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La tension monte autour de la Syrie, avec en toile de fond une possible intervention militaire, dans les prochains jours, contre le pouvoir de Bachar El-Assad. Les Occidentaux semblent désormais tenir pour acquis l’utilisation d’armes chimiques, le 21 août, dans la banlieue de Damas. Une attaque, attribuée au pouvoir syrien, qui  aurait fait plus de 1300 morts, dont de nombreux civils, y compris des enfants. C’est la fameuse « ligne rouge » que le régime ne devait pas franchir dans sa guerre contre l’opposition, avait averti il y a un an Barack Obama. Une menace que le président américain doit aujourd’hui assumer, question de crédibilité. Cela, alors que l’opinion publique aux Etats-Unis est majoritairement opposée à une intervention en Syrie, de peur qu’elle ne se traduise, à l’instar de l’Irak et l’Afghanistan, par un nouveau bourbier pour les troupes américaines. Après plusieurs jours de flottement, le ton est finalement monté hier à Washington. Alors que le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a assuré lundi que « des armes chimiques ont été utilisées », le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a indiqué hier que les forces US étaient prêtes à intervenir si Obama en donnait l’ordre. « Nous sommes préparés. Nous avons positionné des éléments pour être capables de répondre à toute option choisie par le président », a-t-il dit. « Aucune décision n’est encore arrêtée », a rappelé de son côté la Maison Blanche, mais les Etats-Unis, sans lesquels aucune intervention n’est possible en Syrie, n’écartent plus l’option militaire.

 

 

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© PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

François Hollande à la conférence des ambassadeurs (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE)

 

 

« La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision de gazer des innocents »

 

 

La France, en pointe sur le dossier syrien, est également montée au créneau. Après les déclarations de laurent Fabius, qui avait évoqué dimanche dernier la nécessité d’une « réponse forte » suite à l’attaque du 21 août, c’est François Hollande qui a pris position hier. Lors de la conférence des ambassadeurs,  le président français a mis en avant la « confirmation d’utilisation d’armes chimiques en Syrie ». Selon lui, « tout porte à croire que c’est le régime qui a commis cet acte abjecte, qui le condamne définitivement aux yeux du monde ». « Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse et la France est prête à punir ceux qui en ont pris la décision », a ajouté le chef de l’Etat, indiquant qu’il avait, ces derniers jours, « multiplié les consultations avec nos alliés, notamment américains et européens, ainsi qu’avec nos partenaires arabes ». Pour François Hollande : « Aujourd’hui, notre responsabilité est de rechercher la riposte la plus appropriée aux exactions du régime syrien, une fois achevé l’essentiel de la mission des Nations Unies ». Cette mission, composée d’une dizaine d’experts mandatés par l’ONU, a débuté lundi ses investigations en Syrie, mais son travail est particulièrement difficile, d’autant que selon les Occidentaux, les bombardements intervenus sur le site ces derniers jours pourraient avoir dispersé des preuves.  C’est pourquoi, à Londres, on estime qu’une intervention militaire pourrait être déclenchée avant que les recherches soient terminées. Une hypothèse étonnante dans un contexte diplomatique aussi tendu. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, demande d'ailleurs que la mission ait le temps de faire la lumière sur les accusations d'attaques chimiques. Le premier ministre britannique, David Cameron, a précisé qu’une éventuelle intervention « devrait être spécifiquement destinée à dissuader l’utilisation d’armes chimiques et à réduire les capacités d’utilisation ». Il a, par ailleurs, convoqué le parlement demain dans la perspective d’un vote sur « une réponse proportionnée » à la crise syrienne.

 

 

Le discours de François Hollande à la conférence des ambassadeurs (© : PDLR)

 

 

Les principes directeurs du recours à la force

 

 

L’allocution de François Hollande, hier, est quant à elle très intéressante dans la mesure où le chef de l’Etat français détaille, finalement, une grande partie des principes directeurs qui fondent le recours à la force. Tout d’abord, le caractère grave et sérieux de la menace contre la sécurité nationale ou la paix internationale. « Le conflit a déjà fait plus de 100.000 morts et il se propage désormais à l’ensemble de la région : Au Liban, par des attentats, en Jordanie et en Turquie par l’afflux de réfugiés, en Irak par le déclenchement de violences meurtrières. Cette guerre civile menace aujourd’hui la paix dans le monde ». Le second principe directeur est l’examen préalable de toutes les solutions possibles permettant d’éviter le recours à la force. On pense évidemment aux nombreuses actions diplomatiques menées depuis le début de la crise en Syrie, en 2011, dont les appels à Bachar El-Assad en faveur d’une ouverture politique vers l’opposition.  Un autre principe majeur est celui d’une action dans le respect de la légalité internationale. Un point qui semble délicat dans la mesure où Washington, Paris et Londres ne peuvent pas bénéficier, s’ils décident d’attaquer, d’un mandat de l’ONU. Cela en raison du soutien de la Russie et de la Chine à la Syrie. De ce fait, François Hollande rappelle habilement la « Responsabilité de protéger », un concept hérité du « droit d’ingérence » et inscrit dans un document adopté lors du grand sommet mondial des Nations Unies en 2005. Le texte énonce clairement la « responsabilité de protéger » de la communauté internationale, en particulier du Conseil de sécurité, lorsqu’un Etats se montre incapable ou non désireux de protéger sa population face aux crimes les plus graves (génocides, crimes de guerre, nettoyages ethniques et crimes contre l’humanité). Pour François Hollande, le respect du droit international est primordial mais il « ne peut être un prétexte pour laisser perpétrer des massacres de masse. C’est pourquoi la France reconnait la responsabilité de protéger des populations civiles que l’Assemblée générale des Nations Unies a voté en 2005 ».

 

 

Les soutiens à une action contre le régime de Damas

 

 

En cas d’intervention, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni pourront compter sur de nombreux soutiens, dont évidemment celui de la Turquie, membre de l’OTAN et pays riverain de la Syrie, avec laquelle des accrochages ont déjà eu lieu. « Si une coalition est formée contre la Syrie lors de ce processus, la Turquie en fera partie», a déclaré hier le ministre des Affaires étrangères turc. Les Occidentaux veulent également obtenir le ralliement de pays arabes, à commencer par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou encore les Emirats. De nombreux contacts ont été pris en ce sens, avec un premier succès hier. Sous l’impulsion de Ryad, la Ligue Arabe a, ainsi, dénoncé « le crime horrible mené avec des armes chimiques internationalement interdites », attribuant au régime de Damas la « pleine responsabilité » de cette action. L’organisation a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à mettre un terme à ce qu’elle considère comme un « génocide mené par le régime syrien depuis plus de deux ans ».

 

 

La Russie, la Chine et l’Iran derrière Bachar El-Assad

 

 

Toutefois, malgré un nombre de plus en plus important de détracteurs au sein de la communauté internationale, Bachar El-Assad, qui dément l’utilisation d’armes chimiques et dont l’entourage dénonce un complot des rebelles, compte toujours plusieurs soutiens cruciaux. La Chine, qui aurait livré récemment du matériel militaire à l’armée syrienne (dont des radars), continue de s’opposer à une intervention militaire. Pékin appelle à la «prudence », afin « d’éviter toute ingérence ». Quant à la Russie, alliée inflexible de Damas, elle met en garde contre « des conséquences catastrophiques pour les autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord » en cas d’intervention militaire. «Le recours à la force sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU est une violation grossière du droit international », a estimé lundi le ministre russe des Affaires étrangères. Vladimir Poutine a, quant à lui, appelé David Cameron le même jour afin de lui expliquer, selon les services du 10 Downing Street, qu’il n’y aurait pas de preuve de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. En dehors d’être le premier fournisseur d’équipements de l’armée syrienne, Moscou redoute notamment, comme un certain nombre de pays d’ailleurs, que les islamistes s’emparent du pouvoir si Bachar El-Assad est renversé. La Russie joue également dans cette affaire son grand point d’appui stratégique en Méditerranée. Alors que la flotte de la mer Noire est enfermée, elle dispose en effet, en Syrie, d’une base permanente dans le port de Tartous, où de nombreux bâtiments russes auraient d’ailleurs été observés ces derniers jours. Une activité navale importante qui a sans doute pour but de dissuader Américains et Européens d’intervenir.

Le régime de Damas bénéficie enfin du soutien de l’Iran, qui a prévenu les Occidentaux contre « toute attaque militaire en Syrie. Les conséquences ne seront pas limitées à la Syrie. Elles vont engloutir toute la région ».

 

 

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© US NAVY

Bâtiments de la marine aémricaine (© : US NAVY)

 

 

Eviter l’embrasement

 

 

La situation est donc extrêmement complexe, au sein d’une région très instable faisant plus que jamais figure de poudrière. On craint, notamment, un développement des troubles dans les pays riverains, comme le Liban, où Bachar El-Assad a de nombreux partisans, à même éventuellement de déstabiliser le pays. Et puis il y a bien entendu Israël. L’Etat hébreu, par la voix de son premier ministre, Benjamin Netanyahu, a indiqué hier qu’il n’était pas partie prenante dans la guerre civile en Syrie mais que « si nous identifions une quelconque tentative d'attaque dirigée contre nous, nous répondrons et nous le ferons avec fermeté ». C’est donc l’ensemble de ces facteurs que Washington, Paris et Londres doivent prendre en compte pour déterminer deux autres principes directeurs du recours à la force : la capacité d’engagement d’un niveau suffisant et les conséquences militaires, politiques et économiques d’une intervention, ainsi que la définition de l’engagement dans l’espace et le temps, en tenant par exemple compte des risques d’embrasement.

Dans le contexte actuel, malgré toute l’agitation politique et médiatique de ces derniers jours, personne n’a, en fait, intérêt à ouvrir un conflit dans des conditions aussi incertaines. On constatera, d’ailleurs, que le dialogue n’est pas encore rompu entre les différents protagonistes, même s’ils ne communiquent pas tous directement. Comme le disait hier François Hollande, l’un des socles de la diplomatie française est « la recherche obstinée et permanente du dialogue ». D’ultimes tentatives devraient donc être menées afin de pousser le régime syrien (c'est-à-dire Bachar Al-Assad ou son entourage) vers une solution politique. Malgré tout, la diplomatie a ses limites et l’engrenage vers l’option militaire, menace qui constitue également un levier diplomatique, est enclenché. Reste désormais à voir si l’une ou l’autre des parties peut céder avant que les armes parlent.

 

 

 

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© US NAVY

Destroyers américains du type Arleigh Burke (© : US NAVY)

 

 

Les moyens navals mobilisables par les alliés

 

 

Une sorte de compte à rebours est donc lancé, les pièces prenant progressivement place sur l’échiquier. Si intervention il y a, les frappes devraient notamment intervenir depuis la mer. Les Américains ont renforcé leur dispositif en Méditerranée orientale en y déployant un quatrième destroyer lance-missiles du type Arleigh Burke. Les USS Mahan, USS Gravely, USS Barry et USS Ramage sont désormais prêts à effectuer des frappes. Ces grands bâtiments de 155 mètres de long et plus de 9000 tonnes en charge peuvent mettre en œuvre 90 à 96 missiles, dont des missiles de croisière Tomahawk, capables pour certains modèles de neutraliser des cibles terrestres durcies situées à plus de 2000 km de distance. En plus de ces moyens de surface, l’US Navy dispose également de sous-marins en Méditerranée, eux-aussi capables de tirer des Tomahawk. Outre les sous-marin nucléaires d’attaque (SNA), il y a peut être, sur zone, l’un des quatre sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière américains, chacun pouvant lancer 154 Tomahawk (l’USS Florida avait notamment réalisé le gros des frappes au début de l’intervention en Libye, en 2011). L’US Navy ne dispose pas, en revanche, de porte-avions dans le secteur. Le groupe aéronaval de l’USS Harry S. Truman a bien navigué en Méditerranée orientale mi-août, mais il a depuis franchi le canal de Suez et a rejoint le nord de l’océan Indien, où se trouve déjà l’USS Nimitz. Un choix stratégique pour les Américains, qui manquent actuellement de porte-avions et ne peuvent baisser la garde, dans la région du golfe Persique, face à la menace iranienne.

 

 

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© ALEXANDRE PARINGAUX

Rafale Marine survolant le Charles de Gaulle (© : ALEXANDRE PARINGAUX)

 

 

La disponibilité retrouvée du porte-avions Charles de Gaulle pourrait donc être une très bonne chose dans le cadre d’une éventuelle coalition. Après un arrêt technique de six mois à Toulon, le bâtiment amiral de la flotte française a achevé début août sa remontée en puissance. Le CDG est de nouveau parfaitement opérationnel et les pilotes du groupe aérien embarqué, composé de Rafale Marine, Super Etendard Modernisés et Hawkeye, qualifiés pour les appontages et catapultages de jour comme de nuit. Dans le cadre de l’alerte opérationnelle assurée traditionnellement par les bâtiments de la marine, le Charles de Gaulle pourrait quitter sa base très rapidement. Encore à quai hier soir, il serait actuellement, si le président de la République lui en donne l’ordre, à 48 heures d’appareillage. Le temps, notamment, de charger à bord vivres et munitions. Si le porte-avions part pour la Syrie, il sera accompagné de son escorte, constituée de frégates de défense aérienne et de lutte anti-sous-marine, ainsi que d’un SNA. On notera que la marine française dispose déjà, non loin des côtes syriennes, de différents moyens lui permettant notamment de remplir les fonctions de connaissance et d’anticipation. Des unités qui, en clair, surveillent le secteur et font du renseignement, complétant d’autres moyens, comme les satellites. L’ensemble offre à la France son indépendance en matière d’information et par conséquent son autonomie de décision. Ainsi, depuis un an, des frégates antiaériennes, dotées de puissants radars et moyens de guerre électronique, patrouillent régulièrement dans le secteur. Sans oublier le bâtiment collecteur de renseignements Dupuy de Lôme, qui a probablement, lui aussi, fréquenté la Méditerranée orientale.

 

 

 

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© ROYAL NAVY

Frégate et SNA britanniques (© : ROYAL NAVY)

 

 

Concernant le Royaume-Uni, Londres à fait savoir que l’armée britannique menait des préparatifs en vue d’une éventuelle intervention en Syrie. Du matériel aurait notamment été envoyé à Chypre, où les Britanniques ont une base. La Royal Navy dispose également de différents bâtiments en Méditerranée, dont probablement des SNA, seuls sous-marins européens à pouvoir mettre en œuvre des missiles de croisière (en l’occurrence des Tomahawk). Le Response Force Task Group (RFTG) de la flotte britannique, qui a débuté cet été son déploiement annuel (Cougar 13), arrive quant à lui en Méditerranée. Il est constitué du porte-hélicoptères HMS Illustrious, du transport de chalands de débarquement HMS Bulwark, des TCD auxiliaires RFA Mounts Bay et RFA Lyme Bay, ainsi que des frégates HMS Montrose et HMS Westminster. Bien qu’imposante, cette flotte, à dominante amphibie, ne semble néanmoins pas appropriée à une action contre le régime syrien, qui ne comprendrait en aucun cas la projection de troupes au sol. Il est également fort peu probable qu’une éventuelle intervention se traduise, comme en Libye, par l’emploi d’hélicoptères de combat (embarqués ici sur le HMS Illustrious) pour des raids à partir du littoral.

 

 

 

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© US NAVY

Un destroyer du type Arleigh Burke tirant un missile Tomahawk (© : US NAVY)

 

 

Peu d’options possibles

 

 

Concernant les options possibles, la plus probable est celle consistant à détruire, au moyen de missiles de croisière, des installations stratégiques de l’armée syrienne. L’avantage de cette solution, qui repose essentiellement sur les forces navales, est de maintenir le dispositif éloigné et d’éviter d’engager l’aviation. Cette opération de représailles peut être limitée, par exemple à la neutralisation des installations suspectées d’abriter des armes chimiques, ou bien plus large. Dans ce cas, les missiles pourraient viser les aérodromes, casernes, centres de commandement et de communication, dépôts de munitions et de carburants, sites radar et autres batteries antiaériennes… L’option « limitée » permettrait aux alliés d’assumer leur appel à la réaction face au massacre du 21 août, tout en ménageant quand même la Russie et la Chine. L’hypothèse plus musclée, mais toujours limitée à une intervention à distance, viserait clairement à affaiblir le potentiel militaire de Bachar El-Assad, afin de permettre aux rebelles, soutenus par les Américains et les Français (François Hollande ayant d’ailleurs annoncé hier un renforcement de l’aide militaire tricolore à l’opposition), de prendre l’ascendant sur le pouvoir en place. C’est le choix qui avait été fait pour la Libye. Mais il se heurterait ici à de vives protestations de la part de Moscou et Pékin.

 

 

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© ARMEE DE L'AIR

Rafale Air doté de deux Scalp EG (© : ARMEE DE L'AIR)

 

 

L’emploi de l’aviation

 

 

Les Américains et leurs alliés peuvent également décider, en plus de leurs forces navales, d’engager l’aviation, via des bases proches, par exemple en Turquie ou à Chypre, plus lointaines (on pense aux Emirats Arabes Unis où la France dispose d'une implantation militaire), des bombardiers à long rayon d’action comme le B2 utilisé en Libye, ou encore du Charles de Gaulle, qui est à moins de trois jours de navigation depuis Toulon. Les avions de combat offrent une large palette de capacités, par exemple l’emploi de missiles de croisière (comme le Scalp EG et le Storm Shadow mis en œuvre sur le Rafale français et le Tornado britannique, avec une portée donnée à 250 km). Complémentaires des missiles navals, ces armes permettent de demeurer à une certaine distance de sécurité, bien moindre toutefois qu’avec le Tomahawk. Comme en Libye, les avions peuvent aussi tirer différents types de bombes, cette fois à courte portée. Dans ce cas, il va sans dire qu’il conviendrait de neutraliser la défense aérienne syrienne. Une opération compliquée car les forces de Bachar El-Assad disposent apparemment de moyens bien plus sérieux que ceux du défunt colonel Kadhafi. Elles mettent en œuvre toute une panoplie de missiles antiaériens d’origine russe (S-25, S-75, S-125, S-200…) et auraient même pris livraison, récemment, de systèmes mobiles S-300. L’ensemble constitue une menace non négligeable pour des avions assaillants. Surtout qu’il faudrait aussi compter avec la chasse syrienne. Celle-ci est constituée d’appareils de conception russe, en grande partie anciens (MiG-21, MiG-23, MiG-25, Su-24…) mais aussi  plus récents (Su-29), soit environ 300 avions. Le recours à des frappes rapprochées, ou bien la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, seraient donc plus risqués opérationnellement, imposant une importante débauche de moyens face à un adversaire considéré comme robuste et bien équipé. Ces options seraient également beaucoup plus complexes diplomatiquement, dans la mesure où elles engageraient clairement la coalition dans un processus de destruction du régime syrien, ce que les Russes ne peuvent accepter.

 

 

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Patrouilleur lance-missiles syrien du type Osa (© : COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

 

La question du blocus maritime

 

 

Enfin, concernant la mise en place d’un éventuel blocus maritime, la flotte syrienne, basée à Lattaquié, Tartous et Baniyas n’est pas un adversaire de premier ordre. Elle aligne de vieux bâtiments d’origine russe. Les deux principales unités sont deux corvettes du type Petya III approchant les 40 ans et sans valeur militaire par rapport aux bâtiments occidentaux. Les 16 patrouilleurs du type Osa, livrés par la Russie entre 1978 et 1985 sont en revanche plus dangereux, puisqu’armés chacun de 4 missiles antinavire SS-N-2B. Ces armes sont néanmoins anciennes et, sans maîtrise du ciel, ces patrouilleurs sont presque sans défense face à un raid aérien. Si la marine syrienne ne présente à priori pas de menace majeure, la flotte russe, qui a semble-t-il déployé des moyens significatifs au large de Tartous, est bien plus problématique. Sa simple présence devrait suffire à empêcher les marines alliées de s’approcher de ce secteur. Mesure de précaution pour éviter tout incident qui, dans le climat actuel, pourrait avoir des répercussions très importantes.  

 

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