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C'est cette semaine qu'on devrait en savoir plus sur l'avenir de l'Hôtel de la Marine, pour lequel l'Etat cherche de nouveaux occupants en vue du déménagement de l'Etat-major de la Marine nationale au futur siège du ministère de la Défense. Un temps, il avait été envisagé de confier le bâtiment à des investisseurs privés, des projets de transformation en hôtel de luxe, en lieu de réception ou encore en pôle artistique plus ou moins « haut en couleurs » ayant été présentés. Mais cette perspective, considérée comme trop « blig bling » et peu respectueuse de l'histoire du lieu, a suscité une véritable levée de boucliers. Un puissant lobbying s'est alors développé pour contrecarrer cette approche, alors que de nombreuses voix s'élevaient contre l'idée que l'Etat puisse se séparer, directement ou indirectement, du superbe bâtiment, situé place de la Concorde, à Paris. « Si on peut comprendre que l'État soit conduit à se défaire de bâtiments dont l'entretien constitue de trop lourdes charges, il doit auparavant prendre en compte l'intérêt patrimonial », a notamment estimé Valéry Giscard d'Estaing. Pour apaiser la polémique, Nicolas Sarkozy a repoussé, en janvier, le processus d'appel à projets et annoncé la création, sous l'égide du ministère de la Culture, d'une « commission composée de gens indépendants pour voir quelle est la meilleure utilisation de l'Hôtel de la Marine ». Présidée par VGE, cette commission doit rendre ses conclusions le 12 juillet. Le salon des Amiraux à l'Hôtel de la Marine (© : MARINE NATIONALE) Conserver un noyau maritime Jeudi dernier, le président du Conseil immobilier de l'Etat et député de l'Orne a estimé que la meilleure solution était de confier l'Hôtel de la Marine à l'établissement gérant le Louvre : « Si l'on tient absolument à conserver ce bâtiment dans les mains publiques, la solution la plus valorisante et la plus utile serait de confier l'Hôtel de la Marine à l'établissement public du musée du Louvre», a déclaré Yves Deniaud. Alors que la Cour des Comptes serait intéressée pour reprendre un tiers de la surface du bâtiment, la commission présidée par Valéry Giscard d'Estaing a auditionné un certain nombre de personnalités et différents porteurs de projets. A cette occasion, certaines propositions ont été formulées par les plus hautes autorités militaires pour faire en sorte qu'au moins une partie de l'actuel Etat-major de Marine (EMM) conserve une dimension maritime. A la demande de la commission, le chef d'Etat-major des Armées a, ainsi, remis une note. « Depuis 222 ans et le déménagement de Louis XVI à Paris, en 1989, le bâtiment s'appelle Hôtel de la Marine. Il est souhaitable qu'il reste un minimum de caractère maritime dans ce lieu, qui dépasse la seule Marine nationale », explique l'amiral Edouard Guillaud. Le CEMA a donc proposé qu'une partie du vaste espace devenant libre après le départ de l'EMM vers Balard, en 2014, soit utilisée par différents services, institutions et organismes en lien avec le monde maritime. L'Académie de marine, par exemple, qui occupe actuellement 100 m2 à l'Ecole militaire et nécessite de l'espace supplémentaire pour une bibliothèque. L'amiral pense également au Secrétariat Général de la Mer, service du premier ministre louant 400 m2 de bureaux dans un immeuble haussmannien de la rue Raspail. Enfin, le CEMA verrait bien déménager Rue Royale l'Institut Français de la Mer (IFM), et le Cluster Maritime Français (CMF), qui partagent des locaux rue Monceau. « Nous pourrions, ainsi, maintenir à l'Hôtel de la Marine un vrai noyau maritime, plus que symbolique, avec une dimension historique, via l'Académie de marine, une dimension régalienne avec le SG Mer, et une dimension de rayonnement et de développement avec l'IFM et le CMF ». Le péristyle de l'Hôtel de la Marine (© : MARINE NATIONALE) Le projet de Vinci s'attire la sympathie des « maritimistes » Parmi les projets encore en course, un seul semblerait répondre à ce voeu, c'est-à-dire intégrer des activités à vocation économique pour que le bâtiment ne soit plus une charge financière pour l'Etat, tout en conservant un caractère maritime à l'Hôtel de la Marine, y compris en y abritant des institutions comme l'Académie, le SG Mer, le CMF et l'IFM. La Marine nationale pourrait même, éventuellement, réutiliser plus ou moins régulièrement les magnifiques salons (aux noms évocateurs et fortement connotés, tels le fameux « salon des amiraux ») pour des réceptions de prestige. Ce projet est porté par le groupe Vinci, qui s'est entouré de trois architectes renommés : Anthony Béchu, qui a réalisé entre autres la rénovation du quartier de l'Olympia ; Alain-Charles Perrot, à qui l'on doit la magnifique réhabilitation de l'opéra Garnier ; mais aussi Jacques Rougerie, lauréat - entre autres - du concours d'architecture du futur musée d'archéologie sous-marine d'Alexandrie. Ce dernier est par ailleurs bien connu dans le milieu maritime. Jacques Rougerie est, en effet, le concepteur d'Oceanopolis, à Brest, ainsi que du projet Sea Orbiter. La présence dans le projet de Vinci de ces trois architectes de renom et aux facettes remarquablement complémentaires et appropriées, semble de nature à rassurer les défenseurs de l'Hôtel de la Marine. « Ce sont des architectes d'une crédibilité exceptionnelle et c'est à notre connaissance le seul projet intéressant permettant de conserver une tonalité maritime. Selon des sources fiables, il a une vocation économique mais aussi une très forte vocation culturelle et une vocation maritime qui se trouve aller dans le sens des propositions de l'amiral Guillaud », estime Francis Vallat, président du CMF, qui soutient activement depuis le début, avec l'IFM, le maintien d'une vocation maritime à l'édifice. Le salon Marie-Antoinette à l'Hôtel de la Marine (© : MARINE NATIONALE) Des meubles royaux à l'abolition de l'esclavage L'ensemble du milieu maritime fait en tous cas front pour que l'Hôtel de la Marine continue de « sentir les embruns » et que l'histoire du lieu, vieille de plus de deux siècles, puisse se poursuivre. C'est en 1757 que les travaux de construction de l'actuel Etat major de la marine sont lancés. Les plans sont réalisés par l'architecte Ange-Jacques Gabriel, chargé d'aménager la place Louis XV, future place de la Concorde. Le bâtiment, qui est achevé en 1774, sert d'abord de garde meuble royal. Y sont stockés, entretenus et restaurés le mobilier, les tapisseries, les luminaires et les objets de décoration les plus précieux des demeures royales. On peut également y admirer les joyaux de la couronne, qui y seront dérobés en 1792. L'Hôtel de la Marine et son jumeau, l'actuel Hôtel Crion, connaissent leur premier grand évènement historique en 1778. C'est, en effet, dans leurs murs qu'est signé, le 6 février, le Traité d'Amitiés et d'Echanges entre le roi de France et les treize Etats Indépendants d'Amérique. Par ce traité, Louis XVI reconnaît l'indépendance des Etats-Unis. Le ministère de la Marine, créé par Colbert le 7 mars 1669, quitte Versailles pour une nouvelle demeure à l'occasion de la Révolution, en 1789. L'Etat major s'y installera 17 ans plus tard. En 1848, l'Hôtel de la Marine voit la signature de l'acte d'abolition de l'esclavage, projet porté par le sous-secrétaire d'Etat à la Marine de l'époque, Victor Schoelcher. Cet acte politique majeur mettra progressivement fin à la « traite des noirs », dont 14 millions d'hommes, femmes et enfants furent victimes. Ce n'est qu'en 1961 que le Secrétariat d'Etat à la marine cesse d'exister. A cette date, l'ensemble des composantes militaires est regroupé au sein du ministère des Armées, qui deviendra ministère de la Défense. L'Hôtel de la Marine continue d'abriter l'Etat-major de la Marine. D'une superficie totale de 5440 m², dont 4000 m² de surface bâtie, le bâtiment compte pas moins de 553 pièces dont le fameux salon des amiraux. L'Hôtel de la Marine a récemment bénéficié d'un programme de rénovation, notamment de sa façade et des ses plus beaux salons. D'un coût de 6.2 millions d'euros, ce chantier a été financé grâce au mécénat du groupe Bouygues.

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