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Après plusieurs années de négociations, la France et l’Arabie Saoudite ont, enfin, trouvé un accord sur la modernisation des quatre frégates du type Madina et des deux pétroliers-ravitailleurs du type Boraida réalisés dans les années 80 au titre du programme Sawari I.  Baptisé LEX (pour « Life Extension »), ce marché, évalué à plus d’1 milliard d’euros, a, selon nos confrère de La Tribune, été signé au mois d’août.

C’est ODAS (ex-SOFRESA), la société française chargée de gérer les contrats d’Etat à Etat entre la France et l’Arabie Saoudite, actuellement dirigée par l’amiral Alain Oudot de Dainville, ancien chef d’Etat major de la Marine nationale (2005 - 2008), qui est maître d’œuvre du programme. DCNS et Thales sont les deux principaux industriels français à bénéficier du contrat, qui devrait prendre effet au mois de septembre.

Il s’agit de moderniser les quatre frégates du type F2000 (Madina, Hofouf, Abha, Taïf), construites par DCNS à Lorient (pour la tête de série) et le défunt chantier CNIM de La Seyne-sur-Mer (les trois autres). Mis en service en 1985 et 1986, ces bâtiments de 115 mètres de long pour un déplacement de 2870 tonnes en charge peuvent atteindre la vitesse de 30 nœuds grâce à quatre moteurs diesels MAN Pielstick développant plus de 23 MW. Leur armement comprend 8 missiles antinavire Otomat Mk2, un système surface-air Crotale (8 missiles en batterie et 16 en soute), une tourelle de 100mm, deux tourelles doubles de 40mm et quatre tubes de lancement pour des torpilles du type F17P.

 

 

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© BERNARD PREZELIN

La frégate saoudienne Hofouf, du type F2000 (© BERNARD PREZELIN)

 

 

Les quatre F2000 de la classe Madina

 

 

Afin de pouvoir être exploités une quinzaine d’années encore, ces bâtiments vont bénéficier d’une remise à niveau complète portant notamment sur l’électronique, fournie essentiellement par Thales (les F2000 comptent notamment un radar Sea Tiger, dérivé du DRBV-15 C et une conduite de tir Castor). Le système de combat, du type Tavitac, a été développé à l’époque par Thales mais est aujourd’hui maintenu par DCNS depuis l’absorption des activités françaises de l’électronicien par le groupe naval en 2007. Thales, dont la part du contrat d’élèverait à près de 200 millions d’euros, devrait également moderniser les moyens de détection sous-marine des frégates, qui disposent d’un sonar de coque et d’une antenne remorquée. Il en sera de même pour le système Crotale, qui sera probablement mis au dernier standard, le VT1. Concernant le reste de l’armement, les Saoudiens pourraient décider de remplacer la tourelle de 100mm par un canon de 76mm, plus récent et équipant déjà les frégates du type F3000 (contrat Sawari II), réalisées par DCNS et mises en service entre 2002 et 2004. On peut également s’interroger sur le remplacement des Otomat par des Exocet MM40, ce qui présenterait là aussi l’avantage d’harmoniser les équipements de la marine saoudienne. Aucun industriel impliqué dans le projet ne souhaitant pour le moment s’exprimer, il ne s’agit là, cependant, que de suppositions. De même, il parait logique que les torpilles F17, de conception maintenant anciennes, soient remplacées par de nouvelles MU90 développées par DCNS, Thales et l’Italien WASS. 

 

 

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© BERNARD PREZELIN

Le pétrolier-ravitailleur saoudien Yunbou (© BERNARD PREZELIN)

 

 

Les deux pétroliers-ravitailleurs de la classe Boraida

 

 

Le programme LEX porte, par ailleurs, sur la modernisation des pétroliers-ravitailleurs Boraida et Yunbou, construits par les anciens chantiers de La Ciotat et mis en service en 1984 et 1985. Version compacte des Durance de la marine française, ces navires de 135 mètres de long et 10.940 tonnes de déplacement en charge disposent d’un portique permettant de ravitailler simultanément en combustible et charges lourdes deux bâtiments à la mer. Capables d’embarquer 4350 tonnes de gasoil, 350 tonnes de carburant aviation, 100 tonnes de munitions, 70 tonnes de pièces de rechange, 140 tonnes d’eau et 100 tonnes de vivres, ils abritent des ateliers pour la réparation de matériels. Les différentes installations des navires, ainsi que leur électronique, seront remis à neuf, les moyens d’autodéfense devant être renforcés avec l’installation de systèmes surface-air Simbad RC. Ce lanceur télé-opéré  conçu par MBDA et doté de deux missiles Mistral prêts à l’emploi complètera l’artillerie dont disposent déjà ces bâtiments (deux tourelles doubles de 40mm et des mitrailleuses).

 

 

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© MARINE NATIONALE

Le Yunbou naviguant entre le Georges Leygues et le Dixmude, en 2012 (© MARINE NATIONALE)

 

 

Les travaux réalisés à Djeddah

 

 

Si la première modernisation des Madina et Boraida s’est déroulée en France entre 1995 et 2000, dans le cadre du contrat Mouette, les six bâtiments seront, cette fois, remis à niveau en Arabie Saoudite. Les travaux, qui devraient être achevés d’ici 2019, seront menés à Djeddah avec l’assistance technique française. A ce titre, le programme LEX comporte un important volet de transfert de technologie et de formation auprès des partenaires saoudiens qui seront impliqués dans le projet. De plus, DCNS devrait également conseiller les Saoudiens pour la rénovation des moyens de maintenance et de réparation de la base navale de Djeddah.

On notera, enfin, qu’un contrat additionnel de 150 millions d’euros environ aurait été signé en vue de la mise à niveau de certains équipements des trois frégates du type F3000 (Al Riyadh, Makkah, Al Dammam).

 

 

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© DCNS

Les frégates saoudiennes Al Riyadh et Al Dammam, du type F3000  (© DCNS)

 

 

Un tremplin pour Sawari III ?

 

 

La conclusion positive de ces différents contrats est une excellente nouvelle pour les industriels tricolores, pour lesquels l’Arabie Saoudite est un client majeur et historique. Les Français sont d’ailleurs en lice dans le cadre du projet de nouvelles frégates envisagé par Ryad. A ce titre, DCNS et Thales, via ODAS, proposent une version musclée de la nouvelle frégate multi-missions (FREMM) française, avec notamment, comme modèles proposés, la FREMM ER (Extended Range), dotée d’une mâture unique avec un radar à quatre faces planes Sea Fire 500 développé par Thales et offrant, avec les missiles Aster de MBDA, une défense aérienne de premier ordre, y compris contre des menaces balistiques. Ce projet, connu dans l’Hexagone sous le nom de Sawari III, fait l’objet depuis plusieurs années de négociations avec les Saoudiens, que d’autres groupes internationaux tentent aussi de séduire. Le lauréat devra être en mesure de proposer un important transfert de technologie afin que les futures frégates soient réalisées en Arabie Saoudite. De ce fait, en plus des performances remarquables de la FREMM, dont le premier exemplaire a été livré à la marine française en décembre 2012, le programme LEX est un atout pour DCNS, qui va accompagner les Saoudiens dans la modernisation de leurs bâtiments et des infrastructures portuaires de Djeddah. Le groupe français peut, de plus, faire légitimement valoir un beau savoir-faire sur les transferts de technologie, qu’il s’agisse de la construction à Singapour de cinq frégates du type Delta ou encore au Brésil de quatre sous-marins du type Scorpène.  Une expérience dont bien peu de ses concurrents peuvent se targuer.  

 

 

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© DCNS

FREMM ER  (© DCNS)

 

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