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Pour la première fois depuis la fin des années 70 et le désarmement du bathyscaphe Archimède, la Marine nationale est de nouveau capable d’atteindre les abysses, jusqu’à 6000 mètres de profondeur. Cela, grâce à l’acquisition d’une première capacité exploratoire dans le cadre de la stratégie de maîtrise des fonds marins (MFM) présentée en février 2022 par le ministère des Armées.

L’objectif est de redonner à la flotte française les moyens de surveiller les grands fonds et de pouvoir y intervenir pour mener différents types d’opérations, allant de la simple reconnaissance aux actions défensives et même potentiellement offensives, afin de dissuader un adversaire de s’en prendre à des intérêts stratégiques sous peine de pouvoir être à son tour visé. Il s’agit en particulier de protéger les infrastructures critiques (câbles de télécommunication, câbles électriques, pipelines…), de garantir la liberté d’action des forces navales en vérifiant que des dispositifs de minage ou d’écoute ne sont pas déposés sur le fond marin, de prévenir le pillage de ressources naturelles profondes dans la zone économique exclusive (ZEE) ou encore de pouvoir remonter à la surface des objets sensibles (comme une épave d’avion) avant qu’une puissance étrangère s’en empare.

 

© MARINE NATIONALE

Câble sous-marin, ici vu du Nautile de l'Ifremer lors d'une campagne de tests conduite par la marine l'an dernier en Méditerranée. 

 

97% fonds marins ne descendent pas sous les 6000 mètres

Construit en 1961, Archimède avait été conçu, dans une optique de défi technique et de record, pour atteindre 11.000 mètres, c’est-à-dire les zones les plus profondes de la planète (le bathyscaphe français ira jusqu’à 9545 mètres en 1962 dans la fosse japonaise des Kouriles, que l’on pensait à l’époque possiblement plus profonde que celle des Mariannes). Aujourd’hui, il s’agit de descendre à « seulement » à 6000 mètres. Une profondeur qui constitue le meilleur compromis entre le besoin opérationnel, les technologies disponibles et un coût maîtrisé. Sachant que 75% des fonds marins se trouvent au-delà de 3000 mètres et 97% ne descendent pas sous la barre des 6000 mètres.

 

Les moyens de guerre des mines et hydrographiques

Jusqu’ici, en dehors des sous-marins, la Marine nationale dispose de capacités pour surveiller et agir avec ses moyens de guerre des mines, jusqu’à 80 mètres avec ses plongeurs-démineurs et environ 120 mètres pour les robots téléopérés du type PAP 104 mis en œuvre par les actuels chasseurs de mines tripartites (CMT). Une limite qui est en train de passer à 300 mètres avec l’arrivée de nouveaux systèmes robotisés dans le cadre du programme SLAM-F (système de lutte antimine futur).

 

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© MICHEL FLOCH

Drone de surface du programme SLAM-F emportant ici un sonar remorqué conçu pour la détection de mines. 

 

Cela permettra en particulier de couvrir l’ensemble du plateau continental en Atlantique, dans la perspective d’assurer la sûreté des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). En plus de la guerre des mines, la flotte française peut aussi compter sur les moyens de cartographie de sa flotte hydro-océanographique (jusqu’à 10.000 mètres mais avec une faible précision) et, en matière d’intervention sous-marine, deux robots téléopérés (remote operated vehicle – ROV) dont le plus « profond » atteint 2000 mètres. 

 

Se doter de nouveaux engins : AUV et ROV

Pour être en mesure de surveiller de grandes zones et agir jusqu’à 6000 mètres, la Marine nationale doit se doter de deux types d’engins : d’abord des drones sous-marins (autonomous underwater vehicles – AUV) capables de patrouiller de manière autonome sur de longues durées et équipés de plusieurs capteurs, notamment sonar et optique, pour détecter des objets d’intérêt, puis les identifier. Il faut ensuite, pour intervenir au fond de la mer, des ROV dotés de caméras et de bras manipulateurs. Déployés depuis la surface par des bateaux-mères, auxquels ils restent connectés par un ombilical fournissant l’énergie et le lien de communication nécessaire à un pilotage en direct, les ROV peuvent conduire une investigation plus précise, déplacer des objets sur le fond ou mettre en place un dispositif de

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