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Alors que les forces armées internationales n’échappent pas au coronavirus, à l’image de l’US Navy qui a déclaré des cas de Covid-19 sur plusieurs de ses bâtiments, qu’en est-il de la marine française ? Hier, des sources militaires assuraient à Mer et Marine qu’il n’y avait à ce stade « aucun cas sur les bâtiments de combat en opération ». On en signale en revanche dans les bases navales et services portuaires. 

Pour ce qui est des unités navigantes, la situation n’est pas simple car, par définition, les bâtiments de surface, et à fortiori les sous-marins, sont des lieux confinés où se côtoient de nombreux marins. De plus, une partie de la flotte se trouve plus ou moins loin des centres hospitaliers terrestres et, selon les régions de déploiement, se pose aussi la problématique des fermetures de frontières et de ports. Celle-ci pourrait d’ailleurs poser des difficultés logistiques en limitant les possibilités d’avitaillement en vivres et combustible, avec à la clé des impacts potentiels sur les activités opérationnelles. Les bâtiments disposent cependant de solides autonomies (30 à 60 jours en général pour les unités hauturières) et la coopération entre alliés peut aussi jouer en s’appuyant sur des navires logistiques étrangers en plus des ravitailleurs français.  

Dans certains cas, l’éloignement en mer, dans la durée, constitue un confinement naturel et donc une protection. Mais il y a eu des escales ces dernières semaines pour certains bâtiments (on pense par exemple au Charles de Gaulle à Brest il y a huit jours, les marins étant autorisés à voir les familles) et donc des risques potentiels de transmission malgré les précautions prises.

Chaque bâtiment dispose d’installations médicales, même si très peu sont équipés de moyens de réanimation lourds. Heureusement, la moyenne d’âge des équipages est peu élevée (une trentaine d’années), ce qui en fait une population normalement moins susceptible de développer une forme grave de la maladie. Cependant, comme l’ont constaté les médecins à terre, le coronavirus peut aussi s’attaquer à des personnes jeunes et en bonne santé.

Mesures mises en place à bord des bâtiments

Dans ce contexte, la Marine nationale doit veiller à assurer la continuité de ses missions et, pour cela, empêcher que des épidémies se développent sur ses bateaux. Différentes mesures ont donc été prises pour se prémunir contre le Covid-19. « Toutes les visites de embarquements de personnels non essentiels a été suspendus. Les équipages ont été sensibilisés par les commandants, des affichages et messages sur les réseaux internes, en particulier sur le respect des gestes barrières, dont un lavage très régulier des mains, que l’ensemble du personnel a l’obligation d’appliquer », explique une source militaire à Mer et Marine. Les regroupements de personnel sont également limités à bord. Il s’agit par exemple de ne pas encombrer les carrés et cafétérias pendant les repas, ce qui permet d’établir des distances de sécurité. Et concernant la ventilation ? « En l’état actuel des connaissances médicales, le virus ne se propage pas dans l’air, nous ne sommes donc pas contraints sur la ventilation ». Il y a bien eu un précédent avec le paquebot Diamond Princess au Japon, mais ce navire comptait pas moins de 3700 passagers et membres d’équipage, dont de nombreux porteurs du virus, confinés à bord pendant deux semaines, pour l’essentiel dans leur cabine (ce fut le cas pour tous les passagers). Une densité et une proximité qui a facilité la propagation du Covid-19, dont probablement par le système de ventilation, avec au final plus de 600 personnes contaminées à bord et une demi-douzaine de victimes. La situation est évidemment différente sur un bâtiment militaire.

Alors que les infirmiers et médecins embarqués assurent un suivi attentif des équipages, une zone de confinement a été identifiée à bord de chaque navire. « L’objectif est de pouvoir, le cas échéant, mettre en quarantaine du personnel qui ferait l’objet d’une suspicion de coronavirus et, ainsi, éviter la propagation, avec dans le même temps une recherche rapide des cas contact à bord ».

Recentrage sur les missions prioritaires

Mais le coronavirus a évidemment un impact sur les missions et, face à cette situation sans précédent, la flotte est obligée de contracter son activité, qui se recentre sur les opérations prioritaires. Avec en premier lieu la permanence de la dissuasion nucléaire et la poursuite du déploiement du groupe aéronaval emmené par le Charles de Gaulle, qui évolue désormais en mer du Nord dans le but de contribuer à la protection des approches maritimes et territoriales européennes (le retour du GAN à Toulon a été anticipé à fin avril au lieu de début mai). Parmi les autres missions prioritaires, il y aussi la sauvegarde des approches maritimes françaises (surveillance, défense, lutte contre les trafics et le terrorisme, assistance et sauvetage de navires de commerce et de personnes…), qui passe par des moyens maritimes (marine et gendarmerie maritime) et aériens, mais aussi tout le réseau des sémaphores qui demeure évidemment actif et où, là aussi, des mesures contre le coronavirus ont été prises.

Parmi les zones d’opération extérieures le maintien d’une présence navale en océan Indien et en Méditerranée orientale, où la France doit préserver des capacités de suivi de la situation et d’intervention au Levant et au Moyen Orient, est aussi considéré comme une priorité. Les autres théâtres jugés non indispensables devraient donc logiquement se dégarnir, comme la mer Noire ou encore l’Afrique de l’ouest et l’Asie. Le nombre de bâtiments en mer va se réduire, ce qui permettra de conserver des capacités en réserve pour assurer la continuité des missions prioritaires quelles que soient les circonstances, mais aussi de libérer du personnel médical embarqué (médecins et infirmiers) qui pourra plus utilement agir à terre.

En plus du Tonnerre, d’autres moyens peuvent être mobilisés

De même, depuis que l’épidémie monte en puissance en France, la Marine nationale se tient prête à mobiliser des moyens pour soutenir les services hospitaliers et de secours à terre. Dans cette perspective, le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre a reçu l’ordre d’appareiller de Toulon, qu’il a quitté samedi soir, pour rejoindre Ajaccio le lendemain avec une équipe médicale du Service de Santé des Armées (SSA) et de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille. Grâce à son hôpital embarqué, le bâtiment a ramené de Corse douze malades, dont six en réanimation sous respirateur, afin de les transférer vers les hôpitaux militaires de Toulon et Marseille, ce qui permet de soulager la pression sur les services de réanimation des centres hospitaliers de l’île de Beauté. Les deux autres PHA français sont également mobilisables pour contribuer aux opérations médicalisées, apporter un support logistique (transport de matériel) et éventuellement des moyens aériens (hélicoptères). Le Mistral est actuellement en océan Indien avec la frégate Guépratte dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc. Au lieu de partir pour l’Asie et l’Océanie, le groupe Jeanne d’Arc va pour le moment rester en océan Indien afin de pouvoir rallier rapidement La Réunion ou Mayotte si nécessaire. Quant aux Dixmude (qui revient de Méditerranée orientale) et Tonnerre, depuis Toulon, ils peuvent intervenir en métropole comme le fait actuellement le second ou en cas de nécessité en Atlantique, par exemple aux Antilles.

Les hélicoptères de l’aéronautique navale, répartis le long du littoral, pourront quant à eux assurer si besoin des évacuations, du moins de malades qui ne sont pas lourdement atteints (les appareils de l’aéronautique navale ne sont pas équipés de moyens de réanimation).

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs. 

 

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