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Alors que le bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain (BSAOM) Champlain est arrivé hier à Mayotte avec du fret sanitaire destiné à la lutte contre l’épidémie de Covid-19, l’un de ses sisterships vient quant à lui d’effectuer aux Antilles une opération logistique au profit de la Gendarmerie nationale. Basé à Fort-de-France, en Martinique, le Dumont d’Urville a en effet transporté un renfort de 15 gendarmes et deux véhicules jusqu’à Saint-Martin. Cela, alors que ce bâtiment, quatrième et dernier de la série des BSAOM, n’a pas encore vu son admission au service actif prononcée. Construit à Concarneau par le chantier Piriou, le Dumont d’Urville a été réceptionné en avril 2019 par la Marine nationale et a rejoint les Antilles au début de l’été. Le fait que son ASA ne soit pas encore prononcée ne l’empêche donc pas de réaliser ses premières missions opérationnelles. Ce qui fut déjà le cas par le passé avec d’autres unités françaises, comme le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral dépêché au Liban en 2006 pour y évacuer des ressortissants avant même son entrée en service.  

Qu’il s’agisse de la rotation entre La Réunion et Mayotte effectuée par le Champlain ou de celle conduite vers Saint-Martin par le Dumont d’Urville, ces opérations illustrent de nouveau la polyvalence des BSAOM, conçus pour remplir une grande variété de missions militaires et interministérielles dans les territoires ultramarins. Ils sont, ainsi, taillés pour participer à la surveillance et la protection des intérêts français dans les vastes territoires maritimes d’Outre-mer, en particulier les zones économiques exclusives nationales dans l’arc caribéen, l’océan Indien, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie. Ils peuvent être employés pour des missions de patrouille et de police en mer, d’assistance à des navires en difficulté (capacités de remorquage et de lutte contre les incendies), de sauvetage en mer, de lutte contre la pollution maritime, de projection de forces en appui de la police, de la gendarmerie et de l’armée de terre ; d’assistance et de secours aux populations ; ou encore du soutien logistique avec par exemple du transport de fret au profit des collectivités territoriales françaises. Ces bâtiments peuvent également remplir des missions de renseignement, déployer des plongeurs et servir de point d’appui aux forces spéciales.

Tête de série de ce programme, initialement connu sous le nom B2M (bâtiments multi-missions), le D’Entrecasteaux a rejoint la Nouvelle-Calédonie en juillet 2016. Kership (société commune de Piriou et Naval Group titulaire du contrat, notifié en décembre 2013) a ensuite livré le Bougainville, qui est arrivé en Polynésie française en décembre 2016. Puis ce fut au tour du Champlain de rallier La Réunion en juin 2017. Option au contrat initial, le Dumont d’Urville a vu sa commande confirmée plus tard, en 18 janvier 2017. A l’époque, il devait rallier les Antilles au second semestre 2018 mais le calendrier a ensuite glissé.

Les BSAOM mesurent 65 mètres de long pour 14 mètres de large et affichent un déplacement de 2300 tonnes en charge. Très robustes et endurants, avec un design inspiré des navires de service à l’offshore, ces bâtiments, capables d’atteindre 14 nœuds, offrent une autonomie de 5000 milles à 12 nœuds et des vivres pour 30 jours d’opération (avec 40 personnes à bord). Armés par deux équipages de 24 marins, qui se relaient à bord tous les quatre mois, ils peuvent loger 36 personnes supplémentaires. Leur armement comprend des mitrailleuses (12.7mm et 7.62mm) et ils peuvent utiliser des moyens non létaux, comme un système ultrasons (LRAD) ou éventuellement leurs canons à eau conçus pour la lutte contre les incendies (2 x 500 m3/h). Dotés d’un treuil de remorquage (30 tonnes de bollard pull), les bâtiments disposent pour la lutte contre la pollution de cuves à produits dispersants (10.000 litres) et peuvent déployer un barrage flottant depuis leur vaste pont de travail d’une surface de 220 m². Offrant une capacité d’emport de plus de 200 tonnes de fret solide en cale ou en pontée et autant de fret liquide, les BSAOM peuvent loger sur leur pont jusqu’à six conteneurs de 20 pieds, deux véhicules 4x4 de type P4 ou Defender, un camion ainsi qu’un engin de travaux public de 12 tonnes sur la zone vertrep, près de la poupe.

 

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© MARINE NATIONALE

EMBSV du Bougainville débarquant un P4 (© MARINE NATIONALE)

 

Ce matériel peut être manutentionné par une grue capable de soulever une charge de 12 tonnes à 14 mètres, soit en transbordement à quai, soit en mer, par exemple vers un chaland mais aussi grâce à la propre embarcation de servitude (EMBSV) des BSAOM. Un bateau de 9 mètres à fond plat et porte à l’avant conçu pour pouvoir débarquer sur une plage du personnel (15 passagers), du matériel ou un véhicule léger. L’EMBSV peut également servir pour les opérations de travaux maritimes ou encore le déploiement d’un barrage antipollution.  

Alors que la drome est constituée de deux semi-rigides de 6.7 mètres, le pont peut également accueillir des embarcations des commandos marine.

 

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© MARINE NATIONALE

Le D'Entrecasteaux et son EMBSV déployant un barrage antipollution (© MARINE NATIONALE)

 

- Voir notre reportage sur le D'Entrecasteaux

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