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Ce sera peut-être la dernière fois, ce matin, que le clairon russe résonne à Saint-Nazaire. Le Smolniy doit effet appareiller ce jeudi midi pour rejoindre la Russie. Le bâtiment école, qui servait de caserne flottante aux marins appelés à former les équipages des Vladivostok et Sevastopol (Sébastopol), est resté six mois dans le bassin de Penhoët. Il devait normalement repartir début novembre avec le Vladivostok, premier des deux bâtiments de projection et de commandement réalisés par DCNS et STX France pour la marine russe. La crise en Ukraine en a voulu autrement, François Hollande conditionnant la livraison du BPC à l’arrêt du conflit entre Kiev et les provinces séparatistes de l’est du pays. Faute d’amélioration sur le front ukrainien, le Vladivostok est resté à quai et, après plusieurs semaines d’attente et aucune avancée dans ce dossier, le départ rapide du Smolniy était devenu plus que probable. Camions citernes, embarquement de vivres et, surtout, défilé  de marins russes les bras chargés plus que d’ordinaire de sacs et paquets après une tournée des magasins nazairiens… Les signes s’accumulaient depuis plusieurs jours.

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Smolniy et au second plan le Sevastopol (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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© MER ET MARINE

Le marins russes revenant des courses, hier après-midi (© MER ET MARINE)

 

Plus d’intérêt de laisser le Smolniy en France

 

Le retour du Smolniy en Baltique va, sur le plan pratique, libérer un quai où va s’amarrer le Vladivostok, qui avait pris place dans la forme Joubert le 21 novembre suite à la mise à flot de son cadet. Le Sevastopol avait alors été  transféré de la forme de construction de STX France au quai d’armement du bassin de Penhoët, qui accueillait jusque là le premier BPC russe. Faute de place, STX France était contraint de payer l’occupation de la forme Joubert.

Pour le reste, le départ du bâtiment école russe qui, en plus de ses 150 membres d’équipage, a accueilli une bonne partie des 400 marins venus se former en France à la mise en œuvre des BPC, ne signifie pas que Moscou fait une croix sur le Vladivostok et le Sevastopol. Simplement, dans l’attente d’un éventuel feu vert de l’Elysée, la présence à Saint-Nazaire du Smolniy n’avait plus de sens, les marins des BPC étant maintenant formés. Si le président français donne in fine son accord à la livraison, il suffira de renvoyer par avion les 200 hommes prévus pour armer le premier BPC.

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Sevastopol en achèvement à flot (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Vladivostok dans la forme Joubert (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des signes positifs sur le front diplomatique

 

Une issue positive est en effet toujours possible, surtout que la Russie est actuellement fragilisée par l’effondrement du rouble et une sévère récession attendue en 2015, situation directement liée à la chute du prix du pétrole, dont son économie est extrêmement dépendante. Dans ce contexte, une résolution du conflit ukrainien constitue l’une des rares options permettant à Moscou de regagner rapidement la confiance des marchés et des investisseurs, tout en permettant de lever les sanctions économiques qui pèsent sur ses échanges commerciaux. Une ouverture peut donc se dessiner, surtout qu’elle est dans l’intérêt de tout le monde, tant de la Russie que des Occidentaux, qui pourraient aussi subir les conséquences d’une dégradation durable de l’économie russe. « Les sanctions pourraient être levées en quelques semaines ou quelques jours, en fonction des choix du président Poutine », a déclaré mardi John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, précisant que « la Russie a fait des avancées constructives ces derniers jours ». Hier, c’était au tour de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, d’affirmer qu’elle avait noté, tout comme le président ukrainien Petro Porochenko, des signes positifs en provenance de Moscou : « Nous partageons la même impression, à savoir qu'il existe des signes qui iraient dans le sens d'une plus grande volonté des Russes et du président Vladimir Poutine à résoudre le conflit ». De nouveaux pourparlers de paix pourraient, ainsi, se dérouler en fin de semaine. 

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