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(Mise à jour le 22 juillet) L’incendie qui a ravagé une bonne partie de la passerelle du D’Entrecasteaux tombe particulièrement mal pour la composante maritime des Forces armées françaises en Nouvelle-Calédonie. Ce sinistre va en effet immobiliser pour un bon moment leur bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM), qui est l’un des rares moyens hauturiers (et le plus moderne) de la Marine nationale basés à Nouméa. L’indisponibilité pour une durée encore indéterminée du D’Entrecasteaux arrive même au pire moment puisque les deux autres unités principales de la flotte néo-calédonienne, la frégate de surveillance Vendémiaire et le patrouilleur La Glorieuse, ne sont pas disponibles actuellement. La première est en effet en arrêt technique alors que le second est, selon le jargon militaire, en « indisponibilité de personnel ». En clair, il n’y a pas suffisamment de marins pour mettre en œuvre le patrouilleur. Une situation liée au plan annuel de mutation (PAM) et qui n'a heureusement durée que trois jours, du dimanche 18 au mardi 20 juillet, La Glorieuse reprenant la mer le 22. 

Quoiqu'il en soit, alors que la situation n’est pas brillante non plus en Polynésie, c’est un tableau peu reluisant que la France offre dans cette région du monde, au cœur de la fameuse zone indopacifique que Paris dit pourtant considérer comme stratégique.  

 

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© MARINE NATIONALE

Le BSAOM D'Entrecasteaux  (© : MARINE NATIONALE)

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© MARINE NATIONALE

Le patrouilleur La Glorieuse  (© : MARINE NATIONALE)

 

Une ZEE de 1.45 million de km² à surveiller

Il n'est cependant pas de nature à étonner les observateurs attentifs, et moins encore les marins, qui se doutaient bien qu’à force de voir réduire à peau de chagrin les moyens maritimes déployés Outre-mer, il arriverait bien un jour où la marine se retrouverait quelque part dans son plus simple appareil. C’est désormais chose faite, et cela tombe sur Nouméa, dans une zone aux enjeux maritimes pourtant très importants entre tensions régionales, pêche illicite et protection de l’environnement marin. A part la Dumbéa (si elle est actuellement opérationnelle), une petite vedette côtière de surveillance maritime (VCSM) armée par la Gendarmerie maritime, ainsi qu'une très fine « poussière navale » constituée d’une poignée d’embarcations de servitude portuaire et autres semi-rigides, plus rien n'a été pendant plusieurs jours en état de prendre la mer. Et tout repose pour un temps sur le vieille Glorieuse, qui va bientôt achever sa carrière après 34 ans de service. 

 

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© MARINE NATIONALE

La VCSM Dumbéa (© : MARINE NATIONALE)

 

Il reste aussi les antiques avions de surveillance maritime Gardian pour évoluer au large et faire acte de présence, en couvrant autant que faire se peut la zone économique exclusive (ZEE) française autour de la Nouvelle-Calédonie. Ce qui représente une surface de pas moins de 1.45 million de km², équivalent à la moitié de la Méditerranée…

 

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© MARINE NATIONALE

Avion de surveillance Falcon 200 Gardian (© : MARINE NATIONALE)

 

Encore deux ans à tenir avant de recouvrer des capacités

La problématique de la faiblesse des moyens maritimes dans ce territoire ultramarin n’est pas nouvelle. Après le retrait du service en 2013 du bâtiment de transport léger (Batral) Jacques Cartier, il avait fallu attendre 2016 pour voir arriver un successeur, en l’occurrence le d’Entrecasteaux, avec des capacités différentes (il a notamment fallu faire une croix sur l’amphibie). Est ensuite venue la question des patrouilleurs, qui devaient à l’origine être renouvelés dans les années 2010. Mais les atermoiements autour du défunt projet BATSIMAR et des budgets trop contraints ont sans cesse repoussé les échéances. Jusqu’à la fin 2019 où, enfin, six nouveaux patrouilleurs d’outre-mer (POM) ont été commandés pour combler les trous capacitaires ou remplacer avantageusement des moyens hors d’âge ou mal adaptés, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à La Réunion. Pour Nouméa, deux de ces futurs bâtiments vont remplacer les patrouilleurs La Moqueuse et La Glorieuse, datant de 1987. A bout de souffle, La Moqueuse a été désarmée au printemps 2020 et conservée à Nouméa pour servir de stock de pièces détachées à La Glorieuse afin de prolonger celle-ci au maximum en attendant l’arrivée du premier POM. Ce dernier devait être livré en 2022 mais sa construction a pris du retard et, en mai dernier, le ministère des Armées annonçait que le nouveau patrouilleur ne serait réceptionné qu’en 2023. Trop tard pour La Glorieuse, dont le retrait du service est maintenu l’année prochaine. Il ne devrait donc, pendant environ un an, plus y avoir un seul patrouilleur à Nouméa, ce qui ne s’est pas vu depuis des décennies. La situation doit s’améliorer en 2023 avec la livraison du premier POM, le futur Auguste Bénébig actuellement en construction au chantier Socarenam de Saint-Malo, puis avec une seconde unité de ce type (le Jean Tranape), livrable normalement en 2024.

 

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© MAURIC / SOCARENAM

Vue des futurs POM (© : SOCARENAM/MAURIC)

 

Après les POM, il faudra remplacer le Vendémiaire

Mais la plus grande unité de la Marine nationale stationnée en Nouvelle-Calédonie, le Vendémiaire, sera alors en fin de vie. Cinquième des six frégates de surveillance du type Floréal, toutes basées Outre-mer, ce bâtiment, opérationnel depuis 1993, aura alors plus de 30 ans de service. Son remplacement, comme celui de ses sisterships, n’est programmé qu’à partir de 2030 par des corvettes de nouvelle génération. Pour le moment, six sont prévues afin de remplacer nombre pour nombre les Floréal. Toutefois, en raison des tensions et d’un niveau de menace potentiellement appelé à croître dans certaines régions du monde, des réflexions sont apparemment en cours pour allonger la série des futures corvettes afin de muscler les forces navales françaises en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie.  

Des moyens aériens plus modernes vont arriver

Concernant les moyens aériens, Tahiti et Nouméa se partagent les cinq vénérables Gardian de la flottille 25F, en service depuis 1984. Leur succession sera assurée par les nouveaux Falcon 2000 Albatros, que Dassault Aviation doit livrer à partir de 2025. Douze sont prévus pour prendre la relève des cinq Gardian mais aussi des huit Falcon 50 de la 24F, un peu plus récents et basés en métropole. Cinq d’entre eux, dont l'optronique sera rénovée à partir de 2023, vont d’ailleurs rejoindre la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie afin de remplacer temporairement les Gardian. Les premiers Albatros vont en effet être d’abord opérés depuis la métropole avant de renouveler les capacités de surveillance maritime outre-mer, normalement d’ici 2030. Des capacités complémentaires pourraient également s’y ajouter dans le cadre de la seconde partie du programme AVSIMAR, dont les Albatros sont le premier volet.

Par ailleurs, le détachement hélicoptère du Vendémiaire va être modernisé avec le retrait du service, en 2022, des dernières Alouette III de l’aéronautique navale. Ce sera le cas de la machine basée à Nouméa pour les besoins de la frégate de surveillance. Elle doit être remplacée par l’un des douze Dauphin N3 de la flotte intérimaire d’hélicoptères (qui assurera la transition avec les futurs Guépard Marine, livrables à partir de 2028).

Les moyens navals en Polynésie également sous tension

On notera enfin que si la situation la plus préoccupante concerne aujourd’hui la Nouvelle-Calédonie, les moyens de la Marine nationale en Polynésie sont à peine mieux lotis. En attendant ses deux nouveaux POM, prévus pour être livrés en 2023 et 2025, la base navale de Papeete ne compte plus qu’un seul patrouilleur, l’Arago, datant de 1991 et prévu pour être désarmé en 2024. S’y ajoute, comme à Nouméa, une unique frégate de surveillance, le Prairial (1992) et un BSAOM, le Bougainville, mis en service en 2017. La Marine nationale peut néanmoins compter sur trois autres unités, mais aux capacités limitées, en l’occurrence les petits remorqueurs Maroa (1984) et Manini (1985) qui seront remplacés dans les années qui viennent par de nouveaux RPC 30, ainsi que le patrouilleur côtier Jonquille (1997) de la Gendarmerie maritime, lui-aussi appelé à avoir un successeur dans le courant de cette décennie.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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