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C’est le premier déploiement du drone aérien Patroller, développé par le groupe français Safran, dans une configuration de surveillance maritime et dans un pays étranger. Il a été conduit dans le cadre d’OCEAN2020, un projet financé par la Commission Européenne au titre de l’Action Préparatoire de Recherche de Défense (PARD) et axé sur l’emploi de drones aériens (UAV), de surface (USV) et sous-marins (UUV) en milieu maritime. Tous les engins concernés, dont le Patroller, ont été envoyés fin août en Suède pour effectuer la démonstration d’ensemble finale de ce projet, lancé début 2018.

L’objectif était de tester ces différents drones en conditions réelles à travers des scénarios maritimes crédibles. Pas moins de 18 partenaires, dont cinq marines européennes, ont participé à ces exercices en mer Baltique, spécialement organisés pour « montrer que l’emploi combiné de drones de tous milieux (aériens, de surface et sous-marins) fournit une meilleure perception de la situation tactique maritime au commandement », explique Safran.

Le Patroller faisait partie des trois drones aériens engagés, avec le SW-4 de Leonardo et le Cobra de Bluebear. Il y avait également des drones de surface – Sea Raider (TNO), Water Strider (IOSB) et Enforcer III (Saab) – ainsi que des drones et robots sous-marins : Piraya et Sea Wasp (Saab), DeDAve (IOSB), Oceanscan (TNO), Biondo (CMRE) et Gavia (CMV). Quatre navires militaires étaient également présents, avec le repêcheur de torpilles suédois Pelikanen qui mettait en œuvre l’UUV Piraya et assurait le soutien de l’UUV Biondo, le patrouilleur lituanien Zemaitis qui disposait du système de combat Athena-C de Leonardo et a déployé une unité de forces spéciales sur un semi-rigide, le bâtiment hydrographique allemand Planet avec à son bord un démonstrateur de système de commande et de contrôle (C2) développé par IOSB et qui pilotait l’USV Water Strider et l’UUV DeDave, ainsi que le chasseur de mines polonais Czajka avec à son bord un robot téléopéré et une équipe de plongeurs portugais avec l’UUV Gavia. Les manœuvres ont aussi fait appel au système d’observation par satellite Cosmo SkyMed (e-GEOS) et un avion équipé d’un nouveau radar aéroporté conçu par Hensoldt. S’y ajoutaient deux centres de contrôle à terre, l’UE Maritime Operation Center (UE MOC) à Bruxelles et un centre tactique installé sur un site d’essais de l’armée suédoise à Ravlunda.

Depuis l’aéroport de Kristianstad, au sud de la Suède, le Patroller a participé aux deux scénarios navals mis en place pour cette démonstration finale d’OCEAN2020. Le premier concernait des activités sous-marines, le second portait sur des exercices navals de surface impliquant plusieurs bâtiments dans différentes phases d’engagement. « Grâce à sa disponibilité et à la qualité de ses capteurs, le Patroller a pu apporter une contribution significative à la démonstration en assurant une couverture de l’ensemble des phases du scénario de surface. En combinant les caractéristiques complémentaires de sa charge utile multi-capteurs, le Patroller a ainsi pu détecter et pister à grande distance des cibles navales se déplaçant à haute vitesse grâce à son radar, puis à les identifier à l’aide de ses capteurs optroniques. Le Patroller a également pu observer à haute résolution différentes actions, incluant des scènes d’attaque de convois et d’abordage d’un navire suspect par les forces spéciales lituaniennes ».

 

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© SAFRAN

Informations transmises par le Patroller lors des exercices en Baltique, avec ici des images du navire hydrographique allemand Planet (© SAFRAN)

 

Le drone était doté pour cette mission d’une boule optronique Euroflir 410, système de Safran équipant déjà les aéronefs de forces navales, dont ceux de la Marine nationale, ainsi que le radar de surveillance Osprey du groupe italien Leonardo, avec des antennes logées dans chacun des deux pods placés sous la voilure du Patroller, ce qui permet d’offrir une couverture hémisphérique (on notera que les réserves de carburant du drone sont logées dans ses ailes). L’engin était aussi doté d’un récepteur de signaux AIS (système d’identification automatique des navires).

Sur l’ensemble de la campagne en Suède (essais préparatoires, répétitions et démonstrations), le Patroller a réalisé un total de 19 vols en configuration duale radar maritime/optronique au-dessus de la mer Baltique.

Il est aussi intéressant de noter que ces manœuvres n’ont pas seulement permis à Safran de valider les performances de son système et de ses capteurs en conditions réelles d’emploi dans le milieu maritime. Ce fut aussi l’occasion, pour la première fois, de démontrer son interopérabilité avec des forces armées étrangères. Le Patroller a, ainsi, transmis en temps réel les informations issues de ses capteurs (situation tactique radar, vidéos multispectrales) au centre des opérations suédois de Ravlunda et au centre de commandement déployé à Bruxelles dans les locaux de l’Agence Européenne de Défense.

Safran espère que cette démonstration incitera des clients à s’intéresser au Patroller dans sa version de surveillance maritime, sachant que l’engin a été testé dans cette configuration à partir de 2014 en France. Il avait notamment, à l’époque, été testé au profit des autorités françaises pour s’assurer de la véracité des informations communiquées via leur AIS par les navires croisant au large des côtes hexagonales. Ou détecter des bateaux qui auraient éteint ce système rendu obligatoire par la règlementation internationale.

Le Patroller a pour mémoire été développé à partir de l'avion allemand S-15 de Stemme, certifié par l’European Aviation Safety Agency (EASA). Présentant une masse d’1.2 tonne, ce drone mesure 8.5 mètres de long pour 18 mètres d’envergure. Il peut être doté d’une liaison satellite haut débit et recevoir 250 kg de charges utiles en pods pour des vols de plus de 14 heures, jusqu'à une altitude maximale de 6000 mètres.

Il a été retenu par l’armée de Terre française dans le cadre du programme SDT (système de drone tactique). Ce dernier porte sur 14 drones et 6 stations au sol, dont les livraisons débuteront en 2022.

En configuration maritime, le Patroller pourrait constituer une option pour la Marine nationale, qui cherche à compléter ses avions de patrouille et de surveillance maritime avec des drones aériens. Des études sont en cours sur différentes solutions existantes sur le marché international afin d’aboutir à des choix dans les prochaines années.

(*) OCEAN2020 a fait l’objet d’un contrat de 35 millions d’euros. Il a été attribué début 2018 à un consortium piloté par Leonardo et réunissant des partenaires industriels et académiques de 15 Etats membres de l’Union européenne, dont Safran.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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