraient pas été neutralisés par les moyens d’autodéfense actifs, ils complèteront les deux lance-leurres anti-torpilles (munitions Canto-V) de Naval Group qui vont aussi équiper les FDI françaises. L’intégration de deux brouilleurs (un au-dessus de la passerelle sur tribord et l’autre au-dessus du hangar à bâbord arrière), qui a été prévue dans la conception mais n’a pas encore été financée, n’est cependant toujours pas d’actualité.

 

 

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Vue des futures FDI grecques (© : NAVAL GROUP)

 

Au rang des différences entre les FDI françaises et grecques, ces dernières, qui mettront en oeuvre un hélicoptère MH-60R, disposeront d’un système de manutention Mantis au lieu du Samahé des bâtiments français, et embarqueront rapidement un drone aérien léger Camcopter S-100 dont le système de communication sera installé dans le radôme du PSIM.

 

 

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© NAVAL GROUP

(© : NAVAL GROUP)

 

Le calendrier des livraisons

Côté calendrier, les deux premières frégates grecques seront livrées début et fin 2025, Naval Group prélevant sur la chaine de production la seconde et la troisième FDI françaises qui devaient être achevées cette année là suite à la décision de Florence Parly, en juin, d’accélérer le programme. « Grâce à la décision de la ministre des Armées, nous avons été en mesure de faire à la Grèce une proposition avec des délais de livraison inégalés, cela a été un vrai différentiel compétitif », souligne Pierre Eric Pommellet. La quatrième FDI de la série sera la seconde unité française (Amiral Louzeau), avec une réception par la Marine nationale prévue au printemps 2026. Suivra la troisième frégate grecque à l’automne de la même année, puis la troisième française (Amiral Castex) au printemps 2027. Pour le moment, la septième FDI doit rejoindre la Marine nationale en 2028. Mais, si la Grèce confirme son option pour une quatrième unité de ce type, cette FDI 7 doit lui être attribuée, avec peut-être là encore une accélération de la production pour achever ce bâtiment dès la fin 2027. Le futur Amiral Nomy devrait donc rejoindre la flotte française quoiqu’il arrive en 2028 et la cinquième et normalement dernière FDI française, qui sera baptisée Amiral Cabanier, en 2029.

 

 

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La FREMM Lorraine en achèvement à flot à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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La première Gowind émiratie en achèvement à flot à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Ce rythme soutenu s’inscrit dans la stratégie de Naval Group qui vise à ce que Lorient livre deux navires par an. Une cadence qui sera déjà atteinte en 2022 avec l’achèvement de la FREMM Lorraine et de la première des deux Gowind émiraties. Les deux années suivantes seront plus calmes, seules la seconde corvette pour les EAU étant prévue en 2023 et l’Amiral Ronarc’h en 2024, avant une remontée en puissance en 2025 grâce aux deux premières FDI grecques. La construction de la première des deux futures frégates de la marine hellénique a d’ailleurs déjà débuté, la découpe de tôles de 25 à 8 mm étant en cours en vue de fabriquer des panneaux puis des blocs. Les premières plaques sont arrivées dans les ateliers de prémontage où les structures supérieures de l’Amiral Ronarc’h sont déjà bien avancées. En effet, alors que tous les anneaux pré-armés du flotteur sont déjà réalisés, les équipes de Naval Group s’attèlent maintenant aux blocs des superstructures, dont celui de la passerelle qui est en cours de montage.

 

 

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Structures supérieures de l'Amiral Ronarc'h en construction (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un travail qui est désormais assuré sans les traditionnels plans en papier. Ils ont disparu avec les FDI, programme pour lequel l’industriel français s’appuie sur les outils numériques non seulement pour la conception, mais aussi comme support de la production. Cela participe de la réduction sensible des délais de construction, qui doit voir la réalisation de l’Amiral Ronarc’h menée à bien en 40 mois, contre plus de 70 pour la première FREMM, avec un objectif d’atteindre une trentaine de mois seulement pour les FDI de série. Une compression des délais qui permet de réduire les coûts, et donc d’améliorer la compétitivité, tout en étant en mesure de répondre rapidement aux besoins des clients.

En tout, la construction d’une FDI représente 1 million d’heures de travail, après déjà un million d'heures pour les études. Le programme mobilise désormais, à temps complet, 1200 collaborateurs de Naval Group, non seulement à Lorient mais aussi dans ses autres sites, comme Nantes-Indret pour la propulsion ou Ruelle, près d’Angoulême, pour certains équipements. S’y ajoutent 400 sous-traitants, avec des retombées importantes sur le tissu économique de la navale française, des PME jusqu’aux autres grands industriels français du secteur de la défense, à commencer par Thales et MBDA.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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