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Le spectacle sur la plage de la pointe de Kernevel, en face de la base sous-marine de Lorient, est intrigant. Un homme en noir, équipé d'appareils et d'une antenne, quadrille méthodiquement la plage. Un autre, dans l'eau, fait les mêmes allers-retours sur l'estran. Posé au bord de la plage, une station montée sur trépied, avec un enregistreur de données GPS. « En quatre heures, nous allons pouvoir traiter la plage. Après il nous faudra quatre heures pour traiter nos données. » Le maître Yoann Boulaire est le chef de cette petite équipe d'hommes en noir, composée de lui-même et de ses deux équipiers, le maître Konogan Le Calve et le second-maître Corentin Le Mouellic. Ils font partie de l'équipe du SDHM, le Système Déployable d'Hydrographie Militaire, une des entités du Groupe hydrographique Atlantique dépendant lui-même du SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine). « Le SDHM a été crée en 2003. Le principe est de pouvoir intervenir rapidement en avance de phase pour des opérations amphibies militaires. Concrètement, nous devons pouvoir être projetés en dix jours, avec notre matériel, n'importe où pour pouvoir effectuer rapidement des relevés et donner des cartographies de zone de plageage », précise le maître Boulaire. Les relevés topgraphiques et bathymétriques d'une plage durent environ 4 heures (© : SHOM) Les hommes du SDHM sont d'astreinte. En cas d'appel, ils peuvent charger tout le matériel nécessaire dans des grosses valises, pour un volume de 8 mètres cubes en tout, et se rendre sur tous les bâtiments de la marine qui ont besoin de leurs services et qui doivent mettre à leur disposition une embarcation pour effectuer les relèvements. « Nous effectuons des levés de plage, avec l'accord du pays hôte si c'est à l'étranger, pour enrichir la base de données hydrographique de la marine. » Le SDHM est né de la constatation de la nécessité d'avoir des données fiables sur les sites de plageage. « Avant les relevés étaient effectués avec les moyens du bord, fil à plomb entre autres, et les données ne pouvaient être analysées et traitées avec la précision d'un service hydrographique, dont c'est la spécialité. D'où l'idée de trouver une solution technique compacte, simple, fiable et projetable. Notre action doit à la fois être rapide, efficace mais surtout complémentaire de celle des unités au profit desquelles nous travaillons. » Konogan et Corentin continuent leurs allers-retours méthodiques. Ils s'attardent particulièrement autour des différents obstacles naturels de la plage : ancien bunker, cale, dalle... Toutes les secondes, l'équipement enregistre une position et une altitude rapportées à l'ellipsoide WGS84 puis convertit au traitement en sondes rapportées au zéro des cartes ( le zéro hydrographique). Ce qui, en quelques instants va nous donner la sonde exacte et d'établir la topographie de la plage. » La même opération de quadrillage va s'effectuer à la mer, à bord d'une embarcation légère, dont la seule contrainte est d'avoir un tableau arrière pour y accrocher la perche support d'un sondeur monofaisceau nécessaire aux relevés. « Nous allons fusionner toutes ces données enregistrées, en topographie pour l'estran et en bathymétrie pour les fonds marins, en les ramenant au zéro hydrographique. Grâce à nos logiciels, nous pouvons, en quelques heures fournir une minute, qui est une carte de la plage sur laquelle les profondeurs vont être matérialisées par des couleurs : facile à visualiser et rapide à exploiter. » Un modèle numérique de terrain qui va permettre de saisir rapidement le gradiant (la pente) de la plage et d'en déduire le type d'embarcation utilisable et l'axe de présentation. En plus de ces données bathymétriques, le SDHM peut également déployer un sonar latéral, un poisson d'un mètre qui va visualiser le fond comme une caméra et qui va permettre de donner précisément une image acoustique du fond et notamment les obstructions, gros cailloux et les épaves. « Ce genre d'information est très utile pour la guerre des mines notamment » Les relevés de la plage de Kernevel sont terminés. Maintenant les hommes vont regagner leurs bureaux provisoires de la base des fusiliers-commandos pour extraire toutes les données enregistrées dans les ordinateurs embarqués. Dans quelques heures, les commandos, au profit desquels l'équipe du SDHM est intervenue dans le cadre d'un entraînement et d'échange de savoir-faire, disposeront de cartes mises à jour des différentes plages de la zone. « Et après, nous retournons à Brest, où nous sommes basés. » En attendant la prochaine intervention. _______________________________________________________ - VOIR UN EXEMPLE DE PRODUIT FINAL

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