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La Marine indienne a décidé de relancer l’un de ses vieux projets en souffrance, en l’occurrence la construction de bâtiments de projection amphibie et aéromobile. Elle a dans cette perspective publié le 24 août un nouvel appel à candidatures (Request For Information) auprès des industriels intéressés, qui ont jusqu’au 20 octobre pour se manifester.

Renouveler et muscler une flotte trop petite et ancienne

Il s’agit pour New Delhi de moderniser et renforcer significativement sa flotte amphibie, dont la principale unité est le vieux Jalashwa, un ancien transport de chalands de débarquement (TCD/LPD) de 173 mètres du type américain Austin (ex-USS Trenton), opérationnel depuis 1971 et cédé en 2007 par les Etats-Unis. S’y ajoutent cinq bâtiments de débarquement de chars de 125 mètres du type Magar, construits en Inde et mis en service entre 1987 et 2009, trois autres de 84 mètres du type russe Polnocny (1983-1985), une dizaine de grands chalands de 57 à 62 mètres la plupart très récents, ainsi que des petits chalands d’une vingtaine de mètres servant notamment de batellerie au Jalashwa.

 

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© INDIAN NAVY

Le TCD indien Jalashwa et deux des chalands constituant sa batellerie (© INDIAN NAVY)

 

Un dossier déjà ancien

Le dossier des nouveaux bâtiments de projection indiens, que la marine classe officiellement dans la catégorie des LPD (landing plateform dock), ne date pas d’hier puisqu’on en parlait déjà en 2005, lorsque l’Inde s’était dite intéressée par les nouveaux porte-hélicoptères d’assaut français (appelés alors BPC), dont le premier exemplaire, le Mistral, n’était même pas encore livré à la Marine nationale. Et le projet a déjà fait l’objet de RFI, la dernière - sauf erreur de notre part – en 2017 mais, comme souvent en Inde, les procédures interminables ont souvent tendance à échouer avant d’être relancées. La dernière fois, Naval Group, déjà présent en Inde où six de ses sous-marins du type Scorpène sont réalisés en transfert de technologie chez MDL à Mumbai, s’était allié avec l’industriel indien Reliance (qui avait racheté les chantiers Pipapav) pour répondre à la demande d’information.

Quatre nouveaux bâtiments à construire en Inde avec une possible aide étrangère

Dans sa nouvelle RFI, la marine indienne part sur un programme de quatre LPD à construire impérativement en Inde, les industriels nationaux pouvant cependant s’allier à des groupes étrangers pour la conception des plateformes notamment. Aucune date de livraison n’est fixée mais le document précise que le premier bâtiment devra être réceptionné sous 60 mois, avec ensuite une cadence d’une unité par an.

Les caractéristiques souhaitées pour les futurs LPD

Côtés caractéristiques, sont souhaités des bâtiments d’une longueur inférieure ou égale à 200 mètres et 8 mètres maximum de tirant d’eau équipés d’une propulsion électrique avec une vitesse maximale d’au moins 20 nœuds. L’allure de croisière doit être de 14 à 16 nœuds avec une autonomie allant jusqu’à 60 jours, pour une distance franchissable de 10.000 milles à vitesse économique (tout en conservant 25% de réserve de carburant). Les LPD devront offrir d’importantes capacités de commandement et de projection de troupes, de matériel, de véhicules, d’hélicoptères et de drones, ainsi que des installations hospitalières développées pour traiter les blessés au combat mais aussi soutenir des opérations humanitaires.

Les bâtiments devront pouvoir embarquer en radier quatre chalands de débarquement de type LCM ou deux engins sur coussin d’air de type LCAC ou encore deux catamarans de type L-CAT (comme l’EDAR français conçu par CNIM). S’y ajouteront quatre petits chalands de transport de personnel (LCVP), généralement placés sous des bossoirs. Les ponts garages devront couvrir au moins 1000 m². En matière de capacités aéronautiques, les Indiens souhaitent que leurs futurs LPD puissent embarquer au moins deux hélicoptères lourds, douze hélicoptères moyens/légers et deux drones aériens, avec un hangar pouvant accueillir douze appareils et deux drones, et un pont d’envol permettant de mettre simultanément en œuvre au moins quatre machines. L’un des spots d’appontage devra être en mesure d’accueillir un engin de 40 tonnes.

L’équipage est donné à pas moins de 530 marins, dont 60 officiers et la possibilité d’accueillir en plus 900 soldats. S’y ajoutent des marges de manœuvre dans les locaux vie pour qu’ils puissent d’adapter à une féminisation allant jusqu’à 20% des officiers et 15% de l’équipage et des troupes embarquées.

De solides moyens électroniques et un armement très puissant

La marine indienne souhaite des bâtiments équipés de moyens électroniques et d’autodéfense très puissants. Sont ainsi demandés des radars de veille air et surface (bande E/F, C/D, tridimensionnel…), un système électro-optique et une suite complète de moyens de guerre électronique (ESM/ECM et quatre lance-leurres). Côté armement, les bâtiments disposeront d’un système surface-air avec 32 missiles à lancement vertical, quatre canons multitubes AK 630 (pouvant être remplacés précise la marine indienne quand les systèmes d’armes à énergie dirigée seront matures) et des mitrailleuses. Mais, plus surprenant, les Indiens veulent aussi que les LPD puissent mettre en œuvre 16 missiles antinavire. Une nouveauté pour ce type de plateforme.

 

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© MARINE NATIONALE

PHA français du type Mistral avec un EDAR entrant dans son radier (© MARINE NATIONALE)

 

Naval Group et d’autres industriels internationaux sur les rangs

Alors que les chantiers indiens n’ont jamais construit de grands bâtiments de projection et que les programmes de conception nationale ont tendance à accuser d’importants retards, il est probable que l’Inde opte pour l’adaptation à ses besoins d’un design étranger. Dans cette perspective, les industriels européens en particulier peuvent se positionner. Les Mistral de Naval Group, dont trois exemplaires sont en service en France et deux autres en Egypte, répond à de nombreux points importants de la RFI, en particulier le gabarit souhaité (199 mètres), la propulsion et les capacités générales, même s’il faudrait modifier le design pour accroître les hébergements et, surtout, intégrer les armements et capteurs voulus par les Indiens. De ce point de vue, les Italiens, dont le porte-aéronefs Cavour a inspiré le nouveau porte-avions indien Vikrant, ont des design déjà construits par Fincantieri qui répondent mieux à cette demande en matière d’équipements. Mais pas en l’état dans les dimensions souhaitées, qu’il s’agisse des bâtiments de projection réalisés pour l’Algérie et le Qatar (143 mètres) ou du nouveau porte-hélicoptères d’assaut italien Trieste (245 mètres). D’autres compétiteurs, comme l’Espagnol Navantia, avec une version compacte et plus armée de son BPE (231 mètres) vendu à l’Armada española mais aussi à l’Australie et à la Turquie, peuvent également se positionner.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs. 

 

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© GIORGIO ARRA

Le Trieste italien (© GIORGIO ARRA)

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© GIORGIO ARRA

Le BDSL algérien construit par Fincantieri (© GIORGIO ARRA)

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© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE

Le Juan Carlos construit par Navantia pour la marine espagnole (© JEAN-LOUIS VENNE)

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