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La France a-t-elle intérêt, comme dans les années 80 avec les chasseurs de mines tripartites (CMT), à miser sur un programme commun avec la Belgique et les Pays-Bas pour les futurs bâtiments de guerre des mines (BGDM) de la Marine nationale ? Sur le papier, une coopération est aujourd’hui possible, les marines belge et néerlandaise ayant choisi Naval Group pour la conception des douze nouveaux navires de leur programme rMCM (replacement Mine Counter Measure). La construction de ces bâtiments en acier de près de 83 mètres de long pour 17 mètres de large et 2700 tonnes de déplacement en charge a été confiée à Kership, société commune de Piriou et Naval Group. En cours de réalisation à Concarneau et Lanester, les deux premières unités de la série seront livrées en 2024 et 2025 par les chantiers bretons, les dix autres suivant d’ici 2030.

Un concept d’emploi radicalement différent avec les drones

La France, de son côté, n’a toujours pas lancé le programme BGDM mais ses futures plateformes seront basées sur le même concept que les bâtiments belgo-néerlandais, c’est-à-dire un bateau-mère conçu dès l’origine pour mettre en œuvre des systèmes déportés et robotisés pour la détection, l’identification et la destruction des mines. Une approche complètement différente de celle des CMT, taillés pour évoluer directement dans les champs de mines et y travailler en temps réel, les menaces étant détectées par les propres moyens des bâtiments (sonar de coque) qui les neutralisent avec les robots téléopérés et plongeurs-démineurs embarqués. Avec les drones, le mode d’emploi évolue sensiblement puisque les bateaux-mères ne sont plus sensés se retrouver dans la zone de danger mais rester à distance, laissant le soin aux drones de surface (USV) et drones sous-marins (AUV) dotés d’un sonar d’aller à la rencontre de la menace et de la débusquer pour que, dans un second temps, elle soit traitée par des robots téléopérées (ROV) déployés non plus par les chasseurs de mines mais par les USV (qui auront donc en changeant de charge utile une double fonction de détection ou de neutralisation). Des capacités qui imposent des plateformes nettement plus grosses que les CMT, bâtiments amagnétiques en composite longs de 51.4 mètres pour une largeur de 8.9 mètres et un déplacement d’un peu plus de 600 tpc.

Marine nationale : six nouveaux bâtiments espérés à partir de 2026

Alors que la Marine nationale souhaite se doter d’au moins six BGDM, avec des livraisons espérées à partir de 2026, le programme français peut donc théoriquement se rapprocher de son homologue belgo-néerlandais. L’ancienne ministre des Armées, Florence Parly, s’était d’ailleurs prononcée en faveur d’une coopération afin de porter un nouveau projet européen et mutualiser les coûts de développement et de construction. Sauf que, dans les faits, le modèle retenu par les Belges et les Néerlandais ne répond pas à tous les besoins des marins français, notamment sur certains aspects dimensionnants. Ce qui rend impossible une simple copie ou légère adaptation.

Des systèmes robotisés différents

Le premier point critique concerne les types de drones mis en œuvre par chaque pays. BGDM et rMCM n’ont en effet pas vocation à embarquer les mêmes USV, AUV et ROV. La Belgique et les Pays-Bas ont retenu une solution de guerre des mines robotisée développée par le groupe français ECA, alors que la France travaille depuis 2016 en coopération avec le Royaume-Uni sur un autre dispositif dans le cadre du programme MMCM, piloté par Thales. Or, c’est précisément autour des systèmes de drones que les bâtiments porteurs sont conçus.

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