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Compte tenu de la situation catastrophique que traverse le pays du Cèdre actuellement, le projet des nouveaux patrouilleurs de la marine libanaise, sur lequel la France s’est positionnée, est au point mort. Avant de reparler modernisation d’équipements, l’urgence est d’éviter un délitement des Forces Armées Libanaises qui subissent comme le reste du pays une très grave crise économique. Des cas de désertion commencent à être enregistrés alors que les FAL semblent avoir de plus en plus de mal à assurer la surveillance et la protection de l’espace maritime ainsi que les frontières du pays, notamment celle avec la Syrie.

A l’initiative de la France, et plus particulièrement du ministère des Armées, une  réunion internationale en visio-conférence va se dérouler ce jeudi avec les représentants de plus de 20 pays, ainsi que de l’Union Européenne et des Nations Unies, afin d’apporter une aide immédiate aux FAL. « Comme la population, l’armée libanaise est fortement touchée par la crise. On observe depuis plusieurs mois qu’elle éprouve des difficultés à faire face à ses besoins de base, notamment alimentaires et sanitaires, les salaires réels des militaires ayant baissé de 90% alors que l’inflation atteint 150%. Une grosse partie du budget des FAL étant consacré au traitement des personnels, elles n’arrivent pas à maintenir leurs équipements de façon satisfaisante. C’est d’autant plus problématique que les FAL sont considérées comme une institution pilier au Liban, qui permet d’éviter que la situation dans le pays dégénère », explique-t-on au cabinet de Florence Parly. « En plus de l’aide qu’elle fournit déjà à la société libanaise, la France a décidé de prendre l’initiative et a proposé une réunion internationale pour présenter la situation sécuritaire au Liban, montrer l’importance des FAL, attirer l’attention sur ses besoins urgents et faire prendre conscience de la gravité de la situation ». Cela, afin de mettre en place une aide internationale d’urgence. Le chef d'état-major de l'armée libanaise, le général Joseph Aoun, en a notamment fait part lors de sa visite à Paris au mois de mai, Beyrouth ayant transmis une liste des besoins de l’armée. « Il s’agit de besoins alimentaires et médicaux, de pièces détachées pour la maintenance de matériels et de véhicules, de carburant… »

La France, qui a déjà fourni en début d’année pour 1 million d’euros de rations de combat aux FAL, envisage en plus d’une nouvelle aide « humanitaire » de leur donner des véhicules de l’avant blindé (VAB), des hélicoptères, du combustible, des lubrifiants, des pneus, des batteries… « Les besoins urgents en pièces de rechange et consommables les plus élémentaires montre le caractère critique de la situation ». Une aide « basée sur les demandes des FAL » qui devrait s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros mais qui n’a pas, souligne Paris, vocation à financer les salaires des militaires libanais.

Dans ce contexte, le projet de renouvellement des équipements des FAL, notamment terrestres, navals et aéromobiles, est au point mort. Interrogé par Mer et Marine sur le dossier des nouveaux patrouilleurs hauturiers que la France proposait de construire pour la marine libanaise (trois à quatre unités), le cabinet de Florence Parly répond clairement que le sujet n’est pas d’actualité et que tout dépendra de l’évolution de la situation politique à Beyrouth : « Nous sommes aujourd’hui sur l’urgence avec une aide qui permettra à l’armée libanaise de tenir quelques mois. Au-delà de l’urgence, il y a des projets structurels de moyen et long termes pour le renforcement et la modernisation des FAL, mais ce n’est vraiment pas le sujet du moment, on y repensera quand les conditions s’y prêteront davantage ». En clair, quand le Liban aura surmonté la crise politique qu’il traverse et aura remis de l’ordre dans ses institutions.

Pour mémoire, un premier projet de modernisation des FAL a vu le jour en 2015. Il s’agissait du programme DONAS, portant notamment sur la livraison par CMN de trois patrouilleurs du type Combattante FS 56. Mais ce contrat, financé par l’Arabie saoudite, a été annulé du fait d’une situation complexe au Liban et de l’influence grandissante du Hezbollah, hostile à Ryad. En 2016, DONAS a été officiellement suspendu, les Saoudiens reprenant à leur compte certains contrats, moyennant des évolutions. Ce fut le cas des trois FS 56, remplacées par 19 intercepteurs du type HSI 32 s’ajoutant aux 39 unités de ce type déjà commandées à CMN. Le processus pour le Liban a néanmoins été relancé ensuite, d’autres constructeurs, comme Socarenam, se positionnant sur le volet des patrouilleurs. En septembre 2019, le ministère français des armées avait annoncé la signature d’une lettre d’intention avec le Liban pour la fourniture de matériels militaires, proposant notamment un prêt de 400 millions d’euros. Mais la situation économique et politique du pays s’est dégradée ensuite, avant d’être aggravée par la terrible explosion sur le port de Beyrouth le 4 août 2020. Les Etats-Unis doivent aussi, de leur côté, fournir trois patrouilleurs du type Protector. 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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