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Le gouvernement australien et Naval Group ont signé hier un accord portant sur le volume des retombées du programme des futurs sous-marins de la Royal Australian Navy (RAN) sur l’économie nationale. Après avoir évoqué ce chiffre comme objectif à atteindre, l’industriel français s’est cette fois formellement engagé à ce qu’au moins 60% de la valeur du contrat revienne à des entreprises australiennes. Il s’agit désormais d’une obligation contractuelle. Cet accord fait suite à la visite, le mois dernier en Australie, du président de Naval Group. Pierre-Eric Pommellet s’était rendu sur place à un moment très compliqué pour le programme sur le plan politique et médiatique. Il faut dire que ce n’est pas la première fois que le programme des sous-marins de la classe Attack, pour lequel la proposition de Naval Group a été retenue en 2016 à l’issue d’une compétition internationale, fait l’objet de polémiques, alimentées notamment par le fait qu’il s’agit d’un marché à tiroirs comprenant de nombreuses étapes et autant de contrats, qui sont à chaque fois l’occasion non seulement de négociations, mais aussi de débats. Et bien entendu, ce projet colossal est régulièrement instrumentalisé à des fins politiciennes. Sans oublier en coulisses d’anciens concurrents et leurs réseaux locaux toujours prêts à mettre de l’huile sur le feu dans l’espoir de voir capoter l’affaire.

Mais bien que régulièrement soumis à du gros temps, le partenariat stratégique franco-australien tient bon, en particulier du fait que, malgré sa considérable complexité, les coûts et délais sont pour le moment globalement respectés, même avec les retards liés à la pandémie. Alors que la première phase d’étude des futurs bâtiments s’achève, les négociations sont en cours pour le franchissement du prochain jalon, qui portera sur la seconde phase du design. L’objectif est toujours de lancer la construction du premier sous-marin en 2023 en vue d’une livraison à partir de 2032 à la RAN. Jusqu’à douze bâtiments de la classe Attack doivent être réalisés à Osborne, près d’Adelaide, où la filiale australienne de Naval Group transforme en profondeur le chantier local pour les besoins du programme. Avant l’entrée en production de la tête de série, la construction d’une section de qualification de coque épaisse est prévue en 2022, afin de parachever la formation des équipes australiennes et la mise au point du nouvel outil industriel développé sur place. Naval Group Australia, qui compte 300 salariés et prévoit de doubler ses effectifs cette année, continue par ailleurs de multiplier les partenariats avec des entreprises locales afin de créer le réseau de fournisseurs et disposer des compétences nécessaires à la réalisation puis la maintenance des futurs sous-marins. Un travail colossal est, pour y parvenir, été mené depuis 2016 afin de construire ce réseau. Ce qui explique aussi que Naval Group ne pouvait pas immédiatement s’engager contractuellement sur les retombées locales car il fallait avant cela s’assurer que les ressources australiennes existaient ou pouvaient être développées tout en garantissant le niveau de qualité requis et une compétitivité satisfaisante pour éviter les dérapages budgétaires. L’objectif est notamment de ne pas répéter les erreurs des destroyers du type Hobart réalisés en Australie sur la base du design espagnol F100, un programme marqué par une explosion des coûts et délais alors que des bâtiments de type frégates sont autrement moins compliqués à concevoir et produire que des sous-marins, qui plus est des bâtiments qui feront partie des plus performants au monde. Naval Group n’a donc pas le droit à l’erreur vu l’ampleur du challenge, tant sur le plan technique que financier.

Pour la construction de douze Attack et leur maintenance une fois en service, le coût du programme est aujourd’hui évalué à près de 90 milliards de dollars australiens (58 milliards d’euros) d’ici 2080.

Sous-marins océaniques d’environ 100 mètres et 5000 tonnes de déplacement en plongée, les Attack sont pour mémoire développés sur la base des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque français du type Barracuda, avec une propulsion conventionnelle et un système de combat américain fourni par Lockheed-Martin.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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