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Avec la fin prochaine du programme de refonte des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins Le Triomphant (1996), Le Téméraire (1999) et Le Vigilant (2004), mis à niveau du dernier de la série, Le Terrible (2010), certains syndicats du site Naval Group de Brest s’inquiètent de la baisse de charge à venir. Environ 900 personnes sont encore mobilisées sur Le Téméraire, dont le chantier va s’achever l’an prochain. C’est le dernier bâtiment à bénéficier de ce programme appelé « IPER/Adaptation », car chaque SNLE bénéficie durant cette période des travaux classiques d’une indisponibilité périodique pour entretien et réparations (IPER), grande maintenance intervenant tous les 10 ans, ainsi qu’une modernisation comprenant notamment l’adaptation au missile balistique M51, qui succède au M45.

 

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© MARINE NATIONALE

SNLE en IPER à Brest ( © MARINE NATIONALE)

 

Pic de charge absorbé avec des effectifs « extérieurs »

« Durant l’IPER/adaptation des trois sous-marins nucléaires lanceurs d’engins réalisés depuis 2011 (Le Vigilant, Le Triomphant, Le Téméraire), le site Naval Group de Brest a connu un pic de charge qu’il a absorbé en faisant appel aux différents sites du groupe et en faisant appel à des entreprises sous-traitantes. A partir de 2019, date de fin de la dernière IPER/adaptation, le site retrouvera, avec le cycle classique des IPER de sous-marins, le niveau de charge qu’il a connu avant 2011 », explique la direction de Naval Group.

Ces IPER classiques mobiliseront entre 350 et 400 collaborateurs de l’entreprise, sur les 2700 que compte Naval Group entre la base navale de Brest, l’Ile Longue et le site du Froutven. Les effectifs mobilisés sur la maintenance des SNLE seront en fait à un niveau très proche de ce qui se pratique avec les IPER/adaptations, pour lesquelles ce sont donc les sous-traitants et des personnels détachés d’autres sites de Naval Group qui ont pour l’essentiel assuré le renfort nécessaire à ces opérations plus lourdes que les IPER traditionnelles.

Alors que Brest peut compter sur le maintien en condition opérationnelle (MCO) d’une bonne partie de la flotte de surface, même si Naval Group est fortement concurrencé sur les bâtiments peu armés, le site pourra aussi réaliser, à l’avenir, des périodes de maintenance intermédiaire des sous-marins nucléaires d’attaque, dont les IPER demeurent néanmoins réservées à Toulon, où ils sont basés.

 

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© MER ET MARINE- VINCENT GROIZELEAU

Le BPC Mistral, avant dernier navire réalisé à Brest ( © MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pas d’espoir de voir un retour de la construction neuve

Se pose également la question d’une participation à des programmes de constructions neuves. Brest n’a plus vocation à réaliser des navires, les derniers en date étant les bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, livrés en 2006 et 2007 à la Marine nationale. Alors que le portique de Laninon va être démantelé, l’outil industriel du site n’est plus adapté et ses deux grandes cales sèches réservées : le bassin 8 pour les maintenances de sous-marins et le bassin 9 pour les réparations d’urgence. En outre, elles seraient de toute façon trop petites pour le ou les futurs porte-avions français, la marine souhaitant une nouvelle plateforme plus grande que le Charles de Gaulle, dont le gabarit était au maximum des possibilités de Laninon. Cela étant, à Brest, certains nourrissent toujours l’espoir de pouvoir réaliser ce programme, en arguant de la présence des immenses formes de radoub du port de commerce. Mais il ne s’agit là que d’une illusion, ces équipements étant exploités par Damen pour la réparation navale. Le chantier n’est, de plus, pas équipé pour la construction de navires et, quoiqu’il en soit, ce n’est contractuellement plus possible. En effet, Naval Group et STX France ont discrètement signé en 2012 un accord stipulant que les chantiers de Saint-Nazaire sont dorénavant chargés de construire tous les navires militaires de plus de 8000 tonnes réalisés dans l’Hexagone. Cela inclut les porte-avions, mais aussi les bâtiments de type BPC ou encore les ravitailleurs. Dans ce dernier cas, le programme FLOTLOG des quatre futures unités logistiques de la marine doit être conduit en coopération avec l’Italie, qui apportera la base du design, sachant que la tête de série doit sortir des cales nazairiennes en 2022/2023.  

 

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© NAVAL GROUP

Anneaux de la FREMM Provence réalisés à Brest et acheminés à Lorient ( © NAVAL GROUP)

 

Production possible d’ensembles et d’équipements

La construction de bateaux, à Brest, est donc bien finie. « Il n'existe pas de projet de programme neuf à Brest pour la réalisation de bâtiments de surface », confirme la direction de Naval Group. Pour autant, celle-ci rappelle que le site breton peut quand même avoir des perspectives de charge dans ce domaine : « L'établissement de Brest peut néanmoins participer à la réalisation d'ensembles ou d'équipements pour des programmes de construction neuve de Naval Group ». C’est ce qui s’était produit au milieu des années 2000, lors du lancement du programme des frégates multi-missions, pour lequel Brest et Cherbourg, alors en sous-charge, avaient produit des anneaux de FREMM pour l’établissement de Lorient. Un scénario qui pourrait à l’avenir se reproduire, si bien entendu le carnet de commandes du groupe est suffisamment rempli. Ce pourrait être le cas dans les prochaines années, Naval Group ayant à l’export plusieurs projets de frégates, de corvettes et de patrouilleurs sur le feu. Brest pourrait aussi travailler au profit des sous-marins réalisés à Cherbourg. Pour ce qui est de FLOTLOG, sur lesquels lorgnent certains Brestois, il est vrai que Saint-Nazaire, qui a une collection de paquebots à produire en parallèle, devra peut-être sous-traiter une partie des coques. Mais la logique voudrait que ces sections soient plutôt produites chez Fincantieri, en passe de reprendre STX France, ou dans un pays à bas coûts, comme la Pologne. Pas sûr en effet, compte tenu du budget très serré alloué à ce programme, que Naval Group soit compétitif sur la simple production d’ensembles métalliques. En revanche, l’industriel aura sans doute des cartes à jouer sur la fin d’armement des navires, au minimum sur l’intégration des systèmes d’armes. Mais cela dépendrait de la charge de travail à Saint-Nazaire et du montage industriel retenu en fonction de l’économie des programmes.

 

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