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Alors qu’un Rafale Marine va être testé près de Goa sur un tremplin ce mois-ci, la presse indienne a rapporté la semaine dernière que New Delhi pourrait, en 2022, demander à la France de pouvoir louer quatre ou cinq avions de ce type pour conduire des essais en conditions réelles d’utilisation sur le Vikrant. Premier porte-avions de construction nationale, ce bâtiment a débuté ses essais en mer l’été dernier et doit être officiellement mis en service le 15 août 2022, pour le 75ème anniversaire de l’indépendance de l’Inde.

A ce stade, la marine indienne compte un unique porte-avions, le Vikramaditya, ex-Gorshkov russe datant de 1987 qu’elle a réceptionné en 2013 après sa refonte à Severodvinsk. De type STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery), avec tremplin et piste oblique dotée de brins d’arrêt, ce navire de 284 mètres de long pour 61 mètres de large et plus de 45.000 tonnes en charge met en œuvre des MiG-29K. 45 exemplaires de cet avion russe ont été commandés par l’Inde en deux contrats (2004 et 2010), les livraisons s’achevant en 2017. Mais les appareils, répartis en deux escadrons basés à Hansa, près de Goa, ne donnent pas satisfaction, rencontrant notamment des problèmes de disponibilité.

A terme, l’Inde espère doter ses porte-avions d’appareils de conception nationale, mais ce projet, qui a notamment vu des essais avec une version embarquée du Tejas en 2019, a pris beaucoup de retard et ne sera pas mature avant les années 2030. Il faut donc une solution « transitoire » permettant d’attendre un futur chasseur indien navalisé tout en répondant à la nécessité de disposer rapidement d’avions à hautes performances pour faire face à la montée en puissance de la Chine, qui fournit également les forces armées pakistanaises.

New Delhi a, par conséquent, émis en 2017 une RFI (Request For Information) pour doter sa marine de nouveaux avions de combat embarqués (jusqu’à 57), en particulier pour le Vikrant. Inspiré du Cavour italien, en plus grand et avec une piste oblique, ce navire de 262 mètres de long pour 62 mètres de large et plus de 40.000 tonnes en charge est également de type STOBAR, mais d’un type différent que le Vikramaditya.

 

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© INDIAN NAVY

Le nouveau Vikrant (© : INDIAN NAVY)

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© DPS - INDIAN NAVY

Le porte-avions indien Vikramaditya (© : INDIAN NAVY)

 

La compétition finale se joue désormais entre le Rafale Marine du groupe français Dassault Aviation, auquel 36 Rafale Air ont déjà été commandés pour l’aviation indienne, et l’avionneur américain Boeing avec son F/A-18 Super Hornet.  

Les deux appareils vont être testés sur le site d’essais terrestre d’Hansa, où une piste de 283 mètres s’achevant par un tremplin a été construite. Un Rafale Marine y est attendu début janvier pour une campagne d’une douzaine de jours, un F/A-18 devant suivre apparemment d’ici le printemps. Ces tests permettront aux Indiens de valider la capacité à mettre en œuvre ces appareils au moyen d’un tremplin, alors que tous les deux ont été initialement conçus pour être catapultés. Dassault avait déjà simulé un tel emploi dès le début des années 2010, alors que Boeing a réalisé des tests fin 2020 avec le tremplin installé sur la base américaine de Patuxent River pour les essais du F-35B.

Alors que l’avion français semble très bien parti si l’on en croit certains journaux indiens, l’éventuelle location de Rafale M pour parachever les essais sur le Vikrant sera, si elle se concrétise, inévitablement réalisée en puisant dans le parc de la Marine nationale. En dehors des 41 avions en service dans l’aéronautique navale française, il n’existe en effet qu’un seul appareil de ce type navalisé, le M1, qui sert aux expérimentations et essais de nouveaux systèmes. C’est lui qui devrait d’ailleurs réaliser les essais sur tremplin en Inde. Se séparer, même temporairement, de quatre ou cinq avions ne serait pas anodin pour la Marine nationale, dont le format est calculé au plus juste et déjà considéré comme insuffisant. Mais les enjeux commerciaux seront évidemment prépondérants et peuvent aussi servir les intérêts de la flotte française, un succès du Rafale M en Inde étant de nature à faciliter la commande souhaitée par l'état-major de nouveaux appareils tricolores en relançant la production de la version embarquée de l’avion.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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