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En service depuis 1984 et allant être remplacé prochainement par une nouvelle unité éponyme, le navire océanographique Belgica a été offert par la Belgique à l’Ukraine. C’est ce qu’a annoncé Bruxelles, qui précise que l’acte de transfert de propriété a été signé le 13 septembre suite à un protocole d’accord conclu avec Kiev en juillet. Le navire, qui était armé par la marine belge et exploité par l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), est désormais opéré par le ministère ukrainien de la protection de l'environnement et des ressources naturelles. Il devait appareiller hier de la base navale de Zeebrugge pour rejoindre son nouveau port d’attache d’Odessa, en mer Noire, où il est attendu mi-octobre et sera officiellement inauguré et renommé. « Après plus d'un million de kilomètres parcourus et plus de 1000 campagnes scientifiques visant à accroître la connaissance des mers, la Belgique fait aujourd'hui ses adieux au navire de recherche Belgica. En tant que laboratoire de navigation, le navire a été le fleuron des sciences marines belges pendant 37 ans. C'est avec la douleur au cœur que nous lui disons au revoir, mais je suis très heureux que le navire ait une seconde vie grâce à notre coopération avec le Centre Scientifique ukrainien pour l'Écologie de la mer », a déclaré le Secrétaire d'État belge Thomas Dermine.

 

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© MICHEL FLOCH

 

Le don du Belgica à l’Ukraine s’inscrit dans le sillage d’EU4EMBLAS (European Union for Improving Environmental Monitoring in the Black Sea), un projet d’assistance financé par l'Union Européenne depuis 2014 pour aider l'Ukraine et d'autres États côtiers de la mer Noire à protéger cet espace maritime. Ce programme, qui en est à sa quatrième phase, porte sur des enquêtes scientifiques en mer, la collecte à grande échelle de données environnementales à l'aide de nouvelles techniques de surveillance, et la sensibilisation du public dans la région de la mer Noire. Les principales réalisations des phases précédentes comprenaient le développement d'une base de données complète sur la qualité de l'eau dans la mer Noire, ainsi qu'une évaluation préliminaire de l'état environnemental des parties étudiées de la mer Noire conformément aux exigences de la Directive-cadre « Stratégie pour le milieu marin » (DCSMM) et de la Directive-cadre sur l'Eau (DCE) de l’UE. La phase actuelle du projet vise à développer davantage les capacités techniques et humaines nationales pour la mise en œuvre de programmes de surveillance du milieu marin, conformément à la convention de Bucarest et aux exigences de l'UE en matière de rapports. Il fournit une assistance technique supplémentaire axée sur la mise en place de systèmes et d'installations de surveillance de l'environnement, le renforcement des capacités, l'évaluation de l'état de l'environnement conformément aux directives de l'UE et la sensibilisation du public aux problèmes environnementaux de la mer Noire.

Dès son transit entre Zeebrugge et Odessa, l’ancien Belgica débutera ses nouvelles missions. « Les scientifiques ukrainiens seront actifs dès le début. Ils collecteront des échantillons d'eau de mer et de sédiments de fond pour analyser un large éventail de polluants, documenteront les débris marins flottants et les microplastiques, prélèveront des échantillons d'ADN environnemental pour évaluer la biodiversité et analyseront l'ADN microbien pour révéler la présence de gènes de résistance aux antibiotiques. Cet ambitieux programme scientifique, intitulé "Croisière des trois mers européennes" (Atlantique du Nord-Est, Méditerranée et mer Noire), ainsi que le transfert du navire, sont organisés et financés par le projet EU4EMBLAS, et bénéficient du soutien scientifique du Centre commun de recherche de l'UE », précise la Belgique.

Long de 51 mètres pour une largeur de 10 mètres et un déplacement de 1200 tonnes à pleine charge, le Belgica a vu sa construction débuter fin 1982 au chantier Boelwerf de Temse et fut baptisé le 11 octobre 1984 par la reine Fabiola. 

Mis en oeuvre par un équipage d’une quinzaine de marins et pouvant accueillir une douzaine de scientifiques, il est doté de différents équipements pour sonder les fonds et effectuer des prélèvements. Capable d’atteindre 13 nœuds, il peut franchir 5000 nautiques à 12 nœuds et a assuré pour le compte de la Belgique jusqu’à 200 jours de mer par an. « Pendant 36 ans, le Belgica a surveillé la qualité de la mer du Nord pendant les campagnes scientifiques en recueillant constamment toutes sortes de données sur les processus biologiques, chimiques, physiques, géologiques et hydrodynamiques qui s'y déroulent. Le navire était également un laboratoire flottant pour les chercheurs des universités et instituts scientifiques belges afin d'accroître leur connaissance des mers. Les scientifiques ont prélevé des échantillons d'eau, de sol et d'organismes vivants. Ils ont testé de nouvelles techniques de pêche, étudié l'influence de l'extraction du sable sur le fond ou étudié l'effet des parcs éoliens sur la vie marine. En raison de son caractère polyvalent, le navire océanographique belge a été utilisé non seulement par des équipes belges mais aussi par des équipes étrangères avec lesquelles une coopération est prévue dans le cadre des programmes de recherche européens. Les campagnes internationales menées par le Belgica ont, par exemple, permis de découvrir des monticules de corail d'eau froide dans le sud-ouest de l'Irlande et des volcans de boue au large des côtes marocaines. Les recherches menées grâce à ce navire sont donc importantes pour la gestion de la mer du Nord, mais aussi pour la compréhension fondamentale des mers et océans environnants, et a permis à la Belgique de faire mieux que son poids en termes de recherche et de surveillance du milieu marin, d'aménagement de l'espace marin et d'économie bleue. Le navire a également permis à des milliers d'étudiants d'acquérir leur première expérience en mer ».

En Belgique, il va maintenant faire place à un tout nouveau navire hydro-océanographique, qui reprend le nom de Belgica. A l’issue d’un appel d’offres international, la commande a été notifiée en juin 2018 au chantier espagnol Freire de Vigo. La première tôle a été officiellement découpée le 13 février 2019 et la coque a été lancée le 11 février 2020. Après un retard d’un an, en partie lié à la crise sanitaire, le nouveau Belgica devrait être livré cet automne. Actuellement en période d’achèvement et de tests, il sera comme son prédécesseur basé à Zeebrugge. Pour son armement, la Belgique a décidé de recourir à un opérateur privé (la procédure est en cours) qui sera responsable de l’équipe et du soutien du navire, en coopération avec la marine, la partie scientifique étant toujours pilotée par l’ IRSNB.

 

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© ROLLS-ROYCE

(© : ROLLS-ROYCE)

 

Construit sur un des plans conçus par les bureaux d’études norvégiens de Rolls-Royce (repris depuis par Kongsberg), donnant naissance au design UT 844 WP, le nouveau Belgica mesure 70 mètres de long pour 16 mètres de large. Il sera armé par une douzaine de marins et pourra accueillir en plus jusqu’à 28 scientifiques.

Capable de naviguer à 13 nœuds et offrant une autonomie d’un mois, le navire est conçu pour pouvoir effectuer 300 jours de mer par an. Par rapport à l’ancien Belgica, la surface des laboratoires a été doublée pour atteindre 400 m². Il pourra effectuer des mesures et prélèvements jusqu’à 5000 mètres de profondeur, l'un de ses sondeurs multifaisceaux, l'EM304, pouvant même travailler jusqu'à 8000 mètres. En plus des équipements et senseurs traditionnels, le bateau sera capable de mettre en œuvre des robots télé-opérés ainsi que des drones. Il sera à même de conduire des études dans les domaines de l’hydrographie, de la géologie avec des moyens sismiques, de la sédimentologie, de la recherche halieutique, de la biologie, de la chimie, de l’océanographie et de la météorologie.

Sa coque est légèrement renforcée pour pouvoir mener des campagnes de recherche en zone arctique durant l’été.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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