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Le gouvernement américain a fait savoir en fin de semaine dernière, via la Defense Security and Cooperation Agency (DSCA), qu’il avait approuvé la vente potentielle d’avions de patrouille maritime P-8A Poseidon à l’Allemagne. L’approbation porte sur l’acquisition de cinq appareils, de leurs équipements et de prestations de formation et de soutien pour un montant total d’1.7 milliard de dollars. Une annonce qui ne signifie pas que Berlin fera inévitablement l’acquisition de P-8, mais qui jette forcément un certain trouble sur le projet franco-allemand MAWS (Maritime Airborne Warfare System).

Ce dernier, initié en 2018 pour étudier le remplacement des 22 Atlantique 2 français et des 8 P-3C Orion allemands, fait depuis quatre mois l’objet d’un premier contrat d’étude. Le problème est que, si 18 des actuels avions de patrouille maritime français sont modernisés pour voler jusque dans les années 2030, leurs homologues allemands ne le seront finalement pas. Une décision prise l’été dernier pour des questions techniques et budgétaires. Ce qui implique un retrait du service des huit P-3 de la Bundeswehr dès 2024/25 alors que MAWS ne pourra être opérationnel avant 2032. Les Allemands ne se sont pas retirés du projet mené avec les Français mais ont annoncé chercher une « solution intérimaire ». Parmi elles, celle qui est considérée comme la plus menaçante pour MAWS est une location ou a fortiori un achat de P-8 américains car dans ce cas, l’avion américain (par ailleurs déjà vendu au Royaume-Uni et à la Norvège) aurait toutes les chances de devenir une solution durable. 

Dans le cadre de leur recherche d’une solution intérimaire, les Allemands ont lancé des consultations sur différents appareils susceptibles de correspondre à leurs besoins. La plupart se discute discrètement mais d’autres doivent faire l’objet de procédures publiques, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou tout projet d'exportation de matériel militaire est soumis à approbation de l’administration américaine puis du Congrès, qui a été notifié dans la foulée de la décision de la DSCA d’une possible vente de P-8 à l’Allemagne.  Il faut donc peut-être voir d’abord dans l’annonce de la semaine dernière la résultante d’une démarche commerciale globale. Cela alors que Berlin a d’autres options sur la table pour répondre à son besoin intérimaire, comme le C295 d’Airbus, le prêt par la France d’Atlantique 2 rénovés ou encore une solution basée sur des Falcon de Dassault, qui pourraient ensuite servir d’avions de surveillance maritime, capacité qui fait aujourd’hui défaut à la marine allemande.

Il n’en reste pas moins qu’après quatre années d’administration Trump, marquées par un désengagement en Europe, l’arrivée de Joe Biden sonne le retour de l’intérêt américain pour le vieux continent, sur le plan stratégique mais aussi comme déboucher majeur pour ses industries de défense, au profit desquelles Washington se montre maintenant très offensif. Certains pays européens - dont l’Allemagne - qui se reposent traditionnellement sur les Etats-Unis pour leur défense et se montraient très inquiets du désintérêt américain ces dernières années, seront sans doute tentés de succomber aux sirènes de la nouvelle administration Biden pour consolider le lien transatlantique. Inversement, la France, qui a tenté de profiter du retrait initié par Donald Trump pour donner un coup d'accélérateur à l'Europe de la défense, risque de déchanter. En particulier avec l’Allemagne, sur laquelle Emmanuel Macron a beaucoup misé en la matière.  

Or, la situation est déjà devenue très compliquée sur certains des projets mis en route, à commencer par le système de combat aérien futur (SCAF) qui doit assurer la succession du Rafale et de l’Eurofighter, mais aussi maintenant sur la nouvelle version de l’hélicoptère de combat franco-allemand, le Tigre Mk3, à la place duquel Washington propose à Berlin des Apache. Dans ce contexte, tout ce qui tourne autour des projets franco-allemands, en particulier MAWS, est scruté de près et sujet à de multiples interprétations.

Quoiqu’il en soit, pour l’heure, les études autour de MAWS se poursuivent sur un plateau commun franco-allemand installé chez Thales en région parisienne. Cela dans le cadre du premier volet d’une étude d’architecture notifiée en novembre dernier. Le volet suivant, qui associera les avionneurs en lice (Airbus et Dassault) doit normalement débuter en octobre en vue d’achever l’étude de faisabilité fin 2022 pour permettre aux deux pays de prendre une décision parmi les solutions proposées.

- Voir notre article détaillé sur MAWS

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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