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La frégate de défense aérienne Chevalier Paul a appareillé hier de Toulon afin de mettre le cap sur la Méditerranée orientale. Un départ qui a suscité un vif intérêt médiatique en marge de la potentielle intervention occidentale en Syrie. Un emballement à tempérer quelque peu puisque ce serait oublier que la Marine nationale maintient depuis longtemps, discrètement certes mais pas secrètement, des moyens en permanence dans cette zone de crise. Ainsi, le Chevalier Paul, comme son sistership le Forbin et les frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart, mais aussi d’autres bâtiments, y compris des sous-marins, se relayent en permanence dans le secteur afin de suivre l’évolution de la guerre civile syrienne, qui a éclaté il y a deux ans. Ces moyens navals, doublés de temps à autres du passage d’un avion de patrouille maritime, sans oublier les probables déploiements du bâtiment espion Dupuy de Lôme (pour le coup secrètes), participent de la fonction Connaissance et Anticipation. Cette mission cruciale des armées françaises, pour laquelle différentes capacités de renseignement sont employées (aéronefs, bâtiments de la marine, stations d’écoute, forces spéciales, satellites…) permet aux militaires de connaître en permanence la situation sur les zones sensibles et, ainsi, d’éclairer le pouvoir politique sur l’évolution d’une crise ou l’émergence d’une menace.

 

 

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© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Des moyens déjà sur zone 

 

 

A ce titre, la Marine nationale, avec par exemple ses frégates et sous-marins dotés d’importants moyens de détection et de guerre électronique, constitue un outil de choix puisqu’ innocemment et sans attitude agressive, il est possible de se renseigner sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres.  Profitant de la liberté de naviguer dans les eaux internationales, les forces navales présentent également l’intérêt d’être très endurantes, chaque bateau pouvant demeurer à la mer de longs mois, et d’offrir grâce aux relèves une persistance du suivi de situation au plus près de la zone d’intérêt.

Dans le cas présent, si le Chevalier Paul est désormais en route vers la Méditerranée orientale, on trouvait notamment dans ce secteur, en juillet, l’aviso Lieutenant de Vaisseau Lavallée et, actuellement, la frégate Aconit. Ce bâtiment du type La Fayette, qui a quitté Toulon le 10 août, s’est d’ailleurs entrainé le 26 août avec les destroyers lance-missiles USS Barry et USS Gravely, qui font partie du dispositif américain actuellement pré-positionné au large de la Syrie. Alors que l’Aconit doit poursuivre sa route vers l’océan Indien afin d’intégrer l’opération européenne Atalante de lutte contre la piraterie, le Chevalier Paul ne fera, finalement, que remplacer sur zone ce bâtiment et, ainsi, maintenir la permanence des moyens français.

 

 

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© MARINE NATIONALE

La frégate Aconit (© MARINE NATIONALE)

 

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© MARINE NATIONALE

Entrainement de l'Aconit avec les destroyers américains le 26 août (© MARINE NATIONALE)

 

 

Un bâtiment particulièrement puissant

 

 

Il est cependant vrai que les capacités de la frégate de défense aérienne sont nettement plus importantes que celles de la FLF. Le Chevalier Paul, l’un des bâtiments de combat les plus puissants d'Europe, est un outil très polyvalent. Conçu pour la défense d’un groupe aéronaval contre les attaques d’avions et de missiles, il peut contrôler une vaste zone aérienne grâce à ses puissants radars et engager simultanément de nombreuses cibles avec ses missiles Aster 15 et Aster 30. Longue de 153 mètres et affichant un déplacement de 7000 tonnes en charge, la FDA dispose également de moyens de guerre électronique de premier ordre, qui ont largement fait leurs preuves en Libye, en 2011, ainsi que de redoutables missiles antinavire Exocet MM40 Block3. Sans oublier son artillerie (deux tourelles de 76mm, deux canons de 20mm et des mitrailleuses), ses moyens de lutte anti-sous-marine (sonars, torpilles MU90) et ses contre-mesures. Un outil idéal, donc, dans la situation actuelle, à la fois capable de contrôler l’espace aérien et maritime, ainsi que de servir au guidage d'éventuels raids aériens, tout en pouvant résister à une éventuelle agression de haute intensité. Surtout que le bâtiment n’est pas seul sur zone, les Américains disposant  notamment de quatre destroyers, et bientôt d’un cinquième.  La seule lacune du Chevalier Paul est de ne pas disposer, contrairement à ses homologues de l’US Navy, de missiles de croisière à même de frapper des cibles terrestres à grande distance. Un manque qu’il conviendra peut-être de combler dans les années à venir. 

 

 

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© MARINE NATIONALE

La frégate Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

 

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