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Toujours pas de décision quant à la rénovation à mi-vie (RMV) des frégates de défense aérienne franco-italiennes du type Horizon, dont deux exemplaires (Andrea Doria et Caio Duilio) ont été livrés en 2008 et 2009 par Fincantieri à la Marina militare et deux autres (Forbin et Chevalier Paul), construits par Naval Group, sont en service dans la Marine nationale depuis 2010 et 2011.

A l’été 2020, un contrat d’études a été notifié par l’OCCAR à Naviris, la société commune de Fincantieri et Naval Group, dans la perspective de donner de l’activité à cette initiative industrielle franco-italienne et nouer un nouveau partenariat européen. Mais faire converger les calendriers, les besoins et les budgets programmés par les deux pays pour ce projet est extrêmement compliqué. Alors que les Italiens comptent lancer cette RMV rapidement, avec une modernisation de moyenne ampleur permettant de conserver des crédits pour la commande de deux nouveaux croiseurs lance-missiles à partir de 2023, les Français ont d’autres échéances et contraintes. Ils prévoient en effet de débuter la refonte de leur première Horizon vers 2027/28, et ce programme doit aussi tenir compte de la modernisation des capteurs du porte-avions Charles de Gaulle, qui débutera à la même période son troisième et dernier arrêt technique majeur. Un chantier au cours duquel devraient notamment être remplacés le radar de conduite de tir Arabel et le radar de veille DRBV-26D. L’idée est donc pour la France de mutualiser autant que possible les coûts de développement et les achats d’équipements, ainsi que le dérisquage des modifications, entre la RMV Horizon et l’ATM 3 du Charles de Gaulle.

Une éventuelle coopération franco-italienne se heure ensuite au choix des équipements électroniques, chaque pays poussant évidemment ses industriels nationaux. Si la question du radar de veille lointaine (LRR) SMART-L de Thales Nederland équipant actuellement les Horizon franco-italiennes ne pose pas de problème, les réflexions portant sur sa modernisation ou son remplacement par la nouvelle version SMART-L MM, la succession du radar de conduite de tir EMPAR (Leonardo) est beaucoup plus épineuse. Pour les Italiens, la question est pour ainsi dire déjà tranchée : ce sera un nouveau radar de la famille Kronos Grand Naval, évolution de l’EMPAR. Côté Français en revanche, on aimerait bien disposer à la place du nouveau radar Sea Fire développé en Thales France et qui a été retenu pour les cinq futures frégates de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale. Cela, dans sa version à quatre panneaux fixe, mais cette solution impliquerait une lourde modification de la structure des frégates Horizon au niveau du mât principal. Une intervention peut-être trop coûteuse pour le budget disponible. Mais Thales propose une alternative avec la version tournante du Sea Fire.

Côté système de combat, là aussi les choses sont compliquées. Alors que le CMS de Horizon est le fruit d’une coopération entre Naval Group et Leonardo (à l’époque Finmeccanica), chaque industriel joue des coudes pour proposer son propre produit, notamment le SETIS 3 français, qui aurait l’avantage d’homogénéiser les systèmes employés par les bâtiments de combat de la Marine nationale. Inversement, les Italiens peuvent être tentés de prendre le même chemin avec l'Athena de Leonardo. Le seul compromis potentiellement acceptable serait de rénover en coopération le système existant.

Côté armement, les deux pays sont d’accord sur un point : les Horizon italiennes et françaises verront leur système d'arme principal, le PAAMS, modernisé et devront être adaptées pour la mise en œuvre de la version navalisée du missile Aster Block1 NT, conçu pour la lutte contre des missiles balistiques d’une portée allant jusqu’à 1500 kilomètres et qui équipera les lanceurs terrestres de l’armée française et de son homologue italienne. MBDA via ses équipes françaises et italiennes porte ce sujet en lien avec Naval Group et Fincantieri. Le nombre de lanceurs Sylver (six pour 48 missiles Aster) ne devrait en revanche pas changer, contrairement aux Britanniques pour leurs destroyers du type 45, également dotés du PAAMS et qui vont recevoir en plus un système surface-air Sea Ceptor (24 missiles)

Pour le reste, chaque pays a déjà entrepris individuellement des évolutions sur ses frégates de défense aérienne. Les Français ont par exemple ajouté trois canons télé-opérés de 20 mm Narwhal (Nexter) pour améliorer l’autodéfense rapprochée des Forbin et Chevalier Paul, alors que les Italiens remplacent les tourelles Leonardo de 76 mm d’origine par le modèle STRALES, doté d’une conduite de tir intégrée pour la mise en œuvre d’obus guidés à longue portée DART.

 

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© GIORGIO ARRA

L'Andrea Doria en juin, avec des tourelles STRALES (© GIORGIO ARRA)

 

Les industriels italiens, qui sont en train de prendre l’ascendant sur leurs homologues français à l’export, entendent en tous cas aller vite et Rome pourrait prendre une décision quant au contenu de la refonte des Andrea Doria et Caio Duilio d’ici la fin de l’été. Ce qui laissera à la France le choix de suivre les options prises de l’autre côté des Alpes, ou mener indépendamment son programme de RMV. La coopération franco-italienne autour de la rénovation des Horizon risque donc de tourner court, ou bien d’être minimale. L’enjeu financier est toutefois majeur car les budgets anticipés sont très réduits (apparemment entre 500 et 800 millions d’euros pour les FDA françaises, tout compris). Par conséquent, si une coopération peut permettre de réduire la facture ou, pour le même prix, d’étendre le champ de la modernisation, l’argument financier peut être décisif.

La France n’entreprendra quoiqu'il en soit pas de travaux pharaoniques sur ses frégates de défense aérienne alors que leurs successeurs sont attendus à l’horizon 2040, avec des plateformes taillées pour la protection du porte-avions de nouvelle génération (PA-NG). L’enjeu consiste surtout à maintenir les capacités des FDA sur la dernière décennie de leur vie active, ces bâtiments étant conçus pour rester en service une trentaine d’années.

- Voir notre reportage réalisé fin 2016 à bord du Forbin

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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