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Alors que le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) s’annonce comme un programme particulièrement ambitieux et complexe, afin de simplifier son montage industriel, Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique ont décidé de créer une société commune, détenue à 65% par le premier et 35% par le second. Les accords portant sur la création de cette nouvelle entité, nommée "MO Porte-avions", ont été signés hier à Lorient par le président de Naval Group et le directeur général des Chantiers de l’Atlantique, Pierre-Eric Pommellet et Laurent Castaing, à l’occasion d’une visite de la ministre des Armées. Florence Parly a inauguré le plateau d’études du PA-NG, installé sur le site lorientais de Naval Group, annoncé officiellement la notification du contrat d’avant-projet sommaire de ce futur porte-avions ainsi que l’accélération du programme des frégates de défense et d’intervention (FDI).

D’une durée de deux ans pour un montant d’environ 200 millions d’euros, l’avant-projet sommaire du PA-NG doit permettre, sur la base des grands choix techniques annoncés en décembre par Emmanuel Macron (propulsion nucléaire et catapultes électromagnétiques) de définir les principales caractéristiques du bâtiment. Suivra un nouveau contrat d’étude pour un avant-projet détaillé, cette fois d’une durée de trois ans, qui doit conduire à la notification du contrat de construction du porte-avions à partir de 2025, en vue de sa livraison en 2038.

Une organisation industrielle similaire à celle des sous-marins

L’idée de créer une société de projet « vient des industriels », indique-t-on au ministère des Armées, où l’on a reçu favorablement cette initiative car « elle permet de s’appuyer sur une organisation similaire à celle des sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, avec un interlocuteur industriel unique pour la maîtrise d'oeuvre de la plateforme ». Un interlocuteur en charge de la conception, de la construction et de l’intégration d’ensemble du bateau, qui travaille en cotraitance avec TechnicAtome, maître d’œuvre des chaufferies nucléaires. La maitrise d’ouvrage est quant à elle assurée, comme pour les sous-marins, par la Direction Générale de l’Armement pour la plateforme et le CEA sur la partie nucléaire. « Le choix de cette organisation industrielle pour assurer la maîtrise d’œuvre du navire armé (hors chaufferies) a été motivé pour maximiser les synergies et capitaliser sur les forces de chacun. Elle s’appuie sur la responsabilisation des maisons-mères et leur solidarité avec la société commune. Cette organisation, visant la meilleure efficience, doit permettre de relever les enjeux majeurs d’un programme aussi complexe. Dans le cadre de cette société commune, les responsabilités et les interfaces entre les deux entreprises sont parfaitement définies, contribuant ainsi à ce que les deux partenaires fassent le meilleur usage de la complémentarité de leurs compétences. Les relations avec TechnicAtome, qui restera co-traitant, sont également en cours de finalisation pour la conception, la réalisation et l’intégration des chaufferies », soulignent Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique.

 

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© NAVAL GROUP

Florence Parly avec les patrons de TechnicAtome, Naval Group et Chantiers de l'Atlantique devant la maquette du PA-NG (© : NAVAL GROUP)

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© MINISTERE DES ARMEES

La maquette du PA-NG (© : MINARM)

 

Un premier pas vers un rapprochement ?

Alors que la vente des Chantiers de l’Atlantique au groupe italien Fincantieri a été abandonnée en janvier, la création de cette société commune peut-elle constituer un premier pas vers un rapprochement du champion français du naval de défense avec le dernier grand chantier civil du pays ? L’Etat, qui détient aujourd’hui 84.3% du capital du constructeur nazairien, va devoir quoiqu’il arrive trouver un nouvel actionnaire à Saint-Nazaire, l’objectif étant un retour à une participation étatique d’environ 33%. Naval Group, entré en 2018 au capital des Chantiers de l’Atlantique à hauteur de 11.7%, pourrait monter et devenir ce partenaire de référence. Le développement de projets communs, comme le PA-NG mais aussi les quatre nouveaux bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale, dont la tête de série est en cours de construction en vue d’une livraison fin 2022, plaide en ce sens. De même que le réchauffement sensible des relations entre les directions des deux entreprises depuis l’arrivée à la tête de Naval Group, l’an dernier, de Pierre-Eric Pommellet. Alors que différentes pistes sont étudiées concernant l’évolution de l’actionnariat des chantiers de Saint-Nazaire, au cabinet de Florence Parly, on voit en tous cas le renforcement de la coopération entre les deux champions nationaux de l’industrie navale d’un très bon œil. « Il s’agit de deux entreprises détenues majoritairement par l’Etat (qui possède environ 65% de Naval Group, ndlr). Un rapprochement éventuel dépasse le cadre du programme PA-NG et la création de la société commune, qui ne préfigure pas un rapprochement capitalistique. Mais nous saluons la bonne entente entre les deux directions et les équipes et, si les deux entreprises voulaient aller au-delà, nous n’y serions pas défavorable ».

Qui fera quoi ?

Pour en revenir au PA-NG, on en sait désormais plus sur les prérogatives de chacun. Naval Group est l’architecte d’ensemble du porte-avions nucléaire et des systèmes transverses. L’entreprise assurera notamment l’intégration du système de combat, des systèmes de navigation et aviation, des catapultes et brins d’arrêt, de la production des sous-ensembles de chaufferies nucléaires de leur intégration à bord du bâtiment. Les Chantiers de l’Atlantique sont quant à eux en charge de l’architecture de la plateforme propulsée, de sa construction et de son intégration. Saint-Nazaire travaillera notamment sur la structure, dont la carène et l’optimisation de l’hydrodynamisme, la propulsion électrique, les locaux vie et les installations de manœuvre, tout en assurant la maîtrise de la coordination industrielle.

Plateau intégré à Lorient

Une équipe projet dédiée au PANG s’installe donc sur un plateau intégré à Lorient, où l’on trouve en plus d'ingénieurs de Naval Group et des Chantiers de l’Atlantique ceux de TechnicAtome et au besoin de la DGA et du CEA, ainsi que des marins. Cette équipe s’appuiera en outre sur les bureaux d’études de chaque entreprise, le projet allant mobiliser plusieurs centaines de personnes dans différentes régions. Interviendront également des équipes d’autres industriels impliqués dans le projet, comme Dassault Aviation, MBDA et Thales. L’ensemble des études du futur porte-avions devrait coûter autour de 900 millions d’euros, le coût de la construction du porte-avions n’étant pas encore connu.

Un bâtiment beaucoup plus gros que le Charles de Gaulle

Appelé à succéder au Charles de Gaulle, mis en service en 2001 et qui prendra sa retraite en 2038, le PAN-NG verra le jour à Saint-Nazaire. Nettement plus gros que son aîné, ce bâtiment mesurera 305 mètres de long pour une largeur maximale de 79.5 mètres et un déplacement de 75.000 tonnes en charge. Il sera équipé de deux nouvelles chaufferies du type K22 d’une puissance unitaire de 220 MW. Armé par environ 2000 marins, personnels du groupe aérien embarqué compris, il pourra mettre en œuvre une quarantaine d’aéronefs, avec des installations dimensionnées pour accueillir 30 NGF (le successeur du Rafale étudié dans le cadre du projet franco-allemand SCAF), deux avions de guet aérien embarqué, ainsi que des hélicoptères et drones.

La question de la permanence du GAN

La question du retour à la permanence du groupe aéronaval français, qui nécessite la construction de deux nouveaux porte-avions, se posera à partir de 2025, au moment de la commande du PA-NG. Sachant que pour bénéficier des gains financiers liés aux effets de série, il faudrait ne pas dépasser cinq ans d’intervalle entre le premier et le second bâtiment. Et tenir également compte du préavis nécessaire à la Marine nationale pour constituer les équipages, ce qu’elle estime à une quinzaine d’années pour de tels bâtiments.

- Voir notre article détaillé sur le futur porte-avions français

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

  

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