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Le ministère de la Défense a confirmé hier sa volonté de voir le site DCNS de Lorient construire 11 frégates multi-missions, alors que les conclusions du Livre Blanc sur la Défense faisaient craindre une réduction de la série à 8 unités seulement (en plus de la frégate marocaine Mohammed VI, première FREMM vendue à l’export). Une bonne nouvelle qui n’est cependant pas acquise et mérite quelques précisions. D’abord, ces 11 FREMM ne seront pas forcément, comme cela était jusqu’ici prévu, destinées à la Marine nationale. Le Livre Blanc réduit en effet le format des frégates de premier rang de la flotte française à 15 unités au lieu de 18. Il y a alors deux possibilités. Soit, en plus des deux nouvelles Horizon (Forbin et Chevalier Paul, mises en service en 2010 et 2011), les cinq La Fayette (1996 – 2001) sont maintenues comme frégates de premier rang et la Marine nationale ne recevra alors que 8 FREMM pour atteindre l’objectif de 15 bâtiments prévu à l’horizon 2025. Soit tout ou partie des La Fayette (FLF) seront, d’ici là, déclassées ou même désarmées (la première La Fayette aura 25 ans en 2021), sachant que pour être maintenues, ces frégates doivent être modernisées, avec notamment l’ajout d’un sonar. Seules deux ou trois FLF pourraient être refondues et, en jouant avec le départ ou le déclassement en frégates de second rang des autres, ainsi que l’étalement du programme FREMM, 11 frégates multi-missions pourraient bel et bien être livrées à la marine française. Cité hier par Ouest France, Jean-Yves Le Drian a rappelé que le nouveau rythme de production des FREMM n’était pas encore acté. On se doute cependant qu’il sera probablement ralenti, même si le ministre de la Défense a précisé qu’il serait « calibré pour qu’il n’y ait aucune rupture de la chaîne de production ». Pour mémoire, le calendrier actuel fixe à 2022 la livraison de la dernière des 11 FREMM françaises.

 

 

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© DCNS

FREMM en achèvement à Lorient (© : DCNS)

 

 

L’export pour combler un éventuel déficit ?

 

 

Jean-Yves Le Drian n’a en revanche donné aucun détail quant au(x) destinataire(s) des futures FREMM, dont la tête de série, l’Aquitaine, a été livrée en décembre à la Marine nationale. Ces 11 bateaux seront-ils tous français ? Au ministère, on ne donne pas de réponse. « Il est trop tôt pour entrer dans les détails. Il faut attendre la loi de programmation militaire, qui découle du Livre Blanc et sera présentée cet été en Conseil des ministres ». En annonçant d’ores et déjà le maintien de la construction de 11 FREMM, Jean-Yves Le Drian s’est, en fait, peut-être un peu avancé. Ou il s’est du moins exprimé trop tôt dans le processus qui aboutira au vote de la LPM. Car, entre la volonté du ministre, les travaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, où les parlementaires amenderont le projet du gouvernement et voteront le texte final, ainsi que les arbitrages de Bercy et de l’Elysée, rien n’est encore écrit dans le marbre. Une mauvaise surprise est donc toujours possible, surtout que l’on parle d’un programme s’étalant sur une décennie et normalement trois législatures. Sans préjuger de l’état des finances publiques dans les prochaines années, au cas où une pirouette basée sur l’ajustement du nombre de La Fayette et le cadencement du programme FREMM ne passerait pas, il ne resterait plus qu’à miser sur l’export pour maintenir le plan de charge à Lorient. A ce titre, les perspectives sont relativement limitées puisque la plupart des clients potentiels de la nouvelle frégate de DCNS veulent, en cas de contrat, réaliser les bâtiments dans leurs propres pays via un transfert de technologie. Parmi les rares possibilités restantes de réaliser des bateaux à Lorient, il y a le Maroc, premier client export de la FREMM, qui prendra livraison du Mohammed VI cette année et pourrait être tenté par l’achat d’un second bâtiment. Mais, pour cela, il faudrait que le royaume puisse financer cet achat, ce qui ne semble pas évident. Et puis il y a la Grèce, avec ce fameux projet de location à long terme de deux frégates, prélevées sur les unités françaises. Une idée intéressante, toujours à l’étude, mais qui se heurte à des problèmes juridiques très complexes. Surtout en ce qui concerne l’armement, la location à un autre pays de missiles et autres torpilles n’étant légalement pas simple.

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