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Alors que les conclusions du nouveau Livre Blanc sur la Défense doivent être présentées aujourd'hui, il n’est pas inutile de rappeler l’ensemble des programmes et commandes que la Marine nationale espère voir mis sur les rails au cours de la prochaine loi de programmation militaire. Une LPM qui couvre la période 2014 – 2019 et dont le contenu sera justement conditionné par les travaux du Livre Blanc, et bien entendu par les moyens financiers dont dispose la France. Au-delà des effectifs, qui seront sans doute amenés à évoluer, il est intéressant de rappeler que de nombreux programmes d’équipements sont en cours ou doivent être lancés d’ici 2020.

 

 

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© DCNS

Vue d'un SNA du type Barracuda (© : DCNS)

 

 

Mener à bien le programme Barracuda

 

 

Deux programmes navals majeurs ont déjà été lancés et sont en cours d’exécution. Il s’agit des six sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda et des onze frégates multi-missions (FREMM). Concernant les SNA, les trois premiers sont en construction à Cherbourg, la tête de série, le Suffren, devant effectuer ses premiers essais en mer en 2016 pour une livraison l’année suivante. La commande du quatrième bâtiment de ce type, initialement prévue cette année, a été reportée et, si elle n’est pas notifiée l’an prochain, DCNS pourrait connaître d’importantes difficultés sur son site de Cherbourg. Reste que ce programme, même s’il subit des glissements, devrait être préservé car toucher aux SNA implique un risque d’affaiblissement de la crédibilité de la dissuasion nucléaire. Ces bâtiments sont, en effet, non seulement chargés de protéger les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), mais ils leur fournissent également un vivier d’équipages. Destinés à remplacer les 6 Rubis (1983 – 1993), dont la durée de vie a été prolongée dans l’attente de leurs successeurs, les Barracuda apporteront en outre de nouvelles capacités militaires avec l’emploi de missiles de croisière, capable de neutraliser des cibles situées loin dans le territoire adverse.

 

 

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© MICHEL FLOCH

SNLE du type Le Triomphant (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Moderniser les SNLE et prévoir leur remplacement

 

 

La dissuasion nucléaire ayant d'ores et déjà été sanctuarisée par François Hollande, la modernisation de la Force océanique stratégique va se poursuivre. La mise au standard des trois premier SNLE du type Le Triomphant sur le modèle du Terrible (nouveau missile balistique M51, nouveau système de combat, nouveaux sonars…), mis en service en 2010, avance. Le Vigilant (2004) vient de sortir de refonte et le chantier va ensuite concerner Le Triomphant (1997) et Le Téméraire (1999). Mais ce programme de modernisation à peine achevé, il faudra lancer un programme majeur, celui de la succession de ces SNLE à l’horizon 2025/2030, militaires et industriels devant entrer dans le dur des études à partir de 2015.

 

 

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© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE

Le porte-avions Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Pas de second porte-avions mais le Charles de Gaulle à moderniser

 

 

Pour ce qui est de la flotte de surface, la construction d’un second porte-avions est aujourd’hui abandonnée, faute de moyens financiers. Marins et politiques se sont rangés à l’idée qu’il valait mieux attendre la fin de vie du Charles de Gaulle (qui n’interviendra toutefois qu’en 2035/2040) pour lancer un nouveau programme et, si possible, bénéficier alors de deux plateformes neuves réalisées coup sur coup. D’ici là, il peut évidemment se produire un certain nombre d’évènements ou d’évolutions géopolitiques ou stratégiques amenant à reconsidérer la question. Reste qu’il faudra trouver les crédits pour assurer la modernisation à mi-vie du Charles de Gaulle (2001), qui doit intervenir au cours de son second arrêt technique majeur, prévu vers 2017, c'est-à-dire au cours de la prochaine LPM. Si le porte-avions n'est pas trop sollicité dans les prochaines années, cette date pourrait toutefois glisser, le potentiel des réacteurs nucléaires (et donc le moment de leur rechargement) étant l'élément clé du calendrier.

 

 

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© DCNS

La FREMM Aquitaine (© : DCNS)

 

 

Les FREMM menacées ?

 

 

Du côté des frégates, toutes les FREMM sont aujourd’hui commandées. La tête de série, l’Aquitaine, sera admise au service actif cette année et ses trois premiers sisterships sont en cours de construction sur le site DCNS de Lorient. L’Aquitaine doit compter 8 jumelles, des plateformes dotées de puissantes capacités anti-sous-marines et destinées à remplacer les frégates du type F67 et F70 ASM, mises en service entre 1977 et 1990. Mais la marine aura sans doute du mal à conserver intact ce programme. D’abord, sur le papier, il est question d’un remplacement nombre pour nombre des 7 F70 ASM et de 2 F67. Or, après le Tourville en 2010, le De Grasse, dernière survivante du type F67, sera retirée du service début mai. Même avec l’arrivée de l’Aquitaine, le différentiel reste d’une unité. Quant aux F70, certains estiment que le Georges Leygues (dont la retraite sera prononcée cette année également), qui n’a pas été modernisé comme ses 6 cadets, ne peut être considéré aujourd’hui comme une véritable frégate de premier rang. De plus, la disponibilité des nouvelles FREMM devrait être bien supérieure à celle de leurs aînées. Des arguments pertinents face auxquels la marine rappelle que les enjeux maritimes vont croissant et que la flotte n’a jamais été aussi sollicitée, ce qui est parfaitement vrai. Pas sûr néanmoins que cela suffise à convaincre Bercy et à emporter la décision au sein d’arbitrages très douloureux au sein des armées.

 

 

La frégate Chevalier Paul (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La question des FREDA

 

 

En plus des 9 Aquitaine se pose dans le même temps la question des deux dernières FREMM, en fait des unités dérivées conçues pour la défense aérienne et appelées FREDA. Elles doivent remplacer en 2021 et 2022 les Cassard (1988) et Jean Bart (1991) du type F70 AA, dont il faut rappeler que la conception du système d’armes principal, le missile SM-1-MR, date des années 60 et ne saurait être comparé, en termes d’efficacité, au nouveau missile Aster. La marine ne comptant actuellement que deux autres frégates de défense aérienne, les nouvelles Forbin (2010) et Chevalier Paul (2011) du type Horizon (dont les deux sisterships initialement prévus ont été justement remplacés par les FREDA pour des questions de coûts), la réalisation de deux nouvelles unités de défense aérienne parait essentielle afin que la marine ait un minimum de moyens se protéger des attaques d’avions et de missiles. Mais, là aussi, rien ne semble acquis et il ne serait pas à exclure que le programme FREMM/FREDA soit une nouvelle fois amputé, après avoir déjà perdu 6 bâtiments (et même 8 si l’on compte les Horizon 3 et 4 abandonnés) en 2008. Ces dernières semaines, les bruits de coursive évoquaient un abandon des deux FREDA et d'une FREMM, avec la possibilité que deux des 8 frégates restantes disposent, en plus de leurs capacités anti-sous-marines, de moyens renforcés pour la défense aérienne.

 

 

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© MICHEL FLOCH

Aviso du type A69 (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Besoin urgent de patrouilleurs

 

 

Du côté des patrouilleurs, la situation devient très préoccupante. Alors que les 4 derniers des 10 bâtiments du type P400 vont être bientôt désarmés, il en sera de même, bientôt, pour l’Arago (1991) et l’Albatros (1967). L’intégration du Malin, un ancien palangrier saisi en flagrant délit de pêche illicite et laborieusement transformé en patrouilleur, ainsi que la mise à disposition pour trois ans (2012 – 2015) de L’Adroit par DCNS, sont loin de combler le trou capacitaire, qui va s’élargir d’ici la fin de la décennie. Car il faut compter avec le retrait du service des 9 derniers avisos du type A69 (1980 – 1984). Un programme de remplacement, celui des bâtiments de surveillance et d’intervention maritimes (BATSIMAR) doit normalement être lancé au cours de la prochaine LPM. La marine souhaitait 18 patrouilleurs hauturiers de ce type afin de remplacer ses vieux patrouilleurs, ses avisos mais aussi les 6 frégates de surveillance du type Floréal (1992 – 1994), qui arriveront en fin de vie au début de la prochaine décennie. Moyennant quoi, là aussi, la cible semble inatteignable. Le programme pourrait être réduit à une douzaine d’unités seulement et renvoyé à la prochaine LPM, ce qui signifie un prolongement probable des avisos et, éventuellement, des commandes de petits navires pour l’outre-mer.

BATSIMAR constitue en tous cas un enjeu crucial pour le maintien de la souveraineté sur l’énorme espace maritime français à travers le monde. Dans les territoires ultramarins, il faut également compter avec le désarmement rapide des trois derniers bâtiments de transport légers (Batral), qui vont être remplacés par trois à quatre nouveaux bâtiments multi-missions (B2M), patrouilleurs hauturiers dont la commande est prévue cette année pour une livraison en 2015.

 

 

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© MICHEL FLOCH

Un chasseur de mines tripartite (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Nouveaux moyens de guerre des mines

 

 

La prochaine LPM doit, par ailleurs, entériner si le budget est disponible le lancement du programme de renouvellement des moyens de guerre des mines. La marine compte pour le moment 11 chasseurs de mines tripartites (CMT), dont 10 ont été mis en service entre 1984 et 1987, le dernier étant entré en flotte en 1996. Il s’agit de remplacer ces CMT par de nouveaux moyens axés sur l’emploi de drones de surface et sous-marins. A ce titre, une demi-douzaine de bateaux-mères pourrait être réalisée. Dans cette perspective, les expérimentations se poursuivent avec le programme de recherche ESPADON, qui a notamment pour but de déterminer la faisabilité et l’efficacité d’un système de guerre des mines automatisé.

 

 

Le BPC Dixmude (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Un quatrième BPC attendu

 

 

Dans le domaine amphibie, trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) sont désormais en service : le Mistral (2006), le Tonnerre (2007) et le Dixmude (2012). Il en reste normalement un quatrième, dont la commande est sensée intervenir à la fin de la décennie pour remplacer le dernier transport de chalands de débarquement français, le Siroco, qui date de 1998. La batellerie mise en œuvre par ces bâtiments vient d’être partiellement renouvelée avec la mise en service de quatre engins de débarquement amphibie rapide (EDAR). Quatre autres étaient initialement prévus mais leur commande a été repoussée, la marine devant compléter ses nouveaux moyens avec ses vénérables chalands de transport de matériel, construits entre 1983 et 1992.

 

 

Le ravitailleur Somme (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Remplacer la flotte logistique et de soutien

 

 

La prochaine loi de programmation militaire doit, par ailleurs, voir le remplacement des bâtiments de ravitaillement du type Durance, dont il reste quatre exemplaires (1980 – 1990). Dans le cadre du programme Flotte Logistique (FlotLog), la construction de quatre nouveaux navires polyvalents est prévue à partir de 2015. Il s'agit là d'un projet majeur puisque de ces bâtiments dépend la capacité de projection du groupe aéronaval.

Enfin, de nombreuses unités de soutien, comme les remorqueurs, doivent être remplacées. Une partie le sera dans le cadre du programme BSAH (bâtiment de soutien et d’assistance hauturier), dont la notification a été inscrite fin 2012 dans le projet de loi de finances 2013.

 

 

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© MARINE NATIONALE - ALAIN MONOT

Caïman Marine et Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

 

L’aéronautique navale

 

 

La marine, c’est aussi l’aéronautique navale et, dans ce domaine, le besoin de renouvellement est également important. La modernisation de la chasse embarquée sur le porte-avions est en cours, les Rafale remplaçant progressivement les Super Etendard Modernisés, dont les derniers exemplaires doivent prendre leur retraite en 2015. A ce jour, Dassault Aviation a livré 37 Rafale à la Marine nationale, soit les deux tiers du parc commandé (58 appareils). Une dotation déjà bien moindre que les plans initiaux (plus de 80 avions) et qui parait difficilement pouvoir être réduite dans la mesure où le Charles de Gaulle embarque une trentaine d’appareils et qu’en parallèle il faut prendre en compte les besoins liés à l’entrainement, les indisponibilités pour maintenance et le taux d’attrition (4 Rafale Marine ont déjà été perdus accidentellement, dont 2 lors d'un vol d'essais de la DGA).

 

 

Rafale et SEM sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Pour la patrouille maritime, le programme de modernisation des Atlantique 2 doit être notifié cette année, mais le manque de budget pourrait ramener le programme à une douzaine d’avions seulement (contre une vingtaine). Les incertitudes sont encore plus fortes concernant le  remplacement des 4 Falcon 50 et 4 Falcon 200 (Gardian), ces derniers arrivant en bout de course. Faute de moyens, le programme AVSIMAR (avions de surveillance et d’intervention maritime) n’a toujours pas été lancé. En attendant, quatre anciens Falcon gouvernementaux vont être transformés en avions de surveillance maritime et versés à l’aéronautique navale à partir de cette année.

 

 

Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Falcon 50 (© : DASSAULT AVIATION)

 

Gardian (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Dans le domaine des hélicoptères, 27 Caïman Marine (NH90 NFH) doivent être livrés à la marine française afin de remplacer les Super Frelon (retirés du service en 2010) et les Lynx (22 encore en parc). Fin 2012, 7 Caïman avaient été livrés, jusqu’à 4 autres devant l’être cette année. En attendant que les flottilles soient suffisamment conséquentes, la 32F fonctionne temporairement, depuis 2010, avec 2 EC225. Certains marins se montrent inquiets pour le programme Caïman, même si les 27 machines commandées constituent un parc là aussi très restreint pour assurer le déploiement de détachements aériens sur les bâtiments, à commencer par les frégates, le transport opérationnel et le sauvetage en mer.

 

 

Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Enfin, alors que les 16 Panther doivent être modernisés (avec notamment la capacité de mettre en œuvre le nouveau missile antinavire léger), il conviendra d’ici la fin de la décennie de voir comment les vénérables Alouette III (22 encore en parc) seront remplacées. A ce titre, un nouveau programme interarmées d’hélicoptère léger est sensé voir le jour mais, là aussi, les crédits font défaut et, pour le moment, ce projet n’a pas été érigé au rang de priorité.

 

 

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© MARINE NATIONALE

Panther (© : MARINE NATIONALE)

 

Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

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