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Alors que leur bâtiment, mis à l’eau cet été à Cherbourg, en est au stade de la divergence du réacteur, le premier équipage du Suffren, tête de série du programme des six nouveaux sous-marins nucléaires attaque du type Barracuda, achève une longue période d’entrainement sur simulateurs. Objectif : maîtriser au mieux les équipements, les procédures et l’environnement de ce SNA de nouvelle génération avant de le conduire vers ses premiers essais en mer dans les prochains mois.

Pour cela, l’Ecole de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire (ENSM-BPN) s’est dotée à Toulon de nouveaux simulateurs spécialement dévolus aux Barracuda. Des équipements développés par Naval Group, qui conçoit et réalise les sous-marins. Produits par le son site charentais de Ruelle, ils ont été installés dans de nouveaux bâtiments inaugurés en mai 2016.

Ces simulateurs ont en fait été intégrés dès la phase de conception des sous-marins, afin de prendre en compte très en amont la problématique de l’entrainement et de la formation des marins sur ces bâtiments constituant un bond technologique et capacitaire par rapport à leurs aînés.  Avec des évolutions notables en matière d’automatisation des systèmes et donc de conduite de la plateforme.

 

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© MARINE NATIONALE

Neptune, simulateur de sécurité plongée, de pilotage et de surveillance des servitudes (© MARINE NATIONALE)

 

Dès 2012, alors que le Suffren n’en était qu’au stade des anneaux en cours d’armement à Cherbourg, un Groupe des sous-marins (GSM) a été créé à la pointe du Cotentin, avec des marins destinés pour la plupart à former l’équipage d’armement du Suffren. Ce dernier a été constitué le 11 juillet dernier. Un équipage d’armement et d’essais trié sur le volet, avec des personnels de grande expérience. A commencer par le pacha, le capitaine de frégate Axel Roche, qui a précédemment commandé les SNA Rubis et Saphir. A bord, la moyenne d’âge sera de 33 ans, avec des hommes ayant effectué autour de 8500 heures de plongée, contre 28 ans et 6500 heures en moyenne pour l’armement normal d’un SNA du type Rubis.

Avant même d’avoir pris la mer, les sous-mariniers connaissent déjà leur bâtiment et se sont familiarisés avec les procédures et ses capacités théoriques. Cela, grâce aux simulateurs de l’ENSM-BPN. Il y en a sept en tout, donc cinq qui ont été installés à Toulon dès 2015. Tous portent un nom : Neptune et Triton (sécurité plongée), Mercure (conduite normale de la propulsion), Vulcain (conduite incidentelle de la propulsion), Jupiter et Minerve (conduite des opérations) ainsi que Diane (mise en oeuvre des armes).

Cela fait trois ans que les premiers marins du Suffren ont commencé à s’entrainer sur ces simulateurs, dont Neptune, une plateforme mobile capable de prendre une inclinaison de plus de 30 degrés pour simuler une chasse rapide. Montée sur vérins, la cabine permet de reproduire fidèlement les mouvements du bâtiment en fonction de son inclinaison, des effets de la houle en surface ou en plongée. Dans ces simulateurs, les marins apprennent à piloter le sous-marin, jauger ses réactions, gérer la propulsion et l’énergie, les auxiliaires, l’eau, l’oxygène, le gaz carbonique, la purge… et faire face aux imprévus et avaries.

 

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© MARINE NATIONALE

Le simulateur mobile Neptune est monté sur des vérins hydrauliques (© MARINE NATIONALE)

 

L’avantage est de pouvoir, en toute sécurité, confronter l’équipage à toutes les situations, même les plus extrêmes. Avec un niveau de réalisme élevé et des exercices pouvant être corsés d’ambiances sonores, voire de fumée et de fuites d’eau simulées, pour faire monter le niveau de stress et tester les réactions comme les réflexes. Le tout sous l’œil attentif des entraineurs.

 

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© MARINE NATIONALE

Le simulateur Neptune (© MARINE NATIONALE)

 

Diaporama orphelin : container

 

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© MARINE NATIONALE

Le simulateur Neptune (© MARINE NATIONALE)

 

Les différentes parties du Poste Central Navigation Opération (PCNO) sont par exemple reconstituées ici. Au poste de pilotage, des consoles et commandes, dont les joysticks qui remplacent les barres de plongée, sont les mêmes que ce que les marins auront face à eux à bord du Suffren. Et comme on l’a vu la cabine s’incline en fonction des ordres pour mieux s’ « immerger » dans le scenario. D’autres espaces permettent aux spécialistes de l’acoustique de s’entrainer à pister un sous-marin et se familiariser avec un nouveau système numérique et des senseurs qui vont offrir aux Barracuda des capacités de détection sensiblement accrues. Ailleurs, c’est à la gestion de la chaufferie nucléaire, de l’alimentation électrique et de la propulsion que l’on s’exerce. Toutes les fonctions ont leur simulateur.

 

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© MARINE NATIONALE

Le simulateur Mercure, ici en 2015. Il reproduit le poste de commande propulsion, réacteur et production d'électricité (© MARINE NATIONALE)

 

Après six semaines d’entrainement intensif, l’équipage est fin prêt à embarquer. Son puissant bâtiment l’attend à Cherbourg, où il est en train de prendre réellement vie avec la phase de divergence du réacteur. Il va ainsi produire sa propre énergie et devenir autonome. Depuis sa sortie du hall de construction et sa mise à l’eau, les mises en route des matériels et essais se sont enchaînés à quai.

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Suffren avant sa mise à l'eau, en juillet dernier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le sous-marin de près de 100 mètres de long et plus de 5000 tonnes doit prendre la mer dans les premiers mois de 2020. Il quittera alors Cherbourg, la Manche et ses faibles fonds, pour gagner la pointe Bretagne et plonger à loisir, jusqu’à 350 mètres au moins sous la surface de l’Atlantique. Après cette première phase d’essais en mer conduite depuis Brest, le Suffren doit rallier l’été prochain Toulon, où il sera basé. Si tout se passe comme prévu, sa mise en service devrait intervenir en 2021. Quant à ses cinq jumeaux, trois d’entre eux doivent être livrés d’ici la fin 2025 à la Marine nationale, les deux derniers étant prévus pour intégrer la flotte en 2027 et 2029. Les Barracuda auront alors fini de remplacer leurs aînés, les Rubis, mis en service entre 1983 et 1993.

- Voir notre article complet sur le Suffren et le programme Barracuda

Ces sous-marins, mais aussi toutes les unités de la Marine nationale, sont également à retrouver dans notre nouveau hors série de 128 pages qui sera publié la semaine prochaine : 

 

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