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Malgré le combat acharné mené par des associations pour le préserver, l’ancien porte-avions français Foch, acquis en 2000 par le Brésil, va finir à la démolition. Au terme d’une vente aux enchères, le São Paulo va terminer dans le chantier de déconstruction turc SOK Ship Recycling d’Izmir. Il va donc une dernière fois traverser l‘Atlantique et la Méditerranée, à priori d'ici l'été, pour rejoindre la Turquie afin d’y être démantelé. Un ultime transit qui se déroulera sous remorque, le bâtiment, désarmé depuis 2018, n’étant plus en mesure de naviguer par ses propres moyens.

Une déception pour les amoureux du vieux porte-avions qui souhaitaient lui offrir une seconde vie comme musée naval. C’était l’objectif de l’Institut São Paulo/Foch présidé par Emerson Miura, dont nous avions détaillé le projet fin 2019. Avec le soutien d’associations françaises, ils se sont battus pendant près de quatre ans pour sauver le bâtiment. Mais, malgré la présentation d’un dossier de préservation très travaillé, les autorités brésiliennes n’ont pas souhaité s’orienter vers cette solution et, malgré différents recours, l’Institut n’a pas pu en dernier ressort participer à la procédure de mise aux enchères. Seuls les ferrailleurs ont pu déposer une offre.

Sistership du Clémenceau (1961-1997), démantelé en 2009 au Royaume-Uni, l’ex-Foch est un bâtiment de 265 mètres de long pour 51 mètres de large au niveau du pont d’envol et un déplacement lège d’environ 24.000 tonnes. Doté de six chaudières et deux groupes turbo-réducteurs, avec une puissance totale de 126.000 cv, le bâtiment pouvait atteindre la vitesse de 32 nœuds. Son équipage était formé par plus de 1000 marins, auxquels s’ajoutaient près de 700 personnels pour le groupe aérien embarqué, qui pouvait être composé d’une quarantaine d’aéronefs.

 

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© JEAN-CLAUDE BELLONNE

Le Foch à Toulon en 1972 (@ JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Alors que son aîné est réalisé à Brest, le Foch voit le jour à Saint-Nazaire, où il est mis à l'eau en 1960 et entre en service en 1963. Après 37 ans de carrière au sein de la Marine nationale, il est remplacé par le Charles de Gaulle qui, à défaut de voir comme prévu initialement son sistership construit, succède en même temps au Clemenceau, mettant un terme à la permanence du groupe aéronaval français. Le Foch, qui a encore du potentiel, est acheté par le Brésil pour une dizaine de millions d’euros afin de succéder au vénérable Minas Gerais. Il bénéficie avant son départ d’une remise à niveau technique et arrive à Rio de Janeiro en février 2001.

 

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© SIMONE KEIKO

Le São Paulo à Rio en 2018 (@ SIMONE KEIKO)

 

La fin de carrière du São Paulo sera néanmoins compliquée puisqu’il souffre rapidement de problèmes techniques, en particulier au niveau de la propulsion. En 2004, l’explosion d’une chaudière fait trois morts et une dizaine de blessés. De longues réparations débutent mais en 2012, alors qu’il est proche d’être remis en service, un grave incendie l’immobilise de nouveau. Une refonte comprenant une remotorisation et une adaptation à des appareils plus modernes que les vieux Skyhawk est envisagée en attendant la construction d’un porte-avions brésilien dans les années 2030. Cependant, les ressources financières du Brésil ne permettent pas de lancer le projet, abandonné en 2017. La cérémonie de retrait du service du São Paulo intervient finalement le 22 novembre 2018 à Rio, où le bâtiment est en attente de son dernier voyage.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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