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Alors que les discussions se poursuivent entre la France et l’Allemagne autour de l’usine de moteurs diesels de Saint-Nazaire, qui fournit notamment des bâtiments de la Marine nationale, les syndicats et personnels continuent sont toujours aussi inquiets. Dans une lettre ouverte, la CGT de MAN Energy Solutions, mais aussi celle de Naval Group, alertent l’opinion publique sur les menaces qui pèsent sur l’entreprise et appelle le gouvernement à assurer la pérennité de l’activité.

Voici cette lettre ouverte publiée par la CGT :  

« Depuis les annonces du projet de restructuration de MAN Energy Solutions France le 11 mars dernier, l’inquiétude règne parmi les salariés et leurs représentants du personnel. En effet, la perte programmée de 71 postes majoritairement au sein de la production porte un coup très dur à cette société. Au-delà de la casse sociale que va entrainer ce plan c’est la pérennité même de l’entreprise qui se joue en ce moment.

En effet par son plan d’économies et de restructuration, Volkswagen et le groupe MAN-ES (détenu par VW), délocalisent les usinages de composants MAN-ES réalisés à St Nazaire vers des pays Low-Cost et organisent un recentrage de la filiale française sur les 2 activités Pielstick les plus lucratives, c’est-à-dire la gestion des royalties du réseau de licenciés et le service après-vente. Pour ce qui est des activités MAN-ES, elles se limitent à une représentation commerciale en France et pour les clients français des produits du catalogue MAN-ES, ainsi qu’à l’assemblage d’une trentaine de moteurs MAN-ES par an.

Cette réorganisation mobilise les CGT Naval Group et MAN-ES Fr, car elle a des incidences notables sur l’activité Pielstick, et notamment sur deux marchés essentiels pour le maintien de la souveraineté française :

- la marine nationale pour laquelle elle a des engagements fermes à tenir tant en fourniture de pièces qu’en terme de compétences techniques.

- L’énergie et la sureté nucléaire en étant un partenaire privilégié d’EDF en tant que fournisseur de groupe de secours et d’ultime secours dans les centrales nucléaires françaises.

Les 3 conséquences majeures que nous craignons sont les suivantes :

Primo, la délocalisation des usinages MAN vers les pays à bas coûts, décharge nos machines de production d’un tiers de leur capacité. Par effet de ricochet, les Deux-tiers d’activité Pielstick qui restent à fabriquer sur ses machines vont voir leur prix de fabrication flamber, incitant notre Direction à délocaliser également les usinages Pielstick. Des études sont d’ailleurs actuellement en cours pour sortir de notre production des usinages de jupes de piston Pielstick alors que la priorité devrait être de relocaliser des productions Pielstick pour charger les machines et améliorer la compétitivité. Si la stratégie menée conduit à délocaliser les productions Pielstick en Chine ou ailleurs, quid de la souveraineté nationale en matière de sécurité nucléaire et approvisionnement militaire?

Deuxio, en devenant un simple représentant commercial de produits MAN-ES, il sera quasi impossible de proposer à la vente des moteurs Pielstick dès lors qu’ils seront en concurrence avec un moteur du catalogue MAN-ES. Ce sera le cas par exemple en marine militaire où le moteur Pielstick PA6B entre directement en concurrence avec le moteur MAN 28/33.

Tertio, le recentrage des activités Pielstick sur les activités Licences et Rechanges, ont conduit l’employeur à définir que les développements en R&D de solutions Pielstick ne seront possibles qu’à la condition qu’ils répondent à un marché permettant d’obtenir un retour sur investissement rapide et qu’il soit fortement financé par le demandeur (clients, licenciés, service rechanges). Cette règle est bien évidemment très pénalisante pour le développement des moteurs de sous-marins qui n’entre pas dans cette logique de court terme et pour lesquels les volumes de vente sont faibles.

Autre conséquence de ce recentrage d’activités il conduira rapidement à des pertes de compétences techniques et pratiques sur les produits de la marque Pielstick.

Pour la CGT MAN-ES France et NavalGroup, cette restructuration est néfaste pour le devenir de l’entreprise et est particulièrement injuste tant la situation financière de l’entreprise de MAN-ES France est excellente. Elle est confirmée par des résultats exceptionnels en 2019 et 2020 obtenus grâce à sa capacité à conserver et développer l’écosystème de la marque Pielstick qui repose sur 4 piliers indissociables que sont:

- La Recherche et développement

- Le réseau commercial et ses licenciés

- La production

- Le SAV et pièces de rechanges

Si l’un de ces piliers venait à disparaitre, il ne serait plus possible d’assurer la continuité de la marque Pielstick et l’édifice s’écroulerait. Les conséquences sociales seraient dramatiques pour l’entreprise et les 500 emplois directement associés à la marque ainsi que pour l’industrie du territoire, fortement lié aux activités du site de st Nazaire. Se poseraient également des difficultés d’un autre ordre avec la perte de savoirs spécifiques. Comment serait alors assuré l’entretien sur le long terme de ce parc de moteurs spécifiques installés ? Qui fournirait les pièces de rechange ?

Malgré les discours rassurants de la Direction locale et des représentants de VW envers l’Etat, le maintien des compétences et de la chaine d’approvisionnement des pièces sensibles pour les sous-marins de la gamme Barracuda est loin d’être assuré. La politique menée depuis plusieurs années va plutôt vers une délocalisation de la production chez nos licenciés chinois sans aucune garantie sur la qualité et la tenue des délais.

Nous craignons fort que les orientations décidées pour les prochaines années seront fatales à l’entreprise si elles sont appliquées car elles mettent en péril le fonctionnement même de l’écosystème Pielstick. De plus, elles stoppent le site français dans la transition qu’il a amorcé vers les énergies renouvelables puisque MAN-ES France n’a pas été reconnu par le groupe comme un Centre de compétences et développements en la matière.

A l’heure où l’Etat français évoque la relocalisation des productions et le développement de solutions énergétiques décarbonées, nous ne pouvons imaginer qu’il reste indifférent à des suppressions de postes dans une entreprise très profitable, qui de plus, construit et assure la maintenance de moteurs stratégiques (marine militaire, parc de secours nucléaires).

La CGT Naval Group et MAN-ES France tiennent à réaffirmer ensemble leur crainte sur le volet social de la restructuration mais également de voir disparaitre la souveraineté et l’indépendance de la France dans son approvisionnement des matériels sensibles tels que les moteurs de secours. Si MAN-ES n’est plus un industriel de référence, la question du monopole du marché par MTU (motoriste allemand) se pose et des incidences induites en approvisionnement pour les besoins de l’armée Française par un industriel étranger. MAN-ES France fait partie de la BITD (base industrielle et technologique de défense) et l’Etat doit intervenir dans les orientations stratégiques de l’entreprise afin de garantir un maintien de compétences et de savoir-faire.

Les futurs programmes de sous-marins et la construction du prochain porte-avions à Saint Nazaire doivent être l’occasion pour les deux entreprises de travailler main dans la main.

Pour rappel, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français avait pour objectif d’assurer l’autonomie du pays sur un certain nombre de secteurs stratégiques.

En 1946, il a notamment été décidé de créer la Société d'Étude des Machines Thermiques (SEMT) qui devenait par la suite SEMT Pielstick puis dernièrement MAN-ES France, une société dont la vocation serait de concevoir des moteurs diesel pour la propulsion navale, la traction ferroviaire et la génération d’électricité.

L’objectif d’autonomie du pays sur ces secteurs n’ayant pas changé, les CGT Naval Group et MAN-ES France espèrent vivement que les pouvoirs publics ne resteront pas insensibles aux arguments avancés et aux conséquences sociales injustifiées qui se profilent en proposant une alternative politique à ce désastre annoncé.

Face au risque de perte de souveraineté, l’état doit mettre tout en oeuvre pour mieux sécuriser la BITD Française.

Le contrôle des entreprises indispensables au maintien de la souveraineté en matière de défense doit être mieux appréhendé par le pouvoir politique. La fragilisation de ces entreprises l’est d’autant plus lorsque l’actionnaire majoritaire ou unique, est étranger. Il faut donc stopper le plan social, permettre à l’entreprise de retrouver de l’autonomie de vente, réinvestir les résultats financiers de l’entreprise dans le développement des produits répondant aux enjeux de la France, tant d’un point de vue sureté nucléaire et militaire qu’environnementaux ».

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Défense