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Le 23 avril, le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Somme, de la Marine nationale, prenait la tête du Standing Nato Mine Countermeasures Group 2 (SNMCMG2), l’un des quatre groupes navals permanents de l’OTAN et l’un des deux spécialisés dans la guerre des mines (les autres, les Standing Nato maritime Groups – SNMG sont articulés autour de frégates). Après quasiment deux mois d’une activité soutenue en Méditerranée, le BCR s’apprête à passer le relais aux Espagnols. Mer et Marine a fait le point hier avec le capitaine de frégate Grégory Guiran, commandant de la Somme et du SNMCMG2 sur cette mission particulière pour la flotte française.

Jusqu’ici, la France n’avait en effet jamais pris le commandement d’une formation maritime de l’Alliance atlantique. « C’est une double première : la première fois que la France fournit un BCR et la première fois qu’elle prend le commandement d’une force navale de l’OTAN. Cela, après avoir participé de manière plus actives aux SNMG et SNMCMG ces dernières années », explique le CF Guiran, qui a assumé la double casquette de commandant de la Somme et en même temps du SNMCMG2. Ainsi, depuis le début de cette année, en dehors du BCR, plusieurs autres bâtiments de la Marine nationale ont été intégrés à des groupes navals otaniens : la frégate anti-sous-marine Latouche-Tréville, la frégate multi-missions Bretagne et le chasseur de mines Orion. En 2020, pandémie oblige, la participation avait été moindre du fait de l’annulation de nombreux exercices pendant la crise sanitaire. Malgré tout, l’Orion et la frégate Surcouf avaient évolué avec les SNMG et SNMCMG.

 

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© GIORGIO ARRA

La Somme à La Spezia fin avril (© : GIORGIO ARRA)

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© OTAN

Prise de commandement du SNMCMG2 sur la Somme, le 23 avril à La Spezia (© : OTAN)

 

Fin avril, la France a pris la suite de la Turquie à la barre du SNMCMG2 lors d’une cérémonie dans le port italien de La Spezia. Et première ou pas, les marins français ont été immédiatement jetés dans le bain des grands exercices. Ainsi, à peine deux jours après avoir pris la tête de la force, la Somme, avec sous sa coupe quatre chasseurs de mines (le turc Ayvalik, le grec Evropi et l’italien Termoli intégrés au SNMCMG2 avec en renfort l’espagnol Tajo), attaquait Spanish Minex, un entrainement majeur de guerre des mines organisé par l’Espagne dans les Baléares. « C’est là que l’on voit toute la puissance d’intégration de l’OTAN puisqu’en deux jours, nous nous sommes retrouvés dans un exercice complexe et cela s’est très bien passé. Cela prouve que les process de l’OTAN tournent très bien et qu’ils offrent une vraie capacité d’intégration et de cohésion d’une force même avec un très faible préavis ».

 

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© JEAN-CLAUDE BELLONNE

L'Ayvalik (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le chasseur de mines grec Evropi (© JEAN-LOUIS VENNE)

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© OTAN

Le chasseur de mines italien Termoli (© OTAN)

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© OTAN

Le chasseur de mines espagnol Tajo (© OTAN)

 

Le SNMCMG2 a même fait un carton plein puisque les 21 mines d’exercice mouillées par les Espagnols ont toutes été trouvées, le chasseur turc Ayvalik se distinguant lors de ces manœuvres : « Ils se sont montrés particulièrement efficaces et l'Ayvalik a eu le meilleur résultat des bâtiments engagés ». Il est amusant de noter que les relations entre marins français et turcs ont été très étroites depuis deux mois, alors que les tensions entre Ankara et Paris furent fortes l’année dernière. Preuve qu’au-delà des joutes politiques, les militaires savent entretenir le lien avec leurs homologues. « Nous avons très bien travaillé ensemble, les Turcs commandaient auparavant le SNMCMG2, mon bras droit au sein de l’état-major était turc et l’Ayvalik est le chasseur qui nous a accompagné le plus longtemps ». Au sein de l’état-major international installé sur la Somme, il y avait une dizaine d’officiers, dont un Grec pour les opérations et plusieurs français, notamment des experts de la guerre des mines, « c’est un domaine de lutte très particulier qui nécessite des spécialistes ». Ce qui est le cas d’ailleurs du capitaine de frégate Guiran qui, avant la Somme, a commandé le chasseur de mines Lyre. « le chief of staff turc était aussi un pur guerre des mines tout comme l’officier opérations ».

 

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© MARINE NATIONALE

Mines d'exercice récupérées (© : OTAN)

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© MARINE NATIONALE

Le chasseur de mines turc Ayvalik (© : OTAN)

 

Spanish Minex, qui s’est déroulé au large de Palma de Majorque, a mobilisé d’importants moyens, avec en plus du SNMCMG2 la participation de deux autres groupes navals, dont l’Euromarfor et le SNMG2, ainsi que des unités de l’Armada espagnole agissant en national. « C’était un exercice complexe et réaliste avec de la chasse aux mines sous menaces asymétriques, impliquant la mise en œuvre d’hélicoptères et de moyens de surface. En plus de sa mission de bâtiment de commandement, la Somme avait le volet ravitaillement et la défense en profondeur du groupe de chasseurs, dont nous assurions la protection ». Evidemment, en cas de conflit, ce ne serait pas le pétrolier, qui constitue une cible de choix et dont l’armement est limité à sa propre autodéfense (canon de 40 mm, artillerie légère et systèmes surface-air Simbad), qui viendrait s’interposer au-devant de la menace. « Ce n’est bien sûr pas notre job habituel mais cela a constitué un excellent entrainement pour l’équipage ». Quant au cœur du sujet, à savoir la chasse aux engins explosifs sous-marins, le commandant du SNMCMG2 juge que l’exercice était très qualitatif : « La zone choisie autour de Palma est très intéressante car on y trouve différents types de fonds et pour cet exercice, nous avons eu une vraie variété de mines, des engins classiques mais aussi des mines furtives et des systèmes intelligents ». Plongeurs-démineurs, robots-télé-opérés et drones ont pu s’y mesurer, au large, en zone côtière et portuaires.

En matière de ravitaillement, si les BCR français ont la capacité de servir en navigation des chasseurs de mines, ils ne le font pas avec des unités étrangères. Ce qui n’a pas empêché la Somme de ravitailler l’Ayvalik, mais cela s’est fait au mouillage.

 

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© OTAN

Ravitaillement de l'Ayvalik (© : OTAN)

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© JEAN-CLAUDE BELLONNE

L'Ayvalik à couple de la Somme à Toulon mi-mai (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Après Spanish Minex, le bâtiment turc a été le seul chasseur de mines à rester auprès du navire amiral du SNMCMG2, les deux faisant escale à Toulon mi-mai. « Nous avons réalisé une période de patrouille maritime et, comme il nous étions dans une fenêtre où il n’y avait plus d’exercice de guerre des mines, la Somme est ensuite restée seule, avant de rejoindre le SNMG2 pour se regrouper sur la fin de la mission. Nous sommes restés avec eux une dizaine de jours et ce fut une période vraiment intense avec beaucoup d’interactions et d’exercices ». La Somme a notamment réalisé sept ravitaillements à la mer au profit des frégates du SNMCMG2, des évolutions tactiques en groupe et des exercices de tir. Elle a aussi servi de plastron aux unités de combat dans le cadre de l’entrainement des équipes chargées de monter à bord de navires civils pour les contrôler.

 

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La Somme servant de plastron pour l'entrainement des équipes de visite du SNMG2 (© : OTAN)

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© MARINE NATIONALE

Entrainement sur la Somme au profit d'une équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

 

« Les BCR ont pour cela un profil très intéressant avec un franc bord très haut, des locaux, des conteneurs… c’est un environnement optimal pour entrainer les équipes de visite ». Evoluant essentiellement en Méditerranée centrale, la Somme a poussé jusqu’à La Sude, en Crète, où se trouve une base navale de l’OTAN. Juste avant d’y arriver, le bâtiment français a regarni à la mer les soutes de la frégate italienne Alpino, qui a reçu 450 tonnes de combustible. D'autres bâtiments alliés ont été soutenus, comme la frégate britannique Kent et l'espagnole Mendez Nuñez. Le BCR, parti du port crétois le 30 mai, a aussi ravitaillé des unités françaises, comme le patrouilleur Commandant Birot engagé dans une mission vers la mer Noire ou encore une partie de l’escorte du porte-avions Charles de Gaulle sur la fin de son déploiement. « Un ravitailleur, c’est un bâtiment qui a beaucoup d’amis et ne reste jamais seul longtemps », sourit le commandant Guiran. Les capacités logistiques de ces bâtiments sont en effet très appréciées des unités de combat : « Nous avons permis à beaucoup d’unités en Méditerranée de se ravitailler, qu’il s’agisse de bâtiments français en opérations ou de frégates alliées, ce qui leur donne la possibilité de durer à la mer ».

 

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Ravitaillement de la frégate italienne Alpino (© : MARINE NATIONALE)

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Ravitaillement de la frégate britannique HMS Kent  (© : MARINE NATIONALE)

 

Et puis il y a eu un ravitaillement à la mer très spécial, le 3 juin, lorsque la Somme a retrouvé au large de la Provence ses deux sisterships, le Var et la Marne. Le premier revenait avec le groupe aéronaval à l’issue de son ultime mission alors que la seconde était en entrainement après un arrêt technique. Les trois BCR ont ainsi navigué de conserve, le Var assurant au profit des deux autres son 2300ème ravitaillement avant de regagner Toulon en vue de son retrait du service actif en juillet. « La rencontre des trois BCR a été un moment très fort et émouvant pour les équipages, car on ne reverra pas cela ». Après le Var, opérationnel depuis 1983, ce sera au tour de la Marne (1987) de prendre sa retraite en 2023 puis la Somme (1990) en 2025. Ils seront remplacés par les nouveaux bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) construits à Saint-Nazaire.

 

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© MARINE NATIONALE

La Marne, le Var et la Somme réunis une dernière fois le 3 juin (© : MARINE NATIONALE)

 

Cap sur Carthagène pour passer le flambeau aux Espagnols

Basée à Brest, la Somme est repassée par Toulon cette semaine pour une escale logistique lui permettant de remplir ses soutes après les nombreux ravitaillements réalisés dernièrement et, au passage, procéder à la vaccination de son équipage, soit un peu plus de 150 marins. Arrivée dans la base navale varoise mardi, elle doit en repartir ce jeudi, cap sur le port espagnol de Carthagène où elle est attendue samedi 19 juin. C’est là que se déroulera le 22 juin la cérémonie de passation de commandement du SNMCMG2 entre la France et l’Espagne, qui va affecter à cette mission le patrouilleur océanique Rayo. Le 23, la Somme reprendra la mer pour retrouver la pointe Bretagne, où elle arrivera une semaine plus tard, bouclant ainsi trois mois de mission. Quant au SNMCMG2, après avoir évolué ces derniers mois en Méditerranée occidentale et centrale, il devrait cette fois fréquenter les eaux de la Méditerranée orientale et de la mer Noire. 

 

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© MICHEL FLOCH

La Somme en rade de Brest fin 2019 (© : MICHEL FLOCH)

 

Construite par l’ancien chantier CNIM de La Seyne-sur-Mer (les autres unités de ce type ayant vu le jour à Brest), la Somme a été mise sur cale en mai 1985, lancée en octobre 1987 et admise au service actif en mars 1990. Longue de 157.2 mètres pour une largeur de 12.2 mètres et un déplacement de 18.000 tonnes à pleine charge (7800 lège), elle dispose de logements pour 160 marins et 45 personnels supplémentaires, par exemple un état-major sachant que le BCR dispose d’infrastructures de commandement dédiées et de puissants moyens de communication.

 

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© JEAN-CLAUDE BELLONNE

(© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Capable d’atteindre 19 nœuds et de franchir 9000 nautiques à 15 nœuds, le bâtiment est doté de soutes et locaux pouvant contenir 8400 tonnes de gasoil, 1100 tonnes de carburéacteur, 250 tonnes de pièces de rechange, 170 tonnes de munitions, 170 tonnes de vivres et 250 tonnes d’eau douce. Les transferts sont réalisés au moyen de deux portiques, permettant de servir simultanément à la mer, en combustible et charges lourdes, deux bâtiments (un de chaque côté). Les BCR ont également été conçus pour ravitailler une troisième unité en flèche, c’est-à-dire par l’arrière, mais uniquement en carburant.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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