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Conçu pour transporter un sous-marin auxiliaire destiné aux opérations spéciales et des torpilles dronisées à têtes nucléaires, le Belgorod, nouvel outil stratégique de l’arsenal russe, a récemment débuté ses essais en mer. Développé sur la base d’une coque de sous-marin lance-missiles antinavire à propulsion nucléaire du type Oscar II, qui avait été mis sur cale en 1992, ce mastodonte d’environ 180 mètres de long pour 18 mètres de large afficherait un déplacement de près de 24.000 tonnes en plongée. Ce qui en fait le plus gros sous-marin au monde après le Dimitriy Donskoy (173 mètres de long, 23 mètres de large, 26.500 tonnes en plongée), dernière unité du type Typhon dont dispose la flotte russe.

Construit par le chantier Sevmash de Severodvinsk, qui donne sur la mer Blanche, le Belgorod (K-329) a été mis à l’eau en avril 2019. Armé par plus de 100 marins, il est équipé de deux réacteurs nucléaires et deux lignes d’arbres. Sa vitesse, comme les Oscar II, pourrait dépasser 30 nœuds et sa profondeur d’immersion 500 mètres. Mais ce sont surtout ses capacités spéciales qui inquiètent les pays occidentaux. Comme d’autres sous-marins avant lui, tels l’Orenburg (un ex-SNLE du type Delta III) converti au milieu des années 90 et le Podmoskove (ex-Vladimir du type Delta IV) remis à l’eau après transformation en 2015, le Belgorod peut notamment embarquer sous son ventre un sous-marin auxiliaire également à propulsion nucléaire. Un type d’engin dont la Russie aurait construit au moins sept exemplaires de 53 à 70 mètres des types Uniform (années 80 et 90), Paltus (années 90) et Losharik (années 2000). Capables de plonger à plus de 1000 mètres, ces petits sous-marins sont conçus pour les opérations spéciales et les interventions sur le fond de la mer. On leur prête notamment la capacité de disposer de moyens leur permettant de couper des câbles sous-marins.

 

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© DR

Le Losharik (© : DR) 

 

Mais le Belgorod ne s’arrête pas là. Il peut aussi mettre en œuvre différents types d’engins sous-marins, du mini-submersible de sauvetage aux drones, en passant par des véhicules destinés aux commandos. Le nouveau K-329 est aussi conçu pour mettre en œuvre une demi-douzaine de torpilles autonomes Poseidon (nom officiellement donné par la Russie en 2018, elle est aussi appelée Status-6 ou Kanyon par l’OTAN) dotées d’une charge nucléaire et qui auraient une autonomie intercontinentale. Une arme longue d’environ 24 mètres capable de provoquer des tsunamis et qui n’est pas sans rappeler le projet de torpille nucléaire T-15. D’un gabarit voisin, cette arme avait été imaginée au début des années 50 pour équiper le premier sous-marin soviétique à propulsion nucléaire, le K-3, issu du projet 627 (nommé November par l’OTAN). A l’époque, l’URSS ne dispose pas de missile balistique capable d’atteindre les Etats-Unis. L’idée est donc de porter le feu nucléaire en territoire américain au moyen d’une torpille lancée par un sous-marin. Mais celui-ci doit s’approcher très près de sa cible puisque l’arme présente une portée de quelques dizaine de kilomètres. Le K-3 devait emporter une unique T-15, qui compte tenu de sa taille aurait occupé l’essentiel de la partie avant du sous-marin, et pour son autodéfense seulement deux tubes classiques pour torpilles conventionnelles (sans réserves). Mais le projet T-15 est abandonné et le K-3, lancé en 1957, est finalement équipé de huit tubes de 533 mm avec un total de 20 torpilles. Une torpille beaucoup plus petite que la T-15 et équipée d’une charge atomique réduite, la T-5, est néanmoins développée dans les années 50 et embarquée par des sous-marins soviétiques. D’autres armes auraient ensuite vu le jour.

La grande différence, avec le projet Poseidon, est qu’il s’agit cette fois d’une torpille dronisée à très grand rayon d’action, qui permettrait au sous-marin de déployer ses armes à distance de sécurité des moyens anti-sous-marins adverses. Avec ensuite un vecteur potentiellement très discret et beaucoup plus furtif qu’un sous-marin, donc très difficile à détecter et neutraliser. Surtout si ladite torpille peut évoluer profondément.

En dehors du Belgorod, le système Poseidon devrait équiper les nouveaux sous-marins spéciaux du Projet 09851, dont deux unités sont actuellement en construction à Severodvinsk (Khabarovsk et Ulyanovsk). Ces bâtiments à propulsion nucléaire seraient une version plus courte des nouveaux SNLE russes du type Borei. Ils mesureraient 120 mètres de long et afficheraient un déplacement d’environ 10.000 tonnes.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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