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En marge de la réunion à Brest des ministres de la Défense de l’Union européenne, Florence Parly et son homologue grec Nikólaos Panagiotópoulos se sont rendus hier au chantier Naval Group de Lorient. En compagnie du président de l’entreprise, Pierre Eric Pommellet, ils ont pu découvrir le site et les navires qui y sont construits. A commencer par les futures frégates de défense et d’intervention (FDI), dont cinq exemplaires seront réalisés pour la flotte française et au moins trois pour la marine hellénique. Signés en décembre, les contrats portant sur la livraison à la Grèce de trois FDI en 2025 et 2026, avec une option pour une quatrième unité, doivent entrer en vigueur « dans les prochaines semaines » a indiqué Florence Parly. Il ne reste plus au parlement grec qu’à entériner cette commande, qui avait été annoncée par le premier ministre Kyriákos Mitsotákis, à Paris, en septembre dernier. « L’acquisition de ces frégates ultramodernes va contribuer à améliorer sensiblement la capacité de combat et le pouvoir dissuasif de la marine hellénique et des forces armées, dont la mission principale est de défendre l’intégrité territoriale et les droits souverains de notre pays », a déclaré hier le ministre grec de la Défense. Nikólaos Panagiotópoulos a notamment insisté sur les capacités militaires des FDI, « en particulier en matière de défense antiaérienne à longue portée et de lutte contre les sous-marins », qui permettront « de réaliser de multiples missions dans tout le spectre de la guerre navale ». Equipés du nouveau radar plaques Sea Fire et de sonars KingKlip Mk2 (coque) et captas-4 (remorqué), ces bâtiments de 121.6 mètres de long et 4500 tonnes de déplacement en charge mettront en oeuvre 32 missiles Aster 15 et Aster 30, ainsi qu'un système RAM (21 missiles RIM-116) pour les moyens surface-air, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3C, une tourelle de 76 mm, deux canons télé-opérés de 20 mm, des torpilles MU90 et un hélicoptère MH-60R. 

 

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© NAVAL GROUP

Vue des futures FDI, une grecque au premier plan et une française au second plan (© : NAVAL GROUP)

 

« Les Gowind sont une option très intéressante pour nous »

En dehors des FDI, Naval Group propose également à Athènes trois à quatre corvettes du type Gowind, qui pourraient être réalisées par des chantiers grecs en transfert de technologie. Un projet sur lequel l'industriel français est en concurrence avec plusieurs concurrents internationaux. Lors de sa venue à Lorient, Nikólaos Panagiotópoulos a en tous cas pu visiter un bâtiment de ce type en achèvement à flot. En l’occurrence la corvette Bani Yas, première des deux Gowind commandées par les Emirats Arabes Unis dont la mise à l’eau est intervenue le mois dernier. Une visite qui a manifestement enthousiasmé le ministre grec de la Défense. Un peu plus tard, lors de son discours - prononcé en Français -, il en effet estimé que les « les Gowind sont une option très intéressante pour nous ».

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

La corvette Bani Yas en achèvement à flot à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un nouveau partenariat stratégique entré en vigueur le 30 décembre

S’exprimant tour à tour dans la forme de construction où sont assemblées simultanément la première FDI française et la seconde Gowind émiratie, Florence Parly et Nikólaos Panagiotópoulos ont mis en avant la nécessité de renforcer la souveraineté et la coopération européenne en matière de défense. Et ils se sont félicités du nouveau partenariat stratégique entre Paris et Athènes, entré en vigueur le 30 décembre. Il fait notamment suite au soutien apporté par la France à la Grèce face à la Turquie ces deux dernières années. Cette alliance se matérialise par un renforcement de la coopération entre les forces armées des deux pays, ainsi que le développement de partenariats industriels et des achats d’équipements. Non seulement des navires mais aussi 18 avions de combat Rafale (6 autres étant prévus) dont les six premiers rejoindront la base aérienne de Tanagra la semaine prochaine. « Ces acquisitions d’équipements soulignent le soutien ferme de la France à la Grèce et la détermination de nos deux pays à approfondir leur coopération en faveur de la stabilité de la Méditerranée orientale », a dit le ministre grec.

Front commun en Méditerranée orientale

Une zone où les forces armées grecques et françaises ont donc renforcé sensiblement leur coopération depuis 2020. Et cela va se poursuivre cette année, notamment avec le groupe aéronaval français, emmené par le porte-avions Charles de Gaulle dont le prochain déploiement, prévu de débuter en février, devrait justement avoir cette région comme point focal. « Pour construire une défense européenne plus forte demain, le partenariat stratégique entre la Grèce et la France est un atout majeur. Il contribuera aussi au dialogue et à la stabilité régionale en Méditerranée, qui est un espace central pour la sécurité du continent européen et est aujourd’hui soumis à des tensions croissantes (…) Nous continuerons de faire respecter la liberté de navigation au cœur même de l’Europe, en Méditerranée. Pour cela nous souhaitons maintenir une présence militaire régulière, ce qui nous offre la possibilité d’interactions renforcées avec les forces armées grecques », a déclaré Florence Parly,

Porter les enjeux de sécurité maritime au niveau européen

Dans son discours, la ministre française des Armées a insisté sur les enjeux globaux liés à la sécurité maritime, qui faisaient d'ailleurs l'objet la veille d'un forum européen à Brest. « Pour la France, pour la Grèce, pour toute l’Europe, les enjeux de sécurité maritime sont nombreux. La mer est à la fois un espace de liberté qu’il faut maîtriser, un lieu d’échanges qu’il faut sécuriser, un réservoir de ressources qu’il faut protéger et enfin un espace mal connu qu’il nous faut encore explorer. L’Europe peut et doit répondre à ces enjeux de sécurité pour assurer sa liberté d’action. (…) Pour sécuriser nos lignes d’approvisionnement et de communication, protéger les infrastructures maritimes clés comme les câbles sous-marins, nous devrons nous donner les moyens de nous opposer aux menaces étatiques mais aussi aux menaces terroristes ou liées à la piraterie ». Et la ministre d’indiquer que ces sujets font partie de ceux portés actuellement au niveau européen : « Les enjeux de sécurité maritime figurent parmi les priorités de la Boussole stratégique, le premier livre blanc de l’Union européenne que nous devrions adopter dans les prochains mois. Dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, nous veillerons aussi au lancement rapide des travaux d’actualisation de la Stratégie de sécurité maritime de l’UE, qui a été adoptée il y a maintenant plus de sept ans, en 2014 ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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