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Travaillant notamment pour l’industrie navale civile et militaire, la société française Engie Axima, spécialiste du génie climatique et de la réfrigération (HVAC), ainsi que de la sécurité incendie, a repris fin 2017 son homologue allemande Noske Kaeser. Une acquisition visant à accélérer le développement du département Marine et Oil&Gas de la filiale du groupe Engie, qui emploie 9000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 1.4 milliard d’euros.

« Beaucoup de complémentarités »

Avec Noske Kaeser, basée à Hambourg où les deux entités feront d’ailleurs pavillon commun cette semaine à l’occasion du SMM, le département Marine et Oil&Gas d’Engie Axima, principalement implanté à Nantes Saint-Nazaire et Lorient, a vu ses effectifs doubler. Ils atteignent maintenant 400 collaborateurs, le chiffre d’affaires étant passé de 55 à près de 100 millions d’euros. « L’intégration se passe très bien et le bilan est très positif. Ce sont des professionnels comme nous et nous nous sommes entendus très vite », se félicite le directeur délégué du département Marine et Oil&Gas d’Engie Axima. Pour Philippe Le Berre, cela tient au fait qu’il y entre les deux « beaucoup de complémentarités. D’abord géographiques, Noske Kaeser, au-delà de l’Allemagne, ayant des filiales en Australie et en Turquie, et comme nous une présence en Inde et en Malaisie. Ensuite, en termes d’activité. Alors que nous travaillons essentiellement sur des bateaux neufs, avec des solutions clés en main depuis la page blanche, eux font beaucoup de services, avec des prestations de maintenance et la vente de pièces détachées. Cela découle notamment du fait que Noske Kaeser est aussi un assembleur. Ils disposent en effet à Hambourg d’un gros atelier qui produit des appareils de climatisation et de réfrigération customisés, en particulier pour les sous-marins et bâtiments de surface construits en Allemagne. Du coup, ils ont depuis 30 ans développé une solide activité dans la fourniture de pièces détachées. De notre côté, avec notre filiale Axima Réfrigération à Lorient, nous avons aussi un petit pôle d’assemblage de matériel qui assure le sourcing des produits français ».

 

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© MER ET MARINE

A Lorient, la société travaille pour Naval Group sur FREMM et Gowind (©  MER ET MARINE)

 

Consolider l’activité et percer sur de nouveaux marchés

Selon Philippe Le Berre, l’alliance avec les Allemands « permet à Engie Axima de consolider sa position sur les marchés Croisières & Ferries, Oil&Gas et marine militaire. Grâce à cette acquisition, nous allons également pouvoir pénétrer de nouveaux marchés comme celui de l’énergie éolienne offshore et étendre notre couverture mondiale tant en installations qu’en services avec deux bases fortes en France et en Allemagne. Grâce à nos complémentarités, notre ambition est de développer une offre complète sur toute la chaîne de valeur de notre métier, de la conception à la maintenance. Si nous ne sommes pas fabricants de matériels, nous customisons et assemblons des solutions sur mesure pour nos clients. Tout cela en assurant aussi l’étanchéité entre Français et Allemands sur les parties sensibles des équipements militaires ».

 

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© TKMS

Noske Kaeser travaille notamment sur les sous-marins construits en Allemagne (©  TKMS)

 

Paquebots et bateaux militaires en Allemagne

Travaillant notamment pour Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique en France, Engie Axima avait commencé à percer en Allemagne en remportant en 2017 un contrat majeur de plus de 200 millions d’euros pour la fourniture des équipements HVAC destinés aux paquebots de plus de 200.000 GT construits par MV Werften pour Dream Cruises (initialement Star Cruises), le constructeur allemand (ex-Nordic Yards) et la compagnie asiatique étant tous les deux filiales du groupe Genting Hong Kong. Un projet sur lequel Noske Kaeser a quant à lui pris le marché des chambres froides. Pour fournir les navires de Dream Cruises, le groupe a installé une base logistique à Wismar et une unité de préfabrication de gaines et de tuyauteries à Rostock.

 

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© MV WERFTEN

Vue des futurs navires de Dream Cruises (©  MV WERFTEN)

 

C’est dans ce contexte que s’est opéré le rapprochement avec l’entreprise allemande, qui était sous le coup d’une procédure d’administration judiciaire depuis 9 ans.  

Noske Kaeser a néanmoins un tropisme militaire très fort puisqu’il réalise dans ce domaine l’essentiel de son chiffre d’affaires, basé de l’autre côté du Rhin sur son activité avec TKMS et Lürssen, et à l’étranger sur les programmes export des industriels allemands, comme par exemple en Australie les actuels sous-marins du type Collins et les futurs patrouilleurs hauturiers du type OPV 1180.

Numéro 3 mondial du secteur

Avec l’appoint de cette entité allemande, Engie Axima est devenu le numéro 3 mondial des systèmes HVAC, derrière le néerlandais Heinen & Hopman et l’américain Johnson Controls. Une position qui doit favoriser l’essor international du groupe, en particulier vers l’Asie du sud-est (Singapour, Malaisie…) et l’Océanie. Il s’agit aussi, souligne Philippe Le Berre, de profiter des évolutions technologiques et s’appuyer sur l’innovation pour proposer des produits encore plus efficients et développer de nouveaux services.

 

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© MER ET MARINE- VINCENT GROIZELEAU

Sur un paquebot en construction à Saint-Nazaire (©  MER ET MARINE)

 

Réduire la consommation énergétique des systèmes HVAC

« Les équipements HVAC constituent la première source de consommation d’énergie à terre et la seconde en mer. Sur un paquebot, cela représente 40% de la consommation. Ces dernières années, un important travail a été accompli pour réaliser des économies sur la propulsion. Aujourd’hui, c’est au tour des équipements HVAC ». Des évolutions techniques sur les équipements permettent d’y parvenir. C’est le cas par exemple d’avancées sur les groupes de production d’eau glacée et les compresseurs d’air, avec le recours à des technologies à paliers magnétiques, qui évitent les frottements (les roulements ne se touchent plus). Une grande partie de la laine de verre a par ailleurs disparu pour faire place à des gaines spiralées circulaires grâce auxquelles des lames d’air assurent désormais l’isolation. « Il n’y a pas de grande révolution mais de petites innovations très pratiques qui, mises bout à bout, finissent par donner des résultats intéressants. On se challenge beaucoup avec les chantiers et les armateurs sur l’optimisation de la production. Pour les études, nous avons recours à des outils virtuels qui permettent de voir le fonctionnement d’installations de traitement de l’air et les gains que nous pouvons faire. Température, hydrométrie… Tous les indicateurs, tous les systèmes et les différents scénarii de fonctionnement sont passés au crible. Cela permet de voir, par exemple, si les systèmes prévus ne sont pas surdimensionnés et s’il n’est pas possible de dégager des marges pour les armateurs. Les modèles numériques nous permettent de trouver les meilleurs compromis ».

Optimisation de la maintenance grâce à la digitalisation

De gros efforts sont également consentis sur la maintenance des équipements. « Les évolutions dans le domaine de la digitalisation offrent un important potentiel. Le recueil et l’analyse des données sur des systèmes instrumentés permettent d’optimiser la maintenance et de conduire des interventions prédictives car, grâce aux datas, on peut savoir quel équipement pose problème et s’il faut le réparer ou le changer, avant même qu’il y ait une panne ou tout simplement pour améliorer le bilan énergétique. Nous proposons des solutions en ce sens pour nos clients civils et maintenant pour le secteur militaire ».

 

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© MER ET MARINE- VINCENT GROIZELEAU

A Saint-Nazaire, la société travaille sur les Oasis et les unités de MSC (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Nouveau challenge avec Saint-Nazaire

Si le département Marine et Oil&Gas d’Engie Axima souhaite se développer significativement à l’export, il a aussi accentué ses les efforts pour consolider son activité nationale, où la concurrence est de plus en plus forte et ne garantit plus la fidélité de certains clients historiques. L’entreprise en a fait l’amère expérience lorsqu’elle a raté auprès des Chantiers de l’Atlantique, il y a deux ans, le très gros marché des paquebots de la classe Edge de Celebrity Cruises. Un échec qui a cependant servi de leçon. « Nous nous sommes remis en question. Un plan de progrès a été mis en place ainsi qu’une équipe dédiée pour trouver des idées, améliorer notre compétitivité et relancer les relations avec Saint-Nazaire ». Les liens ont depuis été renoués et un gros challenge attend maintenant les équipes avec les World Class, la future génération de paquebots commandés par la compagnie MSC Cruises. Des géants de plus de 200.000 GT qui auront la particularité d’être les premiers navires de croisière dotés d’une propulsion fonctionnant au GNL construits en France.

 

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© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE

Vue des futurs paquebots du projet World Class de MSC Cruises (©  CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

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