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« Dans ce jeu, il n’y a pas de médaille d’argent. Face aux adversaires il faut gagner et donc être le meilleur ». A Cherbourg, le 12 juillet, le chef d’état-major de la Marine nationale répond en conférence de presse à une question sur la valeur des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda par rapport à leurs homologues étrangers les plus performants. L’amiral Christophe Prazuck, qui a servi dans les années 80 au sein des forces sous-marines françaises puis dans les années 90 sur frégate ASM, en est persuadé et l’affirme. Avec le Suffren, qui sera mis à l’eau dans les jours qui viennent en vue d’une livraison à l’été 2020, puis ses cinq sisterships appelés à rallier la flotte d’ici 2029, la France va disposer et pour longtemps de bâtiments au top niveau mondial. « Quand on a demandé à DGA ce que nous voulions pour remplir nos missions, nous avons évidemment demandé le meilleur. Et non seulement on a réclamé le meilleur, mais nous avons aussi voulu le meilleur de ce qui se fera encore dans quarante ans ».

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

L'amiral Prazuck avec l'amiral Rogel et le général Lecointre à Cherbourg le 12 juillet (© MER ET MARINE - VG)

 

Diaporama orphelin : container

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Pendant la cérémonie d'inauguration du Suffren le 12 juillet (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Pendant la cérémonie d'inauguration du Suffren le 12 juillet (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Evolution technologique constante

Car évidemment, si le programme Barracuda a débuté en 1998 et sa commande fut notifiée aux industriels en 2006, rien n’est resté figé depuis. Comme tous les grands programmes militaires de long terme, la conception de ces nouveaux sous-marins est basée sur une architecture évolutive. Elle a ainsi anticipé des développements futurs et intégré au fil des années des améliorations et évolutions technologiques. Et ce sera encore le cas à l’avenir, des nouveautés étant déjà prévues pour les prochains SNA de la série, des études et réflexions étant par ailleurs en cours pour d’autres améliorations. « Il faut réfléchir aux évolutions jusqu’en 2060, sachant que le dernier commandant du Suffren n’est pas encore né et ses parents ne se sont peut-être même pas encore rencontrés ! », sourit l’amiral Prazuck. Si la technologie évolue désormais très vite, la taille plus importante des Barracuda par rapport à leurs aînés et la forte digitalisation des systèmes de ces sous-marins facilitera la mise à niveau des équipements et l’intégration de nouveaux dispositifs pendant toute leur durée de vie.

 

 

La source média référencée est manquante et doit être réintégrée.

Le Suffren sur les marcheurs l'ayant transporté du chantier Laubeuf au DME (© REUTERS)

 

« Une prouesse industrielle et technologique » 

La conception, la construction et l’évolution de tels outils s’inscrit dans le « temps long », a rappelé le 12 juillet, lors de l’inauguration du Suffren à Cherbourg, le président de la République, qui est le cinquième locataire de l’Elysée depuis le début du programme. C’est en effet François Mitterrand qui a pris les premières décisions relatives aux Barracuda puis Jacques Chirac qui a lancé la commande de ces SNA, dont la construction s’est poursuivie sous les mandats de Nicolas Sarkozy et François Hollande. « Ces sous-marins sont une prouesse industrielle et technologique », a souligné Emmanuel Macron devant les salariés du site Naval Group de Cherbourg et les autres partenaires industriels du programme. Le sous-marin nucléaire est en effet, et de loin, l’objet le plus complexe réalisé par l’homme. Bien avant un avion de chasse, une fusée spatiale ou la plus innovant des véhicules. Mais cela va plus loin que le tour de force technique, a rappelé le président : « Ce ne sont pas seulement des sous-marins. Ce que vous construisez, c’est l’indépendance de la France, notre souveraineté, notre liberté d’action, notre statut même de grande puissance ». Emmanuel Macron l’a souligné, « seuls quatre pays dans le monde en sont capables en toute autonomie ». Ces nations, ce sont les Etats-Unis, la Russie, la France et la Chine. Le Royaume-Uni dispose certes lui aussi de sous-marins nucléaires, SNA et SNLE, mais il dépend des Américains pour ses missiles balistiques et certaines technologies des réacteurs embarqués. Le club est néanmoins en train de s’élargir, l’Inde mettant au point ses premiers sous-marins à propulsion nucléaire alors que le Brésil compte lancer dans les années qui viennent la construction d’un SNA.

L’arme sous-marine en plein essor dans le monde

Cela, alors que la menace sous-marine ne cesse de croître, et on ne parle pas uniquement du regain d’activité de la flotte russe, qui a retrouvé son niveau de la guerre froide et se déploie non seulement en Atlantique mais se renforce aussi en Méditerranée, obligeant les marines occidentales, à commencer par celle de la France, à une vigilance accrue. Ni de la flotte chinoise, qui connait une croissance considérable et envoie ses sous-marins régulièrement en océan Indien, en attendant de progresser plus à l’ouest où ses bâtiments de surface sont déjà presque omniprésents, jusque dans les approches européennes. La problématique est en réalité globale car le nombre de sous-marins et de pays qui en sont dotés ne cesse de croître. Plus de 450 sont désormais en service dans le monde, dont environ 70 unités côtières et mini-sous-marins, 250 bâtiments hauturiers à propulsion conventionnelle et 130 sous-marins nucléaires.

Considérée comme stratégique pour défendre les intérêts maritimes d’un pays, l’arme sous-marine est en plein essor, des programmes portant sur une centaine de nouveaux bateaux étant actuellement dénombrés. En cinq ans seulement, le nombre de sous-marins en service a progressé de 6%. Aujourd’hui, une marine sur cinq en aligne et cette tendance va s’amplifier avec l’accession de nouvelles nations à cette capacité, comme dernièrement le Vietnam. Cette prolifération s’accompagne en outre du développement de nouvelles technologies rendant les sous-marins conventionnels beaucoup plus performants. C’est le cas en particulier de la propulsion anaérobie (Air Independent Propulsion – AIP), qui permet d’accroître significativement l’autonomie en plongée et donc de solutionner une contrainte majeure : l’obligation de revenir très régulièrement vers la surface pour faire tourner les moteurs diesels afin de recharger les batteries utilisées en immersion. Des périodes d’indiscrétion pendant lesquelles les bâtiments sont vulnérables.

 

 

(© NAVAL GROUP)

 

Le dernier grand milieu où l’on peut évoluer caché

L’engouement pour les sous-marins s’explique par le fait que les profondeurs marines sont devenues la dernière grande zone de manœuvre échappant aux moyens de surveillance aériens et spatiaux. Et cela devrait durer encore longtemps puisque certaines lois de la physique limitent considérablement les capacités de détection des moyens œuvrant au-dessus de la surface de l’eau.

Pouvoir évoluer sous la mer constitue donc plus que jamais un atout stratégique pour surveiller un adversaire en toute discrétion et le surprendre. Pour peu évidemment que les sous-marins soient performants car si leur détection, leur identification et leur localisation demeurent un art très complexe, il faut compter avec les progrès technologiques qui rendent les sonars des moyens navals et aéroportés chargés de les débusquer plus performants. La France s’est à ce titre dotée de nouvelles frégates, les FREMM, que les sous-mariniers eux-mêmes considèrent comme un « cauchemar » (voir notre reportage « Une chasse au sous-marin sur FREMM »). Heureusement, très peu de marines ont de tels moyens et, surtout, une telle expertise, car au-delà du matériel, c’est la formation, l’entrainement et l’expérience des équipages qui fait la différence. En la matière, si la France est à un niveau d’excellence reconnu à l’international, à commencer par les Américains, c’est qu’elle s’appuie sur toutes les retombées de sa dissuasion nucléaire océanique, en œuvre depuis bientôt six décennies. Pour que celle-ci soit crédible, elle nécessite en effet des moyens techniques et humains aux standards les plus élevés. Pour les sous-marins, cela passe en particulier par des bâtiments extrêmement silencieux dotés de capacités de détection et d’action au meilleur niveau.

 

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