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Le rachat par l’Indonésie des trois frégates du type F2000, construites initialement en Grande-Bretagne par BAE Systems pour le sultanat de Brunei, pose des questions concernant leur armement. Plus particulièrement dans le domaine de la défense aérienne. Suivant les plans d’origine, les trois bâtiments, achevés en 2003 et 2004, disposent aujourd’hui d’installations de lancement vertical pour des missiles surface-air de type VL Sea Wolf. Or, ce système, développé pour les frégates britanniques du type 23, dont la tête de série est opérationnelle depuis 1992, est en fin de vie. Sur les T23 de la Royal Navy, il va être remplacé à partir de 2016/2017 par le Sea Ceptor, version navale du CAMM (Common Anti-Air Modular Missile), qui équipera également les futures frégates du type 26, appelées à succéder aux T23 au cours de la prochaine décennie.

 

 

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© BAE SYSTEMS

Frégate du type F2000 (© BAE SYSTEMS)

 

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© MOD

Frégate britannique du type 23 (© MOD)

 

 

Dans ces conditions, la livraison de missiles VL Sea Wolf à l’Indonésie, qui ne devrait mettre en service ses nouvelles frégates qu’en 2014, est exclue. Leur remplacement par un système Sea Ceptor parait logique, ce nouveau missile étant justement développé par MBDA UK pour remplacer le VL Sea Wolf, en tenant compte de la compatibilité d’emploi avec un  système de combat britannique, élément crucial pour le bon fonctionnement de l’arme. Les F2000, qui bénéficient d’équipements électroniques fournis par BAE Systems, ont donc déjà une base compatible mais, avant qu’elles soient gréées avec du Sea Ceptor, il faudra logiquement attendre les travaux de refonte et de mise au point programmés pour les T23. Ceux-ci détermineront notamment le processus technique d’adaptation de la plateforme à la mise en œuvre du nouveau système de missiles et l’intégration de celui-ci au système de combat.

 

 

Vue du futur Sea Ceptor (© MBDA)

 

 

Autant dire que les F2000 indonésienne pourraient être dépourvues de système surface-air pendant plusieurs années. D’où l’idée d’équiper ces bâtiments avec du VL Mica, un autre missile antiaérien développé par MBDA, cette fois en France. Cette solution est évoquée dans la mesure où l’Indonésie a passé commande en 2012, au groupe néerlandais Damen, d’une nouvelle corvette du type SIGMA 10514 (avec option pour une seconde unité) dotée de 12 VL Mica et livrable en 2016. Alors que le VL Mica, contrairement au Sea Ceptor, est déjà en production (produit sur les chaînes de missiles air-air, la version navale a été vendu à Oman, aux Emirats Arabes Unis et au Maroc), le recours au même système permettrait à l’Indonésie d’homogénéiser son parc de missiles antiaériens navals et de pouvoir équiper rapidement les F2000.

 

 

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© US NAVY

Vue de la future corvette indonésienne du type SIGMA 10514 (© DAMEN)

 

Tir de VL Mica (© MBDA)

 

 

Cette hypothèse présente néanmoins une complication : l’intégration d’un missile conçu pour être associé à un système de combat français (DCNS) ou néerlandais (Thales) et non à un « cerveau » informatique britannique. Il faudrait donc, très probablement, entreprendre de lourds travaux d’adaptation, ce qui ne plaide pas en faveur de cette solution. Quant au fait que l’Indonésie puisse disposer à terme de deux systèmes différents, cette contrainte n’est finalement pas très forte puisque, sauf état de guerre, les stocks de munitions ne sont écoulés que très lentement (en fait les missiles ne sont guère tirés que pour exercice, notamment lorsqu’ils arrivent en fin de vie). Que chaque classe de bâtiments dispose de son propre système ne constitue donc pas un obstacle opérationnel, d’autant que le Sea Ceptor comme le VL Mica sont des armes prêtes à l’emploi stockées dans leurs silos de lancement.

Mais bien évidemment, le choix demeure, comme on dit chez les industriels, « à la discrétion du client ».

 

 

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