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Pour la première fois, la France, en la personne du chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Pierre Vandier, a pris la présidence de l’Indian Ocean Naval Symposium (IONS), qui a débuté lundi 28 juin et s’achève ce jeudi 1er juillet à La Réunion. Un outil de de dialogue et de coopération intéressant dans une zone aussi gigantesque que compliquée et stratégique. C’est en effet par l’océan Indien que passe une grande partie du trafic maritime commercial mondial, essentiel par exemple aux approvisionnements européens en matières premières et produits manufacturés. Mais c’est aussi une région marquée par de fortes tensions géopolitiques, des conflits réguliers ainsi que des enjeux importants liés à la lutte contre le terrorisme et les trafics illicites, notamment d’armes et de drogue.

25 pays membres des côtes d’Afrique à l’Asie

Réunissant les marines des pays riverains de l’océan Indien, cette initiative a été lancée par l’Inde en 2008, la France l’ayant intégrée en 2014. Elle s’appuie sur trois piliers (sécurité maritime, partage d’informations et assistance aux populations en détresse) et compte désormais 25 membres, le dernier en date étant le Qatar, qui a officiellement rejoint lundi l’IONS. Les autres membres du Symposium des marines de l’océan Indien sont le Bengladesh, l’Inde, les Maldives, le Pakistan, les Seychelles, le Sri Lanka, l’Iran, Oman, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, la France, le Kenya, Maurice, le Mozambique, l’Afrique du sud, la Tanzanie, l’Erythrée, l’Australie, l’Indonésie, la Malaisie, la Birmanie, Singapour, la Thaïlande et le Timor oriental. S’y ajoutent des pays « observateurs » comme la Chine, la Russie, l’Allemagne, l’Espagne ou encore l’Italie, les Pays-Bas et le Japon. Les Etats-Unis n’y participent cependant pas, certains membres s’y opposant fermement.

Equilibrisme diplomatique pour mener des actions concrètes

Cette organisation, dont les décisions doivent être actées en consensus par tous ses membres, est d’ailleurs marquée par un vrai jeu d’équilibrisme diplomatique pour composer avec les tensions entre pays de la zone, par exemple entre l’Inde et le Pakistan, mais aussi entre l’Iran et les anglo-saxons. C’est pourquoi, depuis sa création, si le Symposium a offert à ses membres un lieu de dialogue et d’échange, aucune action majeure n’en est sortie. Une situation que la France, qui succède à l’Iran à la tête de l’IONS, espère voir évoluer pendant le mandat de deux ans de l’amiral Vandier. Ce dernier souhaite en effet amener le symposium sur le plan « opératif », c’est-à-dire aller au-delà des rencontres entre chefs et services diplomatiques pour développer des actions concrètes, notamment à la mer. Il n’est pas encore question de mettre en place une force navale ou un centre de commandement conjoint (idée portée par l’Inde mais qui n’a pas l’assentiment de certains partenaires, comme la France). Cependant, dans la délégation française, on dit avoir « bon espoir » de faire suffisamment bouger les lignes pour obtenir des avancées d’ici l’année prochaine, notamment via l’organisation d’exercices conjoints en 2022. La Marine nationale peut, en cela, s’appuyer sur les unités qu’elle déploie en océan Indien, depuis sa base de La Réunion (la troisième de la flotte française après Toulon et Brest) et ses points d’appui régionaux, ou depuis la métropole, à l’image par exemple du groupe amphibie Jeanne d’Arc qui croise quasiment tous les ans dans la région. De tels exercices permettraient de renforcer la coopération et l’interopérabilité entre les forces navales partenaires. La marine française souhaite aussi avancer sur le partage d’informations entre membres d’IONS, en s’appuyant sur les centres de sécurité maritime existants, comme le MICA Center à Brest, qui pourrait collaborer avec ses homologues de l’océan Indien, par exemple ceux de Madagascar, Singapour ou encore du Pakistan.

 

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© MARINE NATIONALE - REMY MARTIN

(© : MARINE NATIONALE - REMY MARTIN)

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© MARINE NATIONALE - REMY MARTIN

Le chef d'état-major de la marine indienne intervenant en visio-conférence (© : MARINE NATIONALE - REMY MARTIN)

 

De précieux échanges bilatéraux

Des échanges ont eu lieu à ce sujet ces derniers jours lors de la rencontre organisée à l'hôtel Lux de Saint-Gilles, à La Réunion. Celle-ci a rassemblé une grosse centaine de participants en présentiel mais aussi beaucoup, du fait de la situation sanitaire, en visio-conférence. Un cénacle ponctué de conférences collégiales, séminaires et autres tables rondes mais aussi de précieux entretiens bilatéraux, notamment entre chefs d’état-major. L’amiral Vandier a, ainsi, eu l’occasion rare de rencontrer en tête à tête son homologue iranien, l'amiral Khanzadi Hossein, qui avait fait le déplacement sur l’île française pour lui transmettre le flambeau de la présidence d’IONS, remettant symboliquement au CEMM français le téléscope qui représente tous les pays de l'alliance IONS. Les deux hommes ont pu échanger sur différents sujets, dont par exemple les subtilités entre l’opération européenne Agenor et son équivalent anglo-saxon dans le détroit d’Ormuz. A l’occasion de ce symposium, l'amiral français a d’ailleurs fait passer à ses homologues le message que la France, en tant que pays riverain de l’océan Indien, entendait faire valoir sa propre voix, ce qui ne passe pas systématiquement par un alignement sur celles de l’Europe ou des Etats-Unis.

Un conclave à Paris prévu au mois de novembre

Concernant les futures décisions que pourrait prendre l’IONS, il faudra attendre le conclave qui doit se tenir en novembre prochain à Paris. Mais d’ores et déjà, le principe d’organiser un exercice conjoint l’année prochaine, qu’on appelle déjà « IMEX 22 », semble acquis. Il pourrait notamment être orienté sur les opérations humanitaires. Un axe de coopération sans grandes contraintes politiques mais aussi naturel dans une zone régulièrement frappée par des catastrophes naturelles.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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